l’identité nationale en contexte pédagogique algérien, entre lisibilité et visibilité :pdf

cas des manuels scolaires du FLE

 

                                         ABADI dalila

 Université Ouargl

 

Résumé :  

Malgré la multitude de moyens et la diversité des techniques éducatives actuelles, le manuel scolaire revêt une importance particulière dans le processus éducatif et d’enseignement non seulement d’un point de vue didactique et pédagogique mais aussi d’un point de vue formatif.

Et pour répondre aux différentes approches concernant l’identité, la modernité, le rôle scientifique et civilisationnel, il est fort possible que les voies les plus proches par lesquelles procèdent l’action de modernisation et la formation identitaire du citoyen algérien résident dans le contenu pédagogique, à savoir le curriculum scolaire que reflète le manuel scolaire sous forme de textes et d’images. En effet, c’est dans ce contexte, que nous nous intéressons, à savoir le gré de représentativité de l’idée identitaire nationale diffusée dans les manuels algériens destinés à l’enseignement du français langue étrangère.

Les manuels étudiés comme tous autres manuels sont les principaux transporteurs de valeurs culturelles et idéologiques. Celles-ci se transmettent et se manifestent à travers plusieurs procédés : les choix des textes, des thèmes, des sujets, des images…etc. et obéissent sûrement à des buts  politiques, idéologiques, moraux…, souvent sous jacents. Donc, les textes (extraits) ont certes une visée linguistique, qui se rattache à un apprentissage de signes, mais aussi d’autres valeurs sont à transmettre par le concepteur.

C’est dans ce contexte que nous nous intéressons, à savoir le gré de la représentativité de l’idée identitaire nationale diffusée dans les manuels scolaire de FLE.

Via le texte inséré, le manuel scolaire algérien du FLE configure, de plus les valeurs nationales et scientifiques, une médiation idéologique. Celle-ci se transmet à travers plusieurs procédés. Aussi, faut-il signaler la manifestation extrême de cette idéologie dans les textes dits « littéraires ».

En effet, il s’agit d’une « superstructure », entre forme littéraire et forme sociale. Les textes notamment littéraires sont instructifs pour étudier le contexte idéologique dans lequel ils sont écrits.

La lecture des textes littéraires est « reflet connaissant du réel ». Ceci, explique que ces textes de par leur organisation et structuration œuvrent la langue naturelle et par conséquent les expressions de l’idéologie même implicites.

Dans cette perspective, les auteurs tributaires de leur société, dressent des tableaux de leur propre société tout en valorisation leur identité et appartenance culturelle :

« La littérature, en tant qu’art conçu dans un langage fondé sur le langage ordinaire, a toujours donné l’illusion à ses lecteurs, a fortiori, à ses spectateurs de faire référence à leur espace de vie de manière plus ou moins transparente. Ce que l’on appellera plus tard « l’effet du réel » lui valait toutes sortes de médiations bien avant l’apparition du « réalisme ». Ses premiers théoriciens, grecs, en ont fait le point central de leur réflexion. Ils contribuent tous à une vaste « théorie du reflet » qui s’est poursuivre jusqu’à nos jours et qui pose que l’œuvre littéraire représente, d’une façon plus ou moins directe (spéculaire) ou médiatisée, le monde réel ».

Tout en admettant ce lien indispensable qui unit texte (par voie de conséquence langue) et culture crée entre eux un lien de réciprocité, une implication plus ou moins légitime du fait que « toute langue véhicule avec elle une culture dont elle est à la fois la productrice  et le produit »[i].

Les textes insérés dans nos manuels scolaires, n’échappent pas à cette règle. Une présentation très manifeste des auteurs de toutes nationalités y compris algérienne, traduit la tendance des concepteurs à avancer une idéologie peu marquée, peut être, vers l’universalisme et la mondialisation. D’ici, découle, l’idée que l’idéologie, système de références, est plus ou moins consciemment instaurée dans le contexte didactique.

Pour ce qui est de l’intérieur des textes, les auteurs  sont « comme un lien de rassemblement de plusieurs idéologies ou fragments d’idéologies issus de diverses classes »[ii]. Mais, la sélection de textes à intégrer prévoit des textes peu marqués idéologiquement, sinon, la présence de celle-ci se commode et coïncide avec l’intention éducative ciblée du didacticien.

L’image que présente le manuel scolaire à travers les textes, en particulier, n’est pas une simple description. Quantitativement, les auteurs étrangers, notamment français, sont les plus répertoriés. Et parce que les auteurs sont en général des témoins de leur temps, de leur époque donc tributaire de leur société, un premier postulat s’impose et nous laisse dire que le taux des auteurs autres  qu’algériens marque l’ouverture des manuels du secondaire sur l’  « Autre ».

Semblable, nous rappelons, qu’il en ressort de la lecture de l’ordonnance du 16.04.1976, titre  III articles 25 qui a marqué l’institution scolaire algérienne à l’époque que :

« L’enseignant des langues étrangères qui doit permettre d’accéder à une documentation simple dans ces langues, à connaître les civilisations étrangères et à développer la compréhension mutuelle entre les peuples. »[iii].

Eventuellement, nous remarquons que ces manuels à travers les textes non algériens, cherchent à éliminer tout aspect et préjugés susceptible d’éveiller « des sentiments » d’inimitié entre les peuples et les nations. Dés lors, ils s’internationalisent  de toutes traces et formes diffamatoires à l’égard de l’ « Autre ». Voir le contenu des textes et des illustrations signale la sensibilisation des apprenants aux civilisations étrangères. Ceci est particulièrement illustré par les textes (extraits) des auteurs étrangers, et français en particulier.

D’autres textes témoignent de cette ouverture des manuels sur l’ « Autre » qui se manifestent nettement par exemple dans le courrier de l’UNESCO dans le manuel de 1°AS. De plus, les textes qui composent le chapitre ayant comme titre générique  « Exhorter », inclus dans le manuels de 2°AS, évoquent de façon explicite et/ou implicite une tendance idéologique insistait sur des valeurs à inculquer à nos jeunes apprenants, par exemple, les textes « l’appel des lauréats du prix Nobel de la paix » lancé par les lauréats du prix Nobel de la paix et « TOL, Césarée, Cherchell, Réunie de la beauté » de son auteur Chabani.

A travers des images et des textes sélectionnés,  les manuels scolaires annoncent parfois de façon sous tendue, leur préférence pour la vie moderne, le multiculturalisme, l’unification humaine, la cohésion sociale, la mondialisation……etc.

D’un autre côté, le recours constamment constaté à des textes (extraits) des auteurs non algériens marque aussi cette orientation idéologique visée par les concepteurs des manuels algériens à imprégner les apprenants dans une société modernisée, qui tend vers l’universalisme. Ceci est étayé par la  présence des auteurs français (déjà signalé) ; auteurs de toutes les nationalités : américaine, belge, Roumanie….

De tout ce qui précède, il apparaît distinctement qu’après avoir orienté les élèves par le choix des textes et images, les manuels  veulent  s’ouvrir sur l’ « Autre ». En tous cas,

« Parmi les rapports de l’enseignement des langues étrangères à l’éducation des élèves  on peut citer la présentation de ce qui est « autre » aux apprenants et une aide à la compréhension de cette altérité. Que ce soit en termes linguistiques ou culturels, les apprenants se trouvent confrontés à la langue d’autres individus, à la culture, à leur façon de et d’affronter le monde »[iv].

 « La langue étrangère en Algérie, en l’occurrence le français […] construit l’identité nationale que ce soit au niveau des textes fabriqués (l’espace national où se situent ces textes est un espace algérien, les noms propres des personnages sont aussi des noms propres algériens) mais également au niveau des documents authentiques qui sont ou bien écrits par des Algérien ou bien qui reproduisent une réalité algérienne.

Quant aux textes littéraires français, ils ne sont pas intégrés dans leur altérité culturelle, ils se diluent dans les textes littéraires étrangers »[v].

La présence des textes appartenant à des auteurs étrangers est quantitativement la plus importante, mais cela, n’exclut en aucun cas la présence des textes (extraits) des nationaux qui est aussi appréciée dans la mesure où ces textes sont principalement des référents algériens.

Deux constatations viennent contextualiser cette remarque. D’abord, les personnages portent des noms algériens (Aïcha, Hasna, Omar, Hassiba…) Même si ces personnages utilisent le français en neutralisant toute  culturalité de cette langue dans l’apprentissage.

A ce stade, il est intéressant de noter l’ambivalence relative au partage de la langue française entre les personnages non algériens et leur langue d’expression française. Ce qui paraît paradoxe. En suite, les auteurs algériens cadrent généralement leurs textes avec des termes mélioratifs fortement ancrés dans la « réalité culturelle algérienne » c’est dans ce sens qu’apparaît l’ancrage de l’identité nationale. Convient-il de s’arrêter maintenant quelque peu sur d’autres facteurs portant des termes qui désignent  la culture nationale.

Les auteurs algériens d’expression française se référent ils plus souvent à des nominations algériennes : tel est le cas de la spatialité géographique qui portent à son  tour des noms de lieux algériens (Annaba, Constantine, M’zab, Guelma…). Tous les éléments mis au jour dans ce rapport entre textes, que prend forme une configuration culturelle, se dessinent nettement dans les textes (extraits) qui sont articulés autour des référents désignant le territoire national.

Les manuels du secondaire de FLE collectionnent, donc, des interventions appuyant  la question de l’identité nationale au regard de contextes culturels et nationaux divers. Un certain nombre de textes appartenant à des auteurs algériens d’expression française usent la question identitaire. Ce qui permet :

« Aux élèves de s’approprier leur patrimoine littéraire (tant les auteurs du passé que les auteurs d’aujourd’hui, c’est leur donner l’unique occasion d’accéder à un univers imaginaire qui servira de fondement  à la constitution de leur identité propre, en relation avec l’identité collective du groupe socioculturel auquel ils appartiennent »[vi].

 



[i] Porcher, L, Le français langue étrangère, émergence et enseignement d’une discipline, CNDP, Hachette éducation, 1995, p.53.

[ii] Lénine in Ch. Achour, Lecture critique (cours de la division français), Office des publications universitaires, Alger, Réimpression, 1990, p. 61.

[iii] Ordonnance du 16.04.1976, titre III articles 25.

[iv] M. Byram, Culture et éducation en langue étrangère, Hatier / Didier, Paris, 1992, p. 45.

[v] DJ. KADIK, Le texte littéraire dans la communication didactique en contexte algérien (le cas du Manuel de français dans l’enseignement fondamental et secondaire), thèse de doctorat,  Université DE FRANCHE-CONTE, Besançon, 2002, p, 67.

[vi] H. Lits, » Approche interculturelle et identité narrative », Etude de Linguistique Appliquée N °93, Janvier/Mars, 1994, p. 26.