pdfLa critique arabe et Le patrimoine critique

 

                              Belkaid Amaria

Université De Tlemcen ( algeria )

 

 

Les lectures arabes contemporaines du patrimoine critique se résument selon une vision personnelle, dans les deux questions ensemble; en effet, quand on parle de lecture signifie que le texte soumis à nos yeux suppose une pluri-lecture, ainsi le texte n'est pas fiable, son unité est absente, cela s'applique sur le patrimoine critique en deux plans: général et particulier[1].        


Sur le plan général, il est impossible de rapprocher la critique arabeclassique sauf dans le cadre de la problématique générale de lacritique arabe qui se caractérise – en plus de sa dimension cognitive- par unesurcharge émotionnelle constituant de l'identité et par une charge idéologique constituant du présent[2].

Sur le plan particulier, la particularité de la critique littéraire comme une partie de la connaissance et comme un genre de création lui confère les caractéristiques d'un discours particulier indépendant des autres domaines de la connaissance. Ce qui conduit au fait que le patrimoine critique en réaction avec le temps culturel général et le temps littéraire en particulier soit un style particulier du patrimoine bien qu'il appartienne au patrimoine arabe [3].

Définir ces lectures comme "lectures arabes contemporaines "[4], les place dans un domaine limité et les harmonise avec la thèse centrale qui dit: l'étude de la critique arabe classique n'est possible que dans le cadre de la problématique générale du patrimoine arabe. Personne n'ignore que la critique arabe classique a été étudiée par des chercheurs non arabes, bien qu'ils aient excellé dans cette étude, cet essai ne prend pas ceci en compte pour deux causes:

Premièrement, la considération de la critique arabe classique comme tributaire du patrimoine arabe avec sa charge cognitive, émotionnelle et idéologique cité ci- dessus- rend les études orientalistes loin de ses préoccupations car elles diffèrent de par les objectifs des lectures arabes [5].

Deuxièment, il faut insister sur le lien qui, en principe, doit-être arabe classique et la critique arabe moderne, en d'autres termes, l'intérêt doit insister sur l'utilisation de la critique arabe classique pour la construction de la critique arabe moderne[6].       


D’où le choix de l'appellation " le patrimoine critique " au lieu de la critique arabe classique et il semble que la deuxième appellation a connu un fort élan dans les études arabes contemporaines au détriment de la première alors que la différence entre eux est fondamentales [7],

" La critique arabe classique" lui confère l'idée d'appartenir au passé, dont l'étude demande une neutralité absolue comme nous étudions n'importe quelle critique classique ce qui prive  la critique arabe classique de sa dimension patrimoniale au sens cité ci- dessus.

Cette même appellation vise le divorce de la critique classique et de la critique moderne chose qui doit susciter notre intérêt. On peut prétendre que la défaillance qu'a connue la critique arabe moderne et dont on parlera plus loin, est causée par l'échec dans l'utilisation du patrimoine critique, une utilisation découvrant d'un coté les points lumineux de ce patrimoine, d'un autre coté, contribuant dans une vision arabe critique unie[8].

II/ On peut considérer que la critique littéraire est un phénomène général qui, à l'instar, de ses dimensions culturelles et littéraires a une signification civilisationnelle, la critique ne peut acquérir cette signification sauf si elle met en évidence une unicité méthodologique exprimant la ressemblance théorique, cette dernière lui donne sa particularité que ce soit sur le plan culturel général ou sur le plan littéraire particulier en ce sens que la critique littéraire soit avant tout une activité cognitive, du moment qu'elle englobe toutes les conditions de la connaissance [9].

De ce point de vue, la critique arabe moderne parait instable puisque le point de départ des essais fondateurs de cette critique, n'est pas unique au contraire, la critique est obligée d'opérer dans deux cadres référentiels qui diffèrent sur le plan historique, culturel, sur la vision critique et les conséquences qui en découlent.

Le premier cadre référentiel consiste en la grande pratique de la critique,  héritage légué par les anciens arabes, et qui s'est transformée pour des raisons que nous citerons plus loin, en une autorité référentielle incontournable lors de l'étude de la critique arabe moderne[10].

Le second cadre référentiel consiste en la critique arabe qui s'impose en tant que modèle pour la modernité critique concernant l'ouverture culturelle sur la civilisation humaine; dans  tous les cas, lacritique arabe devient à son tour, une autorité référentielle fondamentale.

Il était possible de considérer la diversité référentielle d’où est partie la critique moderne, comme étant une source riche, en revanche, cette subdivision qui a pris un caractère  conflictuel dans la pensée arabe moderne, a fait que la critique arabe moderne ait une constitution problématique, en d'autres termes, la critique arabe moderne a été accompagnée par une problématique connue dans la pensée arabe tantôt par l'originalité et le contemporain et tantôt, par le patrimoine et la modernité[11].  La critique arabe moderne vit toujours cette dualité qui diffère dans l'expression ainsi, il est difficile pour la critique de dépasser la crise des fondements qui l'enfoncent depuis un siècle, en d'autres termes, la critique arabe moderne se contente de trouver de nouvelles formules à ses anciennes préoccupations sous la pression de circonstances historiques, sociales et culturelles nouvelles[12].

Jusque là, la critique arabe moderne qui prétend participer dans la construction d'une critique répondant aux données du présent sans omettre les caractéristiques du patrimoine, ne peut pas avoir recourt à un procédé fiable dans le processus de l'échange avec le patrimoine critique.

La critique arabe moderne n'a pas su tirer profit des cultures humanitaires contemporaines,- la culture occidentale- entre autres sans tomber dans la dépendance. Cela résume, en vérité, le boitement de la critique arabe moderne dans sa construction, causé en premier lieu et pour des raisons circonstancielles par la relation avec le patrimoine et avec l'occident comme deux citations idéologiques au lieu de les considérer comme deux domaines de la connaissance scientifique d’où l'abus de la dualité e qui est connu dans certaines littératures contemporaines, par le conflit des anciens et des nouveaux, en sorte que l'état culturel rabe se résume dans un conflit virtuel affirmant son existence dans un maillon vide[13].

III/ Le traitement de la problématique citée ci- dessus a contrôlé le cheminement de la critique arabe moderne et ce, bien que la dualité Ancien / Nouveau n'ait pas connue un vaste débat théorique contrairement au domaine de la pensée générale et au domaine de la création en particulier chose qui a incité quelques chercheurs à considérer que la critique arabe a pris position dès le départ et a


 tranché en faveur de la rénovation et ce, même s'il traitait des problèmes concernant la critique classique [14].

Une telle pensée nécessite plus de précision et nous pouvons le faire en faisant référence aux facteurs, aux préjugés et aux motifs qui ont agi sur la critique arabe elle-même, en ce sens que la critique arabe moderne s'est formée dans ses grandes lignes sous la pression de l'écho du patrimoine et dans sa propre problématique, consciemment ou inconsciemment de la part des critiques. La critique arabe moderne n'a pas connu un grand débat sur le patrimoine et le renouveau ce qui lui confère une faiblesse qu'on étudiera plus loin. Sans doute, l'évolution qu'a connue la vision des critiques arabes contemporains concernant le patrimoine critique lui donne une conscience par rapport à ce patrimoine ; de génération en génération. Jusqu'à nos jours, cette vision reste en cours sans aboutir à une formule constante, ce qui permet de dire que la position de la critique arabe moderne par rapport au patrimoine critique s'est développée à cause des changements qu'a connu la société arabe d'un côté, d'un autre côté, elle prouve la pré abilité du patrimoine critique quant aux multiples lectures gérées par les objectifs généraux, en d'autres termes, la pluri- lecture lègue la place à la réécriture du lu [15].  Donc le problème concerne la critique moderne et ne touche le critique qu'en tant qu'élément constituant la critique. Ainsi, toute lect ure du patrimoine critique n'est pas innocente, elle transporte en elle-même une vision critique contemporaine au sens de l'appartenance à l'époque sans restriction temporelle.

Nous pouvons parler de deux orientations principales, dans la lecture du patrimoine critique [16]:

1- La première orientation vise le patrimoine de par la reproduction de ses citations et ses grands sujets, comme il était impossible de dire la même chose en deux langues différentes et dans deux contextes différents, les essais entrepris dans ce sens, et qui présentaient une lecture au premier niveau( mot à mot) cherchaient à "expliquer" ce  patrimoine de façon à préserver la " Fidélité scientifique" en d'autres termes, elle l'étudie en tant que passé critique dont sa relation au présent est une relation séparatrice.

Ce genre de lectures a mené plusieurs chercheurs à un résultat défavorable par rapport au patrimoine critique pas même en tant que slogan qui dit que le patrimoine critique tend à découper le vers et se base sur le jugement hâtif des valeurs, et c'est aussi une critique vide


de pensée, préoccupée par des sujets sclérosés pauvres en vivacité et en profondeurs. Cette orientation a trouvé écho dans les universités qui enseignaient le patrimoine critique sans la concordance avec les études critiques modernes et leurs méthodes, ce style académique qui régnait sur le cours critique classique a nui au patrimoine critique au même titre qu'il lui a été défavorable. Cette nuisance l'a inséré dans des situations constantes, redondantes et productrices. Par contre, ce style a permis aux générations suivantes de découvrir  le patrimoine critique, action impossible à l'extérieur de l'université.

2-      La deuxième orientation cherche à lire le patrimoine, dans son

 Cadre général c'est-à-dire elle le relie aux changements et aux problématiques culturels dont il est la source.

Ce patrimoine critique concrétise les efforts contemporains dans la littérature arabe et la littérature humaine. Malgré l'audace de la seconde orientation qui tend à donner au patrimoine critique une lecture le faisant participer dans une vision critique contemporaine, celle-ci sélectionne les critiques selon des préjugés personnels au détriment de l'objectivité scientifique du patrimoine critique. Ainsi la sélection visait ceux qui répondent à la modernité critique.

Il est indispensable de faire deux remarques générales à propos des deux citées ci-dessus:

Premièrement, ces deux orientations ne représentent pas deux étapes quant lecture du patrimoine critique, pourtant l'époque a contribué dans sa découverte et son étude.

Deuxièment, à l'intérieur de chaque orientation résident diverses polémiques unies par le principe et séparées par la méthode, les objectifs et du patrimoine critique.

Dans quelles mesures, ces études ont- elles participé à l'enrichissement de la critique arabe moderne?[17]

VI/ La fiabilité de tout travail critique se résume dans la construction d'une solide théorie critique et dans l'efficacité de ses outils d'analyse lors de l'étude des textes littéraires. Voir la critique arabe sous ces deux angles, nous conduit à voir son incapacité quant à l'écriture d'une théorie qui lui  critique dans le monde arabe. La critique arabe moderne ne s'intéresse à la théorisation que dans des limites très restrictives même si on constate quelques efforts fournis au sein des courants littéraires et quelques problèmes artistiques qui, dans l'ensemble, sont soumis à une idéologie prétextant l'acte


 littéraire et critique. Il est possible de penser que cette critique adopte une théorisation du prêt à porter provenant de l'occident.

En contre partie, il existe dans la critique arabe moderne, une exhaustivité des travaux notamment littéraire; même si cela lui créait une surcharge critique, cette surcharge est quantitative non qualitative[18].

 En effet, celui qui observe la critique arabe moderne découvre un manque de maillon, nous ne visons pas à travers ces propos, que l'apparition de quelques tendances critiques et la disparition d'autres ne soient pas soumises à une logique interne qui commande cette critique et jailli de sa propre nature mais il semble qu'elle lui soit une inspiration et une écriture. Ce qui fait de la critique arabe moderne une critique spiralée dont le déplacement d'une vision critique à une autre ne lui confère pas une transposition naturelle. Ainsi, la critique arabe moderne est sous forme d'îles dispersées sans aucun lien entre elles, en somme, c'est une critique expérimentale[19].

Une autre faiblesse de la critique est à signaler, en effet, elle se résume dans son désintérêt de critiquer la critique, cette tendance tend à revoir les traces critiques dans le but de les dépasser d'un côté et d'adopter les caractéristiques qui ont marqué une étape donnée ce qui permet l'appropriation de l'outil théorique dans la critique, d'un autre côté.

Pour de multiples raison, la critique arabe moderne est devenue une critique dont l'origine est inconnue de par la dualité de ses références, c'est aussi une critique stérile qui ne produit pas une continuité, cela est sans doute dû à l'indécision des critiques selon qu'ils épousent les mouvements critiques universels (occidentaux) où selon qu'ils épousent les changements que connait leur vécu ou encore ils s'inspirent de leur patrimoine critique. Cette indécision a produit des polémiques critiques que nous pouvons résumer ainsi:

-         La transposition des expériences occidentales dans la critique.

-         La rénovation du patrimoine critique en ce sens qu'il soit semblable à la critique occidentale.

-         La lecture de la critique selon des concepts patrimoniaux.

La personnalité critique du critique arabe moderne s'est enlisée dans ces polémiques, ainsi que la critique arabe moderne n'a pas pu développer un projet qui l'aide à assimiler le patrimoine critique et à prendre conscience de la critique occidentale. L'incapacité d'écrire un tel projet critique revient à la non connaissance de la dimension


 problématique du patrimoine critique et la critique occidentale. Il est à rappeler qu'il y a eu des efforts dans le but de rapprocher la problématique dans son cadre de la pensée sauf que la critique arabe moderne n'en a pas profité.

La position de la critique arabe moderne dans ce carrefour, l'a poussé à considérer le patrimoine critique comme cadre référentiel de base, cela pose problème car, comment peut-on rapprocher un texte moderne avec des concepts anciens, en plus, compter sur le patrimoine peut empêcher la recherche d'une théorie critique adoptant une dimension rénovatrice[20].

 La critique arabe tend à appliquer des concepts propres à la critique occidentale, sur la littérature arabe, dans ce cas, comment peut-on rapprocher un texte appartenant à une référence donnée avec des concepts tirés d'une référence différente et c'est ce qui a transformé la critique, dans la plus part du temps, en des exercices d'application.

Pour éviter un tel glissement, quelques études  ont associé les concepts patrimoniaux dans la critique et d'autres contemporains et occidentaux- mais une telle solution demande une telle lecture scientifique du patrimoine critique- qui permet son  assimilation et sa reconstruction pour l'utiliser dans la critique arabe moderne. En d'autres termes, nous sommes tenus de trouver une formule qui va construire une relation dialectique entre le patrimoine critique et l a critique arabe moderne, nous ne pouvons qu'être optimistes car quelques études ont réalisé de bons résultats.


 

Notes:



[1]Voir: Boutros Al-Hallaq, fond et forme dans la critique littéraire arabe classique, Beyrouth, SMER et Dar Attali'a, 1983, pp 48-53.

[2]Amjad Trâbulsi, Aperçu historique du mouvement d'écriture linguistique et littéraire chez les Arabes, 4e édition, Librairie de Dar Al Fath, Damas, 1969, p. 177-178.

[3] Voir:  Roger Allen, Le patrimoine arabe littéraire: l'évolution de ses Genres et critique. Cambridge: Cambridge University Press, 1998. p 117.

[4]Fond et forme dans la critique littéraire arabe classique.., p 72.

[5] Amjad Trâbulsi,la Critique poétique des arabes, jusqu'au Ve

Siècle de l'Hégire (XIe siècle après J. -C), Damas, 1956.p 236.

[6]  Ibid. p 245.

[7]Abderrahman Tankoul: La tendance critique dans"le Conte et l'interprétation" de Abdelfattah Kilito, Casablanca, Ed. Toubkal, 2010, p.78.

[8]Voir: Le patrimoine arabe littéraire: l'évolution de ses Genres et critique, p 183.

[9] Voir: Abdelfattah Kilito, «La question de là lecture», dans  Méthodologie de la littérature et des sciences humaines, Casablanca, Ed. Toubkal, 1996, p 97.

[10] La Critique poétique des arabes, jusqu'au Ve  Siècle de l'Hégire   (XIe siècle après J. -C), op, cit, p 48.

[11]Voir: Anwar Mohamed Mustapha, al kiraat anakdia al mo asirat li atthourath anakdi al arabi, Ed. dar al kitab al arabi, Beyrouth, 1998, p 59.

[12]Ibid, p 65.

[13]Ibid, p 78.

[14]Aperçu historique du mouvement d'écriture linguistique et littéraire chez les Arabes, op, cit, p 126.

[15]  Leila Ahmed Nour, Les Nouvelles Lectures de l'histoire de la critique arabes contemporaine, Ed. Dar  al fikre al arabi Damas, 2003, p 154.

[16]Ibid, pp 105-106.

[17]Ibid, p 125.

[18]Voir:al kiraat anakdia al mo asirat li atthourath anakdi al arabi, op.cit, p 69.

[19]Voir: Les nouvelles Lectures de l'histoire de la critique arabes contemporaine

[20]Voir: La question de là lecture.., op. Cit, p 81.

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