Le fonctionnement de la filière dattes dans la région de Touggourt Sud-est Algérien

The functioning of the date's sector in Touggourt Southeast Algerian regionpdf

 

  

Lounes MERROUCHI

Institut National de la Recherche Agronomique; Algérie

Laboratoire de Recherche sur la Phoeniciculture

Université KASDI Merbah-Ouargla; Algérie

Boualem BOUAMMAR

Laboratoire de Recherche sur la Phoeniciculture

Université KASDI Merbah-Ouargla; Algérie  

Résumé : La présente étude a pour objet l'étude du fonctionnement de la filière dattes au niveau de la région du haut  Oued Righ (Touggourt) et de saisir les principales contraintes que supportent les principaux acteurs. Il s'agit pour nous d'étudier d'abord la sphère de production à travers des enquêtes au niveau des exploitations phoenicicoles  et des différents acteurs de la filière. Cette étude vise aussi à analyser le circuit de stockage, de conditionnement et de la vente des dattes.

Cette étude nous a permis de mettre en évidence les principales contraintes de la filière dattes qui entravent son bon fonctionnement: il s'agit principalement, au niveau des exploitations: du déficit en eau, du disfonctionnement du système de drainage  et la multiplication des adventices. Au niveau du marché de la datte, il existe une désorganisation et l'accaparation du produit par des intermédiaires multiples. 

Mots clés : Filière, Datte, Exploitation agricole, Marche de la datte, Touggourt. 

Jel Classification Codes : Q13. 

Abstract: This study aims to study the functioning of the date's sector in the top Oued Righ region (Touggourt) and enter the main constraints that support the main players. It is for us to study first the sphere of production through surveys at the phoenicicoles farms and various players in the sector. This study also aims to analyze the storage circuit, packaging and sale dates. 

This study allowed us to identify the main constraints of the date's sector that hamper its efficiency: it is primarily at the farm level: water deficit, the malfunction of the drainage system and the proliferation of weeds. At the date market, there is a disorganization and accaparation product through multiple intermediaries. 

Keywords: Sector, Date, Agricultural Farm, Date Market, Touggourt. 

Jel Classification Codes : Q13. 

I-Introduction :

La filière dattes est classée parmi les filières stratégiques en Algérie, à côté des viandes  rouges et blanches, le lait, les céréales et la pomme de terre. A cet effet, et vue l'importance socio économique que présente cette filière, beaucoup de programmes de recherche et de développement sont mis en place par le Ministère de l'agriculture et du développement rural et autres centres et institutions de recherche agricole.

La culture du palmier dattier se répartie, en Algérie, dans les zones du Sud-est (Biskra, El-oued et Ouargla), Sud-ouest (Bechar, Adrar), Centre-extrême-sud (Ghardaia, Tamanrrassat, Tindouf, Illizi) et d’autres zones éparses1. Néanmoins, la répartition potentielle du palmier dattier se trouve dans le Sud-est qui abrite près de 60 % du

 patrimoine national2. Concernant la diversité génétique du palmier, sur plus de 800 cultivars recensés en Algérie3, la variété Deglet-Nour  occupe plus de 60 % du nombre total du palmier4 dont le fruit est soumis à des spéculations dans sa commercialisation.

Le nombre de palmiers dattiers a connu ces deux dernières décennies une expansion fulgurante grâce au soutien agricole. Il est passé d'environ 8 million de palmiers en 1990 à environ 18 million en 2011, soit une augmentation de 125%. Quant à la production de  dattes, elle est passée, pour la même période, de 200 000 tonnes à environ 750 000 tonnes, soit une augmentation de 275 % 5.  

La production en dattes est consommée, pour la grande partie, à l'intérieur du pays, dans la mesure où les exportations de l’Algérie en dattes, déclarées officiellement, sont estimées annuellement entre 4 et 5 % de la production totale nationale6. La datte qui passe les frontières, par la voie illégale ou fait l'objet de troc, n'est pas comptabilisée.

Parmi les régions phoenicicoles potentielles en Algérie, la  vallée de l’Oued-Righ, est très connue par sa diversité génétique du palmier et la particularité ethnique de sa population, très attachée à la culture phoenicicole. Touggourt est le plus grand centre d’intérêt de la vallée, et c'est de là qu’a commencé le développement de la phoeniciculture par les colons français vers les années 18007. D’ailleurs, un terminus de voie ferré et un aéroport ont été réalisés dans les années quarante pour transporter de la datte vers l’Europe via la France.

Actuellement,  la datte Deglet Nour est devenue un luxe pour la plupart de la population algérienne et ce, malgré l’extension de la superficie phoenicicole et l’augmentation de la production. Situation qui a pour origine plusieurs raisons : structurelles, commerciales, techniques, etc.

Afin d'appuyer les résultats de recherche obtenus, sur le même sujet, par BEDRANI et BENZIOUCHE8, au niveau du bas Oued-Righ, représenté par les régions de Mghair et Djamâa, relevant de la wilaya d'El-Oued,  nous avons porté notre recherche sur le haut Oued Righ, représentée par la région de Touggourt dite capitale de l'Oued-Righ, jugée plus importante sur le plan stratégique et économique dans la Vallée. Il s'agit, pour nous, dans cette étude, d'analyser le fonctionnement de la filière dattes, de déceler les contraintes posées à ses différents maillons et d'essayer d'apporter des propositions d'amélioration.

II-Méthodologie d'approche:

La méthode suivie pour la réalisation de cette étude est constituée de plusieurs étapes:

ØLe tour du pays: 

Pour avoir une meilleure perception de la région d’étude, nous avons sillonné le site de bout en bout : de Sidi Slimane  au Nord  à Goug au Sud, en prenant pour repère le Canal de l’Oued Righ  qui traverse la vallée et qui a pour fonction originale de collecter les eaux de drainage des palmeraies. 

ØLe zonage:

Le tour du pays nous a permis d‘identifier neuf grands ensembles géographiques ou Oasis. Comme certaines oasis présentent des ressemblances, nous avions retenus sept oasis pour l’étude à savoir: El-goug, Temacine, Nezla, Sidi Mehdi, Ezzaouia, Ghomra et Meggarine.

ØL'échantillonnage des exploitations à étudier:

Au cours de notre tournée au sein des zones homogènes, nous avions déterminé deux critères de différenciation qui nous ont semblé les plus pertinent, à savoir: le critère temporel (ancien et nouveau système de production) et le critère de taille des exploitations.  De là, nous avons constitué  notre échantillon d’exploitations à enquêter, dont le nombre a été limité par la présence des agriculteurs dans leurs exploitations. Nous avons dégagé un nombre de 282 exploitations réparties selon l'ancienneté et la taille des exploitations.

Pour toucher à tous les systèmes de production et tailles qui pourraient exister, nous avons utilisé la méthode de transect qui consiste à balayer la zone dans toutes les directions. (Tableau1en annexes).

ØL'identification des agents intervenant  dans la commercialisation de dattes:

Pour identifier et enquêter ces intervenants, nous nous sommes appuyé sur les agriculteurs et les agents de vulgarisation agricole. Les intervenants identifiés sont des stockeurs-vendeurs au niveau du marché de gros de dattes, des acheteurs de dattes sur pied et de stockeurs-conditionneurs locaux. Comme ces agents sont connus par les agriculteurs et les agents de vulgarisation agricole, nous les avons tous retenu dans nos enquêtes (tableau 2 en annexes).                  

ØL'enquête des consommateurs de dattes:

Les consommateurs enquêtés sont tous de la région d'étude. Ils sont constitués de deux catégories: consommateurs non propriétaires de palmeraies et consommateurs propriétaires de palmeraies (tableau 2 en annexes).

Le travail de terrain a été accompagné par un questionnaire propre à chaque intervenant de la filière. Il a été constitué cinq questionnaires en tout.

III-Résultats  et discussions:

Une présentation brève de notre objet d'étude est nécessaire pour comprendre les soubassements de notre démarche et la pertinence de notre méthodologie de travail

1. Présentation de la région d'étude.

Le haut Oued-Righ est une région agro écologique représentée par ce qu'on appelle communément le Grand Touggourt qui constitue le prolongement de la vallée de l'Oued Righ  au sud. Il est situé au Nord-est du Sahara Algérien, a 160 km au nord-est d'Ouargla et de la zone pétrolière de Hassi Messaoud et à 600 km environ au sud-est de la capitale Alger. Touggourt est la plus grande ville de la région d'Oued-Righ, c'est un centre de commerce et de tourisme important, et situé sur l'axe routier desservant les villes de Hassi-messaoud et Ouargla au Sud, Biskra au Nord et El-Oued à l'Est. Le haut Oued-Righ abrite trois grande agglomération: Touggourt au Centre, Temacine au Sud et Meggarine au Nord, et relèvent toutes administrativement de la wilaya d'Ouargla.

La population de la région du haut Oued-Righ est estimée, selon R.G.P.H. 20089 à 202 538 personnes, soit 57.56 % de la population de la vallée d'Oued-Righ et 36.26 % de la population de la wilaya d'Ouargla.  Elle est répartie sur quatorze agglomérations (voir tableau 3 en annexes) dont plus de 50 % est concentré dans les chefs lieu de Daïra (Temacine, Touggourt et Meggarine).

La région de Touggourt abrite la plupart des infrastructures socio-économiques et

 culturelles de la vallée de l'Oued-Righ. 

En matière d'industrie, Touggourt abrite plusieurs unités de fabrication de différents produits, tels que: la mousse, la verrerie, le carrelage, et la brique.

Quant aux activités commerciales et services, la région de Touggourt est très diversifiée, ce qui lui donne un dynamisme économique important.

L'agriculture de la région d'étude se base sur la culture de palmier dattier. En plus de la phoeniciculture, des cultures diverses associées aux palmiers mais de faible importance. On trouve des cultures fourragères, maraichères, légumières, fruitières et condimentaires.  Ces cultures sont destinées, pour la plupart, à l'autoconsommation. Il est pratiqué, également,  l'élevage de type familial constitué de petits ruminants, généralement du caprin; et de basse cours.

2. Analyse de la filière dattes:

Nous essayerons de cerner l'importance des rôles des différents acteurs qui interviennent dans cette filière et de saisir les actions qu'ils entreprennent puis d'identifier et d'analyser les contraintes qui entravent son bon fonctionnement.

2.1. L'importance du palmier dattier dans la région d'étude.

Le nombre de palmier dattier dans la région d’étude est estimé à 904 532 pieds dont 588 986 pieds sont plantés dans le cadre de la loi portant sur l'accession à la propriété foncière agricole (APFA) mis en application à partir de 1985. La superficie phoenicicole est estimée à 12 704 hectares et partagée en 12330 exploitations agricoles10.

Les données présentées dans le tableau (4) montrent que le nombre de palmiers et la superficie phoenicicole ont augmenté entre 1985 et 2011, respectivement, de 48.36 % et de 39.25 %. Il faut noter que dans les nouvelle palmeraies sont comptabilisées toutes les plantations effectuées dans différentes options (périmètre, hors périmètre et extension)

Quant à la diversité génétique des plantations, les enquêtes ont montré que, dans les nouvelles palmeraies, 84 % des exploitations sont occupées par 80 % de variété Degle-Nour.  Les 20 % restant sont occupés par les variétés Deglet-Beida et Ghars, et rarement d'autres variétés comme Tinissine et Tantboucht. Dans les anciennes palmeraies, 56 % des exploitations enquêtées ont leurs vergers sont occupés de plus de 80 % par la variété Degle-Nour, 19 % ont entre 50 et 75 % de Variété Deglet-Nour.

Ces données nous montrent que la diversité génétique se trouve beaucoup plus dans les anciennes palmeraies que dans les nouvelles palmeraies. Ces dernières ont tendance à s'intéresser aux variétés les plus marchandes telles que: Deglet-Nour, Degla-Beida et Ghars.

 Dans le cadre du rajeunissement des anciennes palmeraies, 46,70 % des exploitations enquêtées ont procédé à la plantation de nouveaux palmiers, soit entre les lignes ou dans une nouvelle terre

juxtaposée après aménagement. Il faut noter que 9,70 % des nouvelles palmeraies ont également procédées à des nouvelles plantations par extension.

Dans les anciennes palmeraies, 43 % des exploitations ayant procédés au rajeunissement ou à l'extension de leurs palmeraies ont utilisé une seule variété dont 81,40 %  ont planté la variété Deglet-Nour. Par contre les variétés utilisées dans les extensions effectuées par les propriétaires des nouvelles palmeraies, pour 75 %, de trois variétés (Deglet-Nour, Ghars et Degla-Beida); le reste est constitué d'une à deux variétés. 

2.2. L'itinéraire technique.

Les techniques culturales pratiquées par les phoeniciculteurs sont l'irrigation, la pollinisation et l'amendement en matière organique comme opérations indispensables, sans elles, la production est vouée à l'échec. D'autres opérations sont importantes pour avoir une bonne production mais ne sont pas pratiquées par tous les agriculteurs faute de moyens humain, matériel, financiers ou par négligence.

Ainsi, les enquêtes ont montré que 56 % du panel pratique uniquement l'irrigation,  l'amendement et la pollinisation. En plus de ces opérations, 12 %  pratique le ciselage, 8,83 %, pratique la limitation et 21 % pratique les deux opérations à la fois. L'amendement en matière organique qui constitue une opération indispensable dans l'amélioration du rendement provient, en grande partie,  des régions du nord du pays. Ainsi, 18,72 % de 94,34 % qui utilise l'amendement s'auto approvisionne  en matière organique de leur cheptel. Le reste, soit il achète la totalité des besoins (37,45% du panel) soit il complète le déficit par des achats pour (43,82% du panel).

2.3. La commercialisation de la datte par les phoeniciculteurs.

L'opération de vente de la datte par les agriculteurs se fait, selon les moyens financiers humains et matériels de ces derniers, soit sur pied, soit après récolte ou les deux à la fois (une partie sur pied et l'autre après récolte). Pour notre échantillon, 23,67 % du panel vend leur produit sur pied, 66,78 % vend le produit après récolte et 9,54 % vend une grande partie sur pied et le reste est vendu après récolte comme le montre le tableau (5).

La datte récoltée par les phoeniciculteurs est vendue, selon leur besoin et leur capacité financière, sur le marché, à domicile ou les deux à la fois. Le tableau (6) nous montre que plus d'un quart (28,26 %) des phoeniciculteurs vendent leur produit à domicile, c'est-à-dire une grande partie de la production ne passe pas par le marché. Ajoutons à cela une  autre partie qui est vendue à domicile par l'autre catégorie (vendeurs à domicile +marché) et celle accaparée par les acheteurs sur pied dont le produit est généralement conduit vers des unités de conditionnement situées en dehors de la vallée.

 2.4. Les acheteurs sur pied.

Les enquêtés sont tous de la région d'étude et sont des phoeniciculteurs. Les enquêtes ont montré que 33,3 % du panel achète, en plus de la datte, le Bétail. Le payement du produit dattier acheté se fait immédiatement après l'achat chez la moitié des enquêtés. Le reste paye par tranche ou après la vente de la datte. 25 % de ces acheteurs sur pied possède des chambres froides de capacité de stockage moyenne estimée à 200 quintaux, elles sont destinées pour le stockage de la datte molle (Deglet-Nour de 1er choix et Ghars empilé). La datte de deuxième et troisième catégorie (sèche et demi-sèche) est emballée dans des caisses en plastique, ou dans des sacs de jute pour la variété Degla-Beida.       

L'achat de la datte sur pied se fait par négociation avec le propriétaire de la palmeraie. Mais généralement, c'est l'acheteur qui impose le prix puisque l'exploitant se trouve dans une situation de besoin financier après l'attente d'une année de travail.  

2.5. Les unités de stockage et de conditionnement.

A l’exception de l’unité ex-OND (office national de dattes), devenue AFRIDAT, qui est équipée de tout le matériel de conditionnement nécessaire et dotée d'une capacité de stockage de 2000 tonnes, les autres unités enquêtées sont de simples hangars de stockage et de revente de dattes, non équipés d'infrastructure frigorifiques et dont la capacité moyenne de stockage est estimée à 500 quintaux. La quasi-totalité des enquêtés  disposent de palmeraies. Néanmoins, la plupart des propriétaires de ces unités réceptionne de la datte d'autres agriculteurs ou s’approvisionne  des marchés de Touggourt, Biskra et d’El-Oued.

Ces unités utilisent : l’emballage en plastique de 20-25 Kg pour la variété Deglet-Nour de  2ème et 3ème catégorie, des sacs en jute de 50-60 kg pour la variété Degla Beida et des cartons de 10 kg pour la variété Deglet-Nour de 1èr choix.Les clients de ces unités sont des revendeurs qui acheminent la datte, selon la variété, à différents

endroits du pays ; Tamanrasset  pour la Degla-Beida, à l’Est et l’Ouest pour la variété

Deglet-Nour  de qualité moyenne et, au Nord, pour la variété Deglet-Nour de 1èr choix.

2.6. Marché de dattes de Touggourt.

Le marché de dattes de Touggourt est le point focal  des vendeurs de dattes de toute la région de l'Oued-Righ en général et de la région du haut Oued-Righ ou grand Touggourt en particulier. Néanmoins, ce marché ne dispose pas d’infrastructures et de commodités qui permettent le bon déroulement de l’opération de vente.

L’enquête qui a concerné les vendeurs de dattes sur le marché a montré que les personnes enquêtées sont constituées de phoeniciculteurs et non phoeniciculteurs. Les non phoeniciculteurs sont des revendeurs de dattes qui installent quelques cartons de dattes de 10 kg et de 05 kg. La plupart de ces vendeurs sont de Touggourt, ils ne vendent que la datte et ne sont pas des ambulants.

Les phoeniciculteurs rencontrés ramènent leurs dattes sur des charrettes trainées par des ânes. La datte est proposée à la vente en gros et elle est de qualité médiocre. Au niveau de ce marché, nous avons recensé plus d'une quinzaine de garagistes. Leur activité est purement commerciale. Ils réceptionnent de la datte des phoeniciculteurs et ils la revendent sur place ou acheminée vers d'autres régions.

2.7. La consommation de dattes.

Les consommateurs enquêtés sont constitués de personnes disposant de palmeraies

(59 %) et des personnes ne disposant pas de palmeraies (41 %) et relèvent tous de la région d'étude. La première catégorie déclare laisser une quantité moyenne de dattes de 2,8 quintaux par an et par ménage, de variété Deglet Nour pour la grande partie et de qualité moyenne. Cette réserve est destinée pour, une partie, à la consommation personnelle et, une autre partie serait offerte se forme de cadeaux ou dons, aux familles n'ayant pas de palmeraies, et aux amis. Pour cette catégorie, se sont les enfants qui consomment plus. La période de haute consommation est le mois de carême et la période de récolte. Plus de la moitie du panel trouve que le prix de la datte sur le marché est raisonnable.

La deuxième catégorie du panel déclare qu'il consomme, en moyenne, 42 kg de dattes/an de variété Deglet Nour et Ghars par ménage. La datte consommée provienne de l’achat pour 55,5 %. Le reste du panel acquière la datte du marché et reçoive une quantité sous forme de dons. Moins de la moitie de cette catégorie (33,3%) trouve que le prix de la datte sur le marché est cher.

2.8. Evolution des prix de dattes.

La spéculation que connait le produit dattier à l'intérieur et à l'extérieur du pays, la désorganisation du marché de dattes à l'instar d'autres produits agricoles, et d'autres considérations économiques ont fait que le prix de dattes les plus répendues sur le marché et particulièrement celui de la variété Deglet-Nour de 1er et 2 ème choix n'a pas cessé d'évoluer ces deux dernières décennies. Le prix des catégories sous citées évolue également au cours de l'année même.  

L’évolution des prix de dattes appliqués sur le marché de Touggourt, pour les variétés les plus

rependues dans la région d’étude, entre la période 1999-2015, comme le montre le tableau (7) et la figure (1), les prix des trois variétés ont connus des augmentations continues entre la période 1999-2014. Le prix de la variété Deglet-Nour (DN) est le plus élevé, car celle-ci constitue la

 variété la plus prisée. Quoique, les deux autres variétés Degla Beida (DB) et Ghars (GH) sont très recherchées dans d'autres régions et même par les pays voisins. La première est commercialisée, pour la grande partie vers les pays du Sahel (Niger, Mali..), la deuxième est empilée dans des sacs spécialisés et consommée, surtout localement, après l'épuisement de stock de Deglet-Nour dans les foyers. 

Ce que nous remarquons également, c'est qu'il n'ya pas de grande différence de variation des prix entre les trois variétés. Sauf que, le prix de la Degla Beida a rejoint celui de Ghars durant la compagne 2013/2014 puis a été devancé par ce dernier par une différence de 10 Dinars, avec une évolution pour la première de 5 Dinars et le deuxième de 15 dinars, entre les compagnes 2013/2014 et 2014/2015.

La revalorisation des prix des variétés Ghars et Degla-Beida sur le marché a commencé à changer la structure de la palmeraie où les agriculteurs se voient renforcer leur verger avec ces deux variétés, alors qu'elles se plantaient, dans le passé, dans les périphériques de l'exploitation comme des brises vents.  

Il faut dire que les premiers bénéficiaires de l'augmentation des prix de dattes sont, bien sûr, les intermédiaires et non pas les producteurs, dans la mesure où ces derniers continuent à vivre des difficultés financières et insatisfaits des prix avec lesquels vendent leur dattes.

Les prix présentés ici vont paraitre aux lecteurs trop bas s'ils les comparent à ceux appliqués à la datte Deglet-Nour de Biskra. La datte Deglet-Nour de la région d'Oued-Righ en générale varie de demi-mole à sèche mais très sucrée.  

2.9. Les contraintes rencontrées dans les différents maillons de la filière.

L'ensemble des intervenants  enquêtés de la filière sont opposés à des contraintes multiples selon leur position dans le million de la filière. Le tableau (8) résume les principales contraintes rencontrées par les enquêtés.

Nous remarquons de ce tableau que les problèmes de manque de main d'œuvre et de la mauvaise organisation du commerce de la datte sont  posés à tous les niveaux de la filière. Ces deux contraintes constituent à notre avis et à l'avis des enquêtés, les freins essentiels au développement de la filière.

IV. Conclusion :

Le fonctionnement de la filière dattes dans le haut Oued-Righ n'est pas différent de celui du moyen et du bas Oued-Righ (Djamaa et Mghair). Le soutien de l'Etat aux exploitations et produits  agricoles, débuté dans les années 2000, n'a pas rapporté des améliorations au fonctionnement de la filière dattes, si ce n'est l'implantation de rares unités frigorifique de stockage de dattes. Le maillon de production revêt toujours un caractère traditionnel et s'oppose à des contraintes qui ont un impact  direct sur la qualité de la datte. Ainsi, le déficit en eau dans certaines palmeraies, le disfonctionnement du système de drainage causant une asphyxie dans certaines palmeraies et la multiplication des mauvaises herbes sont devenues des leitmotive dans les doléances des phoeniciculteurs.

Sur le plan commercial, le produit dattier est confronté à des contraintes majeures en raison de la désorganisation du marché de la datte et l'accaparation du produit par des intermédiaires multiples. Pour cela, plusieurs circuits sont utilisés dans le mouvement de la marchandise, échappant ainsi aux règles commerciales et rend difficile le suivi du produit..

Les producteurs et les consommateurs se trouvent les premiers lésés pour ce  type de réseau, puisque les premiers n'ont pas le choix de vendre avec un prix qui permet de couvrir leurs charges et de s'octroyer un bénéfice raisonnable et les secondes se trouvent face à un produit de qualité moyenne dont le prix est jugé exorbitant.

Devant cette insatisfaction généralisée, les pouvoirs publics et les organisations professionnelles doivent faire des efforts pour organiser la filière, tout d'abord au niveau des agriculteurs par le renforcement du système de vulgarisation apte à créer un changement positif dans le comportement des agriculteurs. Ceci permettrait d'améliorer la qualité du produit et l'utilisation judicieuse des facteurs de production. Ensuite, au niveau de la commercialisation, la prise en charge du produit dattier permettrait un partage équitable de la plus value et raisonner le prix sur le marché. 

 -ANNEXES :

R151401

R151402

R151403-Notes et Références Bibliographiques:

1.MESSAR.E.M: Le secteur phoenicicole algérien : situation et perspectives à l’horizon 2010. In Option méditerranéenne, Serie A N°28. Le palmier dattier dans l'agriculture d'oasis des pays méditerranéens. 1996. Pp: 23-44.

2.BENAOUDA.M/EH: Agriculture oasienne: Situation, tendances et développement in Proceding de l'atelier sur "la sécurité alimentaire et l'agriculture Saharienne. Université Kasdi Merbah Ouargla les 15 et 16 Février 2012. Pp: 30-41.

3. ACOURENE.S (2007) : Inventaire des différents cultivars de palmier dattier des régions de Oued-Righ et de Oued-Souf (Algérie). In sécheresse vol 18 n°2, 2007. Pp:135-142.

4.  MERROUCHI.L, ACOURENE.S et BOUAMMAR.B: Valorisation des rebuts de

dattes et des dattes communes dans les Oasis du Sud-Est Algérien. Revue biannuelle

"recherche agronomique" N°18, Décembre 2006. Pp: 79-87.

5. BENZIOUCHE.S.E: Analyse de la filière dattes en Algérie, constats et perspectives de développement. Etude du cas de la Daira  de Tolga. Thèse de doctorat agronomie. ENSA El-Harrach 2012.

6.ZEDDOUR.H : Marketing de la datte en Algérie. Cas de quelques Wilaya. Mémoire de Magister-année universitaire 2010-2011. 264p.

7. NIOX (1890: Géographie militaire VI. Algérie et Tunisie, 2em édition. Paris-

librairie militaire de L.Baudoin et Cie. 1890.

8. BEDRANI.S et BENZIOUCHE.S.E: Etude de la filière dattes : cas des Dairate;

Djamaa et  Mghaer ; In proceeding du Congrès Scientifique Arabe d'El-oued, du 01

au 04 Octobre 2000. Pp:383-417.

9.R.G.P.H (2008): Répartition de la population-Ouargla-. Site internet- Google.fr. Décembre 2014.

10. Statistiques Agricoles: Subdivisions de Temacine, Meggarine et Touggourt. 2011.