Usages des outils de communication et médiation des savoirspdf

  غوتي زياني

 

 1. Introduction :

 L’université, pour améliorer les prestations de service en ce qui concerne l’accès à l’information et au savoir, s’est engagée dans la mise en place de plusieurs dispositifs informatiques (Bibliothèque, ENT/Intranet, plate-forme pédagogique,…).

 En effet, pour renforcer un enseignement en présentiel, le recours à une plate-forme pédagogique semble une bonne solution. La plate-forme pédagogique contenant des cours en ligne, est mise à la disposition des étudiants. Ce dispositif permet à des étudiants distants entre eux de consulter des cours en ligne à leurs rythmes et de communiquer entre eux et avec les enseignants (tuteurs).

 En plus d’un enseignement en présentiel, la plate-forme pédagogique, est dotée d’outils de communication permettant d’instrumenter les échanges entre les apprenants et les enseignants.

 L’objectif est de créer un environnement interactif afin de mettre en place de nouveaux modes de communication.

 « Il n’est pas impossible que dans le prolongement des échanges actuels de savoirs, se manifeste plus nettement le désir d’apprendre de l’autre. » (Venturini et Moretti, 2008 : 85)

 Les plate-formes pédagogique mettent à la disposition de leurs utilisateurs des outils porteurs de valeurs pédagogiques, parmi lesquels les outils de communication.

 Ce qui assure la pérennité d’une plate-forme est le support offert à la communauté d’utilisateurs. Selon Bourdet « Le développement exponentiel de formation et d’apprentissage en ligne pose la question de leur évaluation en termes de conception et d’usage. » (Bourdet, 2008 : 35)

 Partant de l’hypothèse que l’usage des outils de communication contribue à la médiation des savoirs, nous présenterons les réflexions menées à la suite de deux méthodes d’enquête : l’observation des traces de pratiques dans la plate-forme pédagogique, et les entretiens semi directifs auprès des enseignants, qui sont adaptés à l’identification des usages des outils de communication des plate-formes pédagogiques. Ceci afin d’identifier les différents types des usages des outils de communication, et étudier en quoi ils participent effectivement au processus de médiation des savoirs.

 Notre travail s’appuie sur la plate-forme pédagogique, que nous considérons comme un véritable dispositif. Pour Pierre Moeglin, il ne s’agit pas seulement d’un dispositif technique mais social et symbolique : « Selon les usages qui en sont faits, vecteur, artefact, machine, surface d’inscription, ces « tiers inclus » cristallisent et objectivent déterminations techniques et dimension symboliques. » (Moeglin, 2005 : 24).

 Ce qui nous mène à prendre la définition du dispositif médiatique donnée par Daniel Peraya : « une instance, un lieu social d’interaction et de coopération possédant ses intentions, son fonctionnement matériel et symbolique enfin, ses modes d’interactions propres. L’économie d’un dispositif – son fonctionnement – déterminée par les intentions, s’appuie sur l’organisation structurée de moyens matériel, technologiques, symboliques et relationnels qui modélisent, à partir de leurs caractéristiques propres, les comportements et les conduites sociales (affectives et relationnelles), cognitives, communicatives des sujets » (Peraya, 1999 :153)  »

 2. Cadre théorique :

 Ce travail de recherche, s’inscrit dans un cadre théorique que nous présenterons dans ses grandes lignes. Il s’agit de mobiliser des outils théoriques comme ceux de la sociologie des usages. Cette approche propose de sortir des méthodes classiques d’analyse comme le « techno-déterminisme » afin d’éclairer de plus près du terrain le développement des usages. Ce qui nous permet de comprendre les stratégies des formes d’intervention des utilisateurs sur des dispositifs techniques déjà constitués (déplacement, adaptation, extension et détournement) (Akrich, 1998 : 81), dans la perspective d’en faire un usage plus conforme à ce qu’ils souhaitent.

 Dans son article « Retour critique sur la sociologie des usages », Josiane Jouet [1]présente une étude de la sociologie des usages et son apport au champ des sciences de l’information et de la communication. Elle propose des éléments de définition sur les études d’usage des technologies de l’information et de la communication afin de comprendre exactement les critères de sélection des objets de communication. Comme elle l’explique dans son article (1993)[2]« Usages et pratiques des nouveaux outils de communication », Dictionnaire Critique de la communication, l’analyse de l’interaction entre les technologies et le social dans la construction des usages.

 La sociologie des usages nous permet d’analyser et expliquer les usages effectifs des TIC, c'est-à-dire ce que font réellement les gens avec ces objets et dispositifs techniques d’information et de communication.  D’où la question posée sur l’articulation entre technologies et société : comment saisir les rapports entre ces deux instances tout en évitant le piège du déterminisme, que ce dernier soit de nature technologique ou sociale ? (Breton et Proulx, 2006 : 251).   

 Annette Béguin-Verbrugge a développé le concept « usage » en rapport avec le concept « pratique », emprunté à la sociologie, où elle définit l’usage « comme une conduite située face à des objets. Cette définition implique une dimension sociale et culturelle, comme pour les pratiques, mais elle implique aussi une dimension technique de relation à l’objet. Autrement dit, les usages s’inscrivent dans des pratiques mais pour analyser les usages, il faut prendre spécifiquement en compte la rencontre d’un sujet avec les objets.

 L’analyse des usages rejoint la dimension sociale lorsque l’on met en évidence des valeurs statistiques. » (Béguin, 2009 : 93)

 À travers toutes les études de recherches  qui ont été faites pour expliquer la genèse des usages, c’est à dire   l’origine et la construction de ces dernier, un consensus a été retenu sur le fait ce ne sont pas les caractéristiques propre d’un outil technologique qui à elles seules expliquent ses possibilités de diffusion. M.

 Grandbastien et J.M Labat (2006)[3] déclarent que d’autres facteurs déterminants interviennent dans la construction des usages : les rôles des environnements technologiques, rôles des contextes non techniques ainsi que les rôles des acteurs. « Parmi les facteurs de contexte les plus importants on peut citer le type d’accès aux équipements (ainsi leur localisation dans une salle spécialisée ne conduit pas aux mêmes usages que les ordinateurs en fond de salle), les règles pratiques de fonctionnement des disciplines et des institutions, le type d’évaluation terminale, qui donne une partie  de leur physionomie à toutes les actions de formation. » (Grandbastien L. et Labat J.M, 2006 : 272)

 Au-delà des différents courants de la sociologie de l’usage, ce qui nous intéresse, c’est qu’à travers l’usage des technologies de l’information et de la communication, on peut faire vivre le savoir, c'est-à-dire que « dans nos interactions avec les choses, nous développons des compétences. Par notre rapport aux signes et à l’information, nous acquérons des connaissances. En relation avec les autres moyennant initiation et transmission, nous faisons vivre le savoir. » (Lévy, 1997 :27)

 Dans un dispositif de plate-forme pédagogique, « Il y a là la fusion de deux dimensions : humaine et technologique en faveur de l’acquisition du savoir. » (Venturini et Moretti, 2008 : 80)

 L’ordinateur, quand il est utilisé : « pour le courriel, les forums de discussion et les chats, en tant qu’outil permettant la communication entre individus, il devient un véritable médiateur, son utilisation modifie notre discours et ainsi notre façon de communication avec autrui. » (Panckhurst, 2006 : 2)

 Le concept de médiation, prend plus d’une forme. D’une part, il existe un rapport fonctionnel entre l’apprenant et l’instrument, par lequel l’apprenant interagit avec les fonctionnalités de ce dernier (interactivité fonctionnelle). Selon Daniel Peraya, il s’agit d’une médiation technologique : « La médiation technologique relèverait, quant à elle, de l’interactivité fonctionnelle ». (Peraya, 2006: 203). D’autre part l’apprenant s’adresse aux membres de sa communauté (interactivité intentionnelle) afin d’exprimer son besoin sur le savoir, donc il s’agit d’une médiation relationnelle : « Cette seconde forme d’interactivité, qui règle de fait l’interaction sociale médiatisée, constitue un bon exemple de la médiation relationnelle… » (Peraya, 2006 : 203) 

 Pour Meunier et Peraya, la médiation sociale du savoir : 

 « Signifie que chaque point de vue doit se percevoir comme relatif et se formuler par la prise en compte d’autres points de vues possibles» (Meunier J.P. et Peraya D., 2004 :415).

 La socialisation aux réseaux doit être considérée comme acquisition d’une aptitude à la formation d’usage en situation d’incertitude technique.

 Donc l’utilisation des TIC exige l’appropriation d’une part des compétences de traitement des informations nécessaires sur Internet et d’autre part le minimum de savoir-faire technique (informatique) qui doivent être mises à jour régulièrement. Afin de pallier les difficultés de manipulation des TIC, les usagers peuvent se tourner vers une assistance technique (documentation fournie par le concepteur sur les principes d’usage ou quelques notions de base aidant à la compréhension de certains phénomènes) et les relais informels de diffusion des savoirs que sont les membres de la famille, les collègues de travail, les amis et voisins. Cela  montre que les médiations sociales peuvent contribuer à mettre en forme les usages (Boulier D. et Charlier C., 1997).

 3. Présentationdu contexte pédagogique 

  Notre travail s’appuie pour cette étude sur une plate-forme pédagogique de type Moodle, associée à un enseignement en présentiel d’une université pluridisciplinaire[4].

 L’objectif de cette plate-forme est de renforcer et compléter l’enseignement en présentiel. Cette plate-forme pédagogique permet aux enseignants de déposer toute ou une partie des cours dispensés en présentiel, en ligne au profit des étudiants.

 L’enseignant a des possibilités de diffuser des cours qui seront accessibles par les étudiants à tout moment, créer et animer des activités pédagogiques en ligne de manière individuelle ou en groupe. Chaque étudiant peut suivre des parcours pédagogiques en autonomie à son propre rythme, accéder à des ressources pédagogiques, s’auto-évaluer, se perfectionner et communiquer avec les autres étudiants.

 4. Méthodologies et résultats :

 Les données recueillies reposent sur l’observation des traces de pratiques et sur les entretiens semi-directifs menés auprès des enseignants :

 4.1. Observation des traces de pratiques :

 Par cette méthode, nous avons accédé à la plate-forme pédagogique avec un statut d’étudiant invité. Dans l’espace de travail personnel, en utilisant la documentation sur Moodle, nous avons observé les fonctionnalités et interfaces de la plate-forme pédagogique, des outils communication et les structures des différents cours en ligne. Ceci nous a permis de nous familiariser avec l’usage des outils de communication. Le corpus porte sur deux disciplines, quatre (04) cours en licence sciences humaines et sociales, quatre (04) cours de masters sciences humaines et sociales, et sept (07) cours de masters science, technologie et santé. Nous avons essayé de diversifier le corpus, mais l’accès à certains cours exige une clé d’inscription. 

 Pour l’observation des traces de pratiques, j’ai accédé à 15 cours en ligne de différentes disciplines, de février à Décembre 2010.

 4.2. Enquêtes par entretiens sur les usages 

 Une série de données récoltées durant l’observation participante, nous ont servi à préparer la deuxième étape en élaborant le guide d’entretien. Ce guide est divisé en deux grands thèmes comprenant 48 questions. Les deux thèmes ont été structurés autour des pratiques sur l’utilisation des outils de communication de la plate-forme pédagogique :

 -   Thème 1 : Repérage des usagers types sur la mise en ligne de contenus pédagogiques.

 -   Thème 2 : Différents types d’usages des outils de communication par les étudiants. Ce thème est subdivisé en deux sous thèmes :

 o    Usages des outils de communication par les étudiants.

 o    Usages des outils de communication par les enseignants.

 Les données recueillies sont de deux natures. La première repose sur l’observation participante et les informations recueillies auprès de l’administrateur de la plate-forme pédagogique. La deuxième, sur les entretiens semi-directifs, que nous avons aussi mené auprès de dix enseignants parmi lesquels, neuf sont chercheurs et un webmestre. Ces enseignants assurent les enseignements en présentiel et la mise en ligne des contenus pédagogiques au profit des étudiants. Les entretiens ont duré 35 mn en moyenne et ont été systématiquement enregistrés et retranscrits. 

 Le traitement des données couplé à l’analyse des données obtenue par observation participante, nous a permis d’obtenir une vision davantage élargie sur les usages des outils de communication de la plate-forme.

 4.3. Résultats :

 Il existe trois types d’usages des outils de communication : Le premier type des enseignants utilisent les outils de communication comme le wiki, le forum et blog car ils voient que c’est nécessaire et ils incitent les étudiants en leur donnant rendez vous pour une rencontre sur la plate-forme. D’autres utilisent les outils car c’est lié à la discipline et aux cours enseignés, comme le cas de C2I (la formation à l’utilisation de la plate-forme). Le troisième type est celui des enseignants qui au départ ont associé des outils aux cours, mais lorsqu’ils ont remarqué que les étudiants ne les ont pas utilisés, ils ne les ont pas forcés, et n’ont pas renouvelé l’opération car pour eux les étudiants communiquent bien en cours.

 5. Analyse des usages :

 5.1. Natures d’usages déterminantes     

 Il convient de remarquer que la plate-forme d’enseignement en ligne est complémentaire à ce qui se passe en présentiel. Une certaine ténacité et persévérance ont été recensées chez la majorité des enseignants à la mise en ligne des contenus pédagogiques.  En général, les étudiants s’intéressent plus à la consultation des documents pédagogiques en ligne. L’usage des outils de communication est accessoire.

 Les outils de communication de la plate-forme, malgré les services intéressants qu’ils proposent aux utilisateurs, demeurent peu utilisés. Il est possible de postuler que les enseignants donnent plus d’importance à leurs cours en présentiel. Il est également concevable que les étudiants communiquent mieux en présentiel.  Afin d’analyser les usages réels des outils de communication et de comprendre les raisons de construction de certaines pratiques de communication à distance, nous allons mettre en évidence trois natures d’usages déterminantes des outils de communication :

 5.1.1. Usages établis    

 Les usages établis, sont mis en œuvre par les enseignants prescripteurs qui décident de leurs actions en fonction de la manière dont ils comprennent les outils de communication qu’ils souhaitent utiliser. Pour le cas des wikis et des blogs associés aux contenus en ligne, les enseignants incitent et prennent rendez-vous avec les étudiants afin de collaborer sur des thèmes en relation avec les cours. 

 Ces outils ont suscité l’intérêt de l’enseignant à les utiliser, dans ses pratiques pédagogiques.  S’il y a eu installation d’usages des outils de communication, c’est grâce aux enseignants. Les enseignants sont les acteurs responsables du contenu de cours et sont pourvus d’une grande liberté de choix des outils de communication qu’ils emploient. Comme il a été cité par Larry Cuban (2001) [5]  « Ils sont des gardiens (gatekeepers), exerçant une autorité discrétionnaire dans leur classe. Les décisions qu’ils prennent sans cesse sont guidées par des considérations pratiques fondées sur des valeurs et des croyances. Ce sont eux qui prescrivent des activités aux apprenants, même si ce sont des prescripteurs en bout de chaîne, eux-mêmes soumis à des prescriptions venues de plus haut. »

 L’utilisation des wikis pour les travaux collaboratifs entre étudiants et enseignant est très intéressante mais présente des limites. Pour expliquer et commenter un travail fait par un utilisateur, l’enseignant ou l’étudiant n’arrive pas à interagir avec cet utilisateur à cause du manque d’un outil de commentaire comme celui existant dans les traitements de texte. Il est parfois nécessaire de penser autrement l’interaction, ou d’avoir recours à d’autres outils externes comme Google Documents. Il est impossible pour l’enseignant d’avoir les traces de ceux qui ont interagi sur le wiki, et d’exporter le contenu du wiki sur un fichier Word ou PDF.

 Les blogs sont utilisés avec un rythme très lent. Les enseignants écrivent souvent des articles pédagogiques en relation avec le cours, donnent des consignes, etc. Par contre les étudiants détournent la fonction du blog pour en faire un forum de discussion sur une thématique ou une réponse à d’autres réponses.

 5.1.2. Usages captifs et conditionnés par la discipline    

 Les étudiants sont contraints d’utiliser les outils de communication, car ces derniers sont parmi les éléments visés par l’objectif du cours. Comme par exemple le cours sur la formation à Moodle.

 Dans ce cas, il s’agit d’un contexte non technique. Les usages des outils de communication s’installent davantage parce que les étudiants sont évalués et notés. Ils participent d’une manière active. Ils collaborent sur un wiki, interagissent sur un forum et participent à un blog. Par ces outils, un dialogue s’installe entre les étudiants, ce qui leur permet même de construire une communauté virtuelle d’apprentissage.

 L’usage du mail s’explique en partie par le succès de cet outil dans les pratiques individuelles des enseignants, qui trouvent également dans la messagerie de Moodle une utilité particulière : ils peuvent joindre tout le groupe des étudiants, et leur répondre plus tard ou traiter leurs questions en temps désiré. Les étudiants utilisent le chat pour s’amuser entre eux, par contre la messagerie interne est utilisée pour communiquer dans un contexte éducatif. Généralement, les usages de ces outils étaient restreints pendant le cours. Les étudiants utilisent d’autres outils externes (en dehors de la plate-forme), comme Facebook, MSN, etc. Parmi les explications, on peut avancer : le poids des habitudes, ils ne sont pas curieux pour l’usage des outils de Moodle, ils se sentent plus libres, ils craignent un contrôle institutionnel à distance. Certains étudiants n’aiment pas intégrer les enseignants dans l’univers qu’ils sont en train de construire. Une autre explication tient certainement aux limites des outils de communication : le blog de Moodle est très limité parce qu’on ne peut pas répondre aux articles, contrairement aux blogs de qualité, on a l’article et la discussion. Notamment, dans tous les outils de communication de Moodle, les fonctions de communication ne sont pas liées, il n’y a pas de fonction d’interaction (par exemple un message d’alerte afin qu’une discussion puisse s’installer).

 5.1.3. Usages brefs    

 Des usages brefs ont été remarqués, dans un premier cas, le recours aux outils de communication revêt un caractère optionnel du moins peu important pour les partiels et l’évaluation finale. On peut prendre l’exemple des étudiants qui utilisent la messagerie de la plate-forme uniquement pendant les périodes d’examen. Dans un second cas, des usages non pérennes sont aussi observés lorsqu’il n’y a pas d’injonction de la part de l’enseignant. C’est le cas des étudiants qui ont un usage ponctuel des blogs pour communiquer une information à leurs collègues. Certains enseignants associent les forums ou wikis à leurs cours. Mais l’absence d’usage de leur étudiants les ont conduit à les abandonner pour les cours suivants sans qu’ils n’aient cherchés à favoriser l’appropriation de ces outils.

 5.2. Les facteurs ayant un impact sur l’usage des outils de communication :

 L’analyse des données récoltées à travers l’observation de la plate-forme pédagogique et les entretiens semi-directifs nous ont permis de ressortir un certain nombre de facteurs qui ont un impact d’une part, sur les enseignants à associer les outils de communication aux cours en ligne, et d’autre part sur l’usage des outils de communication par les étudiants :

 - L’usage des outils de communication fait partie de la recherche de l’enseignant chercheur :

 Les enseignants qui font des recherches sur l’intégration des technologies de l’information et de la communication dans les pratiques pédagogiques des enseignants, et dans les pratiques d’apprentissage des étudiants en sciences de l’information et de la communication, associent les outils de communication dans leurs activités enseignantes. Ces enseignants sont conscients des conséquences positives de l’usage des outils de communication sur les cours dispensés et sur leurs relations avec les étudiants, et de ce fait ils incitent les étudiants à l’usage de ces outils, en donnant des explications en présentiel et des rendez-vous sur la plate-forme pédagogique afin d’élaborer des travaux collaboratif et  des discussions concernant un thème intéressant.

 - Des cours accompagnés de voyage d’étude : 

 L’usage des outils de communication par les étudiants, est motivé par les voyages d’étude qui poussent les étudiants à élaborer des blogs sur le pays à visiter, et échanger des informations par les forums de discussion :

 « Ça dépend des années, pour les 1ères années, 2ème non mais pour les L3 notamment pour un cours qui s’accompagne du voyage d’étude à l’étranger, cette année on va au Québec, là je les faits vraiment travailler ensemble et fédérer un groupe sur les actions extérieures sur la collecte du fond et d’aide. »

 - Des usages en relation avec l’objectif pédagogique du cours : 

 Les enseignants et les étudiants sont obligés d’intégrer l’usage des outils de communication dans leurs pratiques communicationnelles, lorsque l’objectif pédagogique du cours est d’amener les étudiants à acquérir et développer des compétences en matière d’outils de communication, comme c’est le cas de C2I.

 - Les représentations faites de l’usager sur les outils de communication :

 Au-delà des facteurs précédents, on peut trouver des enseignants qui utilisent les outils de communication et incitent les étudiants à les utiliser. Cela est du aux représentations de ce que les outils de communication sont capables, ainsi que ces enseignants ont la maîtrise de s’approprier ces outils, de les adapter en fonction de leur besoins spécifiques. Ils savent interagir avec les caractéristiques des outils de communication, et les caractéristiques des situations pédagogiques, comme par exemple l’enseignant qui préfère le forum et le wiki et n’aime pas utiliser le chat :

 «   Le chat car ça demande une présence en temps réel »

 Bien sûr, « La représentation de la machine renvoie à la culture des utilisateurs. L’analyse des représentations met en évidence des normes sociales d’usage. » (Perriault, 1996 :72)

 6. Analyse des interactions à travers l’usage des outils de communication :

 Pour déterminer les contributions des outils de communication, nous analyserons les interactions des apprenants à travers ces derniers. Selon Jacques Perriault l’analyse des usages peut se faire selon les trois dimensions : Socio-affective, cognitive et interculturelle (Perriault, 2008 : XIV).

 Pour cela, nous avons pris un premier cours « C2I » qui a pour objectif pédagogique, d’amener les étudiants à acquérir et développer des compétences en matière de technologies de l’information et de la communication, c'est-à-dire à l’usage des outils de communication et d’autres outils intégrés dans la plate-forme pédagogiques. Ce cours associe un blog pour la communication. Un deuxième cours « Outils mathématiques et numériques pour la physique », dans lequel le cours en ligne associe un forum et un wiki comme outils de communication.

 6.1. Dimension socio-affective :

 L’interaction entre apprenants n’est pas seulement affaire de partage de savoir, mais elle l’est aussi affaire de convivialité et solidarité qui s’établit entre les apprenants, surtout en situation d’incertitude et de difficulté. Les interactions observées montrent certains aspects socio-affectifs :

 6.1.1. Un lien socio-affectif déjà en présentiel :

 Le fait que l’enseignement en présentiel est l’espace commun, c'est-à-dire le lieu physique où se rencontrent les apprenants et précède la mise en œuvre de la plate-forme pédagogique, les apprenants ont déjà établi des relations interpersonnelles et comblé leurs besoins socio-affectifs réciproques pendant le présentiel.

 Soit parce que sont des promotions assez petites, donc les rapprochements entre apprenants sont facilement créés, comme il témoigne un enseignant :  

 « Non je n’interviens pas dans ce volet là car souvent sont des promotions assez petites et ils sont déjà bien soudés. Donc ils se connaissent bien, les rapprochements ne sont pas créés à travers le cours. Ils ont des travaux de groupe, ils trouvent tous seuls avec qui ils travaillent. »

 Aussi le témoignage d’un autre enseignant, quand il affirme que :

 « là déjà ils n’ont pas besoin, les affinités se crées dans le groupe en présentiel et hors cours. Parce qu’ils sont en présentiel et ils commencent à se connaitre. »

 Soit par les dynamiques de groupe animées par les enseignants lors des cours en présentiel, à travers les travaux de groupe (exposés, …) : comme le témoigne un enseignant :

 « Oui c’est quelque chose que j’essaye de faire alors parce que ils ont des travaux de groupe, à rendre il y a des dossiers collectifs, j’ai dans mes intervention je leur demande de faire un exposé qui doit répondre, qui doit présenter un sujet à leurs camarades, alors que ça sera accessible à leurs camarades… »

En général, il est souvent nécessaire que les rencontres physiques réelles puissent déboucher sur les échanges virtuels via les outils de communication de la plate-forme pédagogique pour prolonger la vie de la communauté d’apprenant. 

 6.1.2. Consolidation du lien socio-affectif via les outils de communication :

 Nous avons constaté que les apprenants utilisent des blogs entre eux. Ces blogs témoignent d’une amitié et d’un registre familier entre les apprenants. Leur usage renvoie à la distance sociale que les étudiants veulent garder entre eux. L’exemple suivant est un extrait d’un message écrit par un apprenant sur un blog qui aime être chaleureux dans toutes ses relations avec les autres :

Dernier cours de TICE…SNIfffffffff

Par une étudiante, Wednesday 10 Novembre 2010, 03 :15

Tout le monde sur ce site

Voila, les amis, c’est le dernier cours de TICE !

Comment va-t-on faire pour rire les mercredi matin tous ensembles !

Allez un dernier fou rire tous ensemble et RDV l’an prochain pour encore une session de TICe : D

On gardera toujours en mémoire la bonne humeur, et les bons délires en infos !

A toute pour les présentations !

Dernier devoir de TICE (petit pincement au cœur à l’écriture de ces derniers mots)

 Exemple 2

 Aussi un autre extrait de message qui témoigne de l’existence d’une relation entre apprenants, soumise à des usages dictés par la politesse :

Evaluation de compétences

Par une étudiante, Tuesday 02 November 2010, 23:28

Tout le monde sur ce site

BONNE CHANCE A TOUS POUR

DEMAIN !

 Exemple 3

 Ce message nous montre bien que des conventions interpersonnelles ont été établies au sein du groupe d’étudiant, qui vit un climat socio-affectif agréable, par le fait que les étudiants se rencontreront demain. Il est clair d’avancer une hypothèse, que l’usage des blogs permet de consolider le lien socio-affectif.

 6.1.3. Un lien socio-affectif communautaire :

 L’existence de certains messages des blogs, montre clairement que les étudiants partagent des choses en commun :

 D’une part la présence de chacun dans la pensée du groupe, comme le soulignent Gail Myers et Michele Myers qu’« ils aiment parler d’eux-mêmes et s’attendent à un comportement semblable de la part des autres. » (Myers G.E. et Myers M.T., 1990 :80), comme le montre l’extrait du message suivant :

Bonne chance à tous

Par un étudiant, Wednesday 10 November 2010, 07 :51

Tout le monde sur ce site

Je suis en stage cette semaine au conservatoire, donc vous ne me verrez pas de la semaine, mais je suis un peu là tout de même, en pensée, et je vous souhaite à toutes un bon oral et à vous, XXX, une bonne écoute.

à très vite 

Exemple 4

 D’autre part le partage d’un intérêt commun, comme l’étudiant qui conseille les autres de voir le film. Aussi il y a des étudiants à chaque fois qu’ils trouvent des informations importantes ils la partagent aves les autres :

  Les petits mouchoirs…

Par une étudiante, Monday 8 November 2010, 14:56

Tout le monde sur ce site

Les petits mouchoirs, ou comment pleurer à partir de la 5eme minute…Malgré les 2h35 de film, on ne voit pas le temps passer. Je vous le conseille vivement !

Mais, si vous êtes aussi sensible que moi, n’oubliez pas vos mouchoirs… (et rassurez-vous, on rigole aussi beaucoup !)

A vous de voir… : D  

Exemple 5.

 De façon informelle, la communauté d’apprenants apparait lorsque les étudiants interagissent et communiquent entre eux pour partager des informations. Une autre hypothèse que nous avançons est que, quoique le lieu de naissance de cette communauté d’apprenants est en présentiel, l’usage des outils de communication permet de la prolonger et la consolider en dehors de ce présentiel et à distance.

 Les observations directes de Howard Rheingold sur les communautés l’ont amené à conclure que « Chacune de ces colonies – les communautés du réseau – est une expérience sociale qui n’a été planifiée par personne, mais qui a pourtant lieu. » (Rheingold, 1995 :6). 

 D’après le témoignage d’un enseignant qui met des cours en ligne au profit des étudiants, que les relations de type communautaire se créent déjà par les contacts physiques :

 « Je n’ai pas de services sur les outils de communication mais en dehors en communication physique ils ont largement des contacts, je donne des cours qui se terminent souvent à 7h du soir et ils sont souvent ils vont se trouver pour manger pour les fêtes, voila je les entends en train de discuter, il y a vraiment une entraide, quelque chose qui existe mais c’est totalement par les moyens  classiques par  téléphone portables les SMS pour se tenir au courant… »  

 Mais aussi à travers l’usage des outils de communication non intégrés dans la plate-forme pédagogique :

 « Ils utilisent beaucoup live Messenger et Facebook »

 6.2. Dimension cognitive :

 En enseignement à distance, selon Annie Jézégou, la dimension cognitive : « résulte des transactions existantes entre les apprenants pour résoudre de façon conjointe et commune une situation problématique. Les transactions sont des interactions sociales de confrontations de points de vue, d’ajustements mutuels, de négociations et de délibérations qui témoignent d’une collaboration à distance entre les apprenants au sein d’un espace numérique de communication. ». (Jézégou, 2010 : 266)

 

À travers les échanges entre étudiants, nous distinguons les cas suivants :

 6.2.1. Besoin exprimé pour la résolution d’une problématique :

 Par l’usage des outils de communication (forum, wiki…), il existe des cas récurrents qui témoignent des besoins exprimés par les apprenants de se faire aider par les autres co-apprenants pour trouver une réponse à un problème rencontré lors des activités menées conjointement avec ces derniers. L’exemple 5 est un extrait d’un message du forum dans un cours de master (Outils mathématiques et numériques pour la physique (II)).

 Ce message montre bien que cet étudiant est motivé pour résoudre les problèmes de TD par le fait qu’il exprime un besoin d’aide au tuteur, ainsi qu’aux membres de la communauté d’apprenants à la quelle il appartient. Selon Gail Myers et Michele Myers « un besoin ne motive une personne à agir que lorsqu’il n’est pas comblé. » (Myers G.E. et Myers M.T., 1990 :78) :

TD sur les EDF

Par un étudiant, Tuesday 22 December 2009, 13 :54

Je rencontre des problèmes sur ce TD à partir de la méthode implicite pour les questions hyperboliques et jusqu’à la fin, si quelqu’un y arrive peut-il donner la solution ou des pistes pour avancer. 

Merci                                                                                                                    Répondre

Exemple 6.

 Il existe des rapports entre l’apprenant et l’outil « forum » (médiation technologique) et des rapports avec le « tuteur et les apprenants », où l’apprenant dépend des autres membres de la communauté d’apprenants pour résoudre ses problèmes.

 L’apprenant se trouve dans une situation, qu’il est incapable de résoudre un problème. Pour cela il demande le soutien des autres. Pour Guy Le Boterf, le soutien est une des caractéristiques de la médiation des savoirs qui a pour rôle de « conduire l’apprenant vers sa zone proximale de développement…il pourra s’agir d’encourager les initiatives et les essais dans la recherche de solutions, de suggérer des pistes d’action, de proposer des hypothèses de travail à explorer. » (Le Boterf, 2006 : 138)  

 6.2.2. Confrontation de points de vue :

 L’usage des forums fait émerger des interactions cognitives en différé (asynchrone), ce qui donne le temps à chaque membre de la communauté d’apprenant de consulter à tout moment les points de vue donnés par les autres apprenants, ordonnancer ses connaissances, les expliciter par écrit afin de contribuer à la solution la plus satisfaisante au problème posé. Comme l’exemple suivant qui témoigne d’une confrontation de points de vue entre deux étudiants :

Fonctions des TD1, 2 et 3 avec commentaires

Par un étudiant, Thursday 29 October 2009, 15 :41

Bonjour : Je vous propose mes corrections personnelles pour les TD1, 2 et 3. Etant embêté par des smileys intempestifs, j’ai regroupé les différents fichiers sous forme d’un fichier zippé téléchargeable en cliquant sur le lien ci-dessous. Les fichiers se nomment « Gauss.sci » et « Gauss_.sci »   pour le TD1. Le second est une reprise du premier avec des commentaires. Les fichiers « Iteratives.sci » et « Iterative_.sci » se rapportent le TD2. Enfin « Resol_opt.sci » pour le TD3. Une version commentée de « Resol_opti.sci » suivra bientôt. Si vous repérez une erreur, si vous avez des remarques ou si vous ne comprenez pas les explications fournies, vous pouvez m’envoyer un e-mail à l’adresse suivante :*****@orange.fr

Lien                                                                                                  Répondre

Re : fonctions des TD1, 2 et 3 avec commentaires

Par un étudiant, Sunday 1 November 2009, 112 :03

Avis complètement personnel :

C’est beaucoup trop détaillé et il y a des réaffectations de constantes inutiles du genre Aii=A (i,i) (ça rallonge inutilement)

                                Niveau supérieur |Répondre

 Exemple 7.

 De telles interactions cognitives dans un contexte d’enseignement en ligne, montrent que les étudiants sont engagés dans une collaboration mutuelle. Où chaque apprenant peut « … se décentrer d’un point de vue cognitif, c’est-à-dire prendre conscience que sa position et ses raisonnements ne sont pas les seuls possibles, reconsidérer ses propres représentations et schèmes d’action pour construire de nouvelles connaissances. » (Jézégou, 2010 :266). Donc chaque apprenant construit son savoir par la prise en compte des autres points de vue. Ce qui suppose une fonction de médiation sociale  (Meunier J.P. et Peraya D., 2004 :415).

 Selon Guy Le Boterf : « C’est en découvrant les représentations d’autrui sur un problème ou une situation qu’on prend conscience des siennes et qu’on les relativise. » (Le Boterf, 2006 : 139). Donc les savoirs se réfèrent toujours à des individus. Les savoirs sont des constructions singulières au début : chaque apprenant résoud le problème individuellement et puis à travers les interactions avec les membres de sa communauté, il communique en ligne par l’usage d’un outil de communication (forum, blog, wiki,…) sa propre version de la solution. À travers les interactions le savoir individuel se construit en se référant au savoir collectif. Un problème complexe ne se résoud pas par la simple juxtaposition des savoirs individuels mais par la co-construction collective du savoir.

 6.2.3. Ajustement mutuel :

 Le forum permet à chaque étudiant de présenter son travail personnel aux autres, par contre le wiki permet une collaboration et un ajustement mutuel de l’ensemble des étudiants sur le même travail.  Pierre Levy propose de parler de la finalité assignée à de tels outils de communication : « Leur usage socialement le plus utile serait sans doute de fournir aux groupes humains des instruments pour mettre en commun leurs forces mentales afin de constituer des intellectuels ou des imaginants collectifs…Le rôle de l’informatique et des techniques de communication à support numérique…est de favoriser la construction de collectifs intelligents où les potentialités sociales et cognitives de chacun pourront se développer et s’amplifier mutuellement. » (Lévy, 1997 : 25).

 Nous prenons comme exemple le wiki du cours « Outils mathématiques et numériques pour la physique (II) : Où les apprenants participent mutuellement à la correction de deux TD.

Section

Nom de la page

Résumé

Type

Modifié le

2

Wiki Elément de

correction des TD

Vous pouvez utiliser ce wiki pour déposer vos commentaires et analyses des TD

Groupe

Monday 2 November 2009, 10 :58

Wiki Elément de correction des TD

Correction TD : Formats de fichiers

TD Interpolation

 Exemple 8

 Le tuteur est volontairement ou involontairement en retrait par rapport aux échanges qui se déroulent entre les apprenants, par le fait que c’est lui qui demande aux apprenants de déposer des commentaires et analyses de TD. Dans cette perspective le wiki est un espace dans lequel l’apprenant joue le rôle d’un animateur ou facilitateur, c'est-à-dire il assiste les autres apprenants qui sont en contact avec lui en leur proposant des solutions de TD. Cela est dû au modèle pédagogique choisi par l’enseignant et à la capacité de chaque apprenant à s’intercaler entre les autres apprenants et le savoir à acquérir et exploiter ambitieusement les outils de communication : comme le témoigne un enseignant :

 « Oui pendant un TD parfois pour certains c’est le voisin qui va lui rapporter la réponse, ça se sent plus efficace car c’est souvent l’enseignant qui intervient et puis il y a des enseignements dans les quels je demande sous forme d’exposé , et d’ailleurs ils vont faire des recherche sur le sujet qu’ils vont traiter et de façon plus complète qu’ils le  peuvent et ensuite pour leurs camarades un complément d’information, je leur demande un travail de recherche  parce que dans le monde de travail ils vont faire »

 La médiation des savoirs se caractérise par le rôle de « bridging »: « Il consiste pour les formateurs à demander aux apprenants de rechercher eux-mêmes des domaines d’utilisation dece qu’ils apprennent, établissent des « ponts » avec des contextes possibles d’application. » (Le Boterf, 2006: 139)

 L’usage des outils de communication a d’autant plus d’impact sur le processus d’apprentissage. Pierre Levy indique à cet égard que :  « Le savoir de la communauté n’est plus un savoir commun, car il est désormais impossible qu’un seul humain, ou même un groupe, maîtrise toutes les connaissances, toutes les compétences, c’est un savoir collectif  par essence, impossible à ramasser dans une seule chair. Cependant, tous les savoirs de l’intellectuel collectif expriment des devenirs singuliers et ces devenirs composent des mondes. » (Lévy, 1997: 203)

 Où chaque apprenant, en communicant par le texte contribue de son coté à aider et partager ce qu’il a comme savoir avec autrui, c'est-à-dire à la médiation du savoir. A. Beguin signale que« La communication autour des textes ou au moyen de textes est envisagée comme un phénomène social : les objets-textes font partie de réseaux « intertextuels ». Le texte est l’élément d’un système complexe, étroitement lié à la circulation des connaissances et à la construction des savoirs. » (Béguin, 2009 : 91)

 6.3. Dimension interculturelle :

 Dans un contexte d’apprentissage en ligne basé sur les interactions entre apprenants et tuteurs et entre les apprenants eux-mêmes, la dimension interculturelle doit être prise en compte car elle joue un rôle non négligeable dans le processus de construction du savoir. Comme le souligne Demorgon Jacques : « De plus, l’interculturel apparaît comme une dimension des relations qu’entretiennent des pays, des entreprises, des groupes et des personnes. » (Demorgon, 2003 :53)

 Parmi les étudiants de l’université, il existe des français et des étrangers. Ils sont d’origines culturelles diverses. Le développement de la compétence interculturelle commence déjà en présentiel, à travers les contacts physiques entre étudiants. Personnellement ça m’est arrivé de discuter avec mes collègues français et autres des autres pays sur divers thèmes (université, tourisme,…) comment ça se passe chacun dans son pays. Aussi chacun veut connaitre le caractère de l’autre. L’émergence de la dimension interculturelle à travers l’usage des outils de communication de la plate-forme pédagogique, s’explique par les aspects interculturels favorisés via les pratiques qui découlent d’une approche interculturelle de l’apprentissage. Abdallah Pretceille définit les aspects interculturels comme étant les éléments d’« une mise en relation et une prise en considération des interactions entre des groupes, des individus, des identités ». (Abdallah-Pretceille, 1999 : 48)

 À travers les traces de pratiques observées des outils de communication de la plate-forme pédagogique et les entretiens menés auprès des enseignants, on s’aperçoit que les étudiants échangent des éléments de culture propres à eux et à d’autres cultures. Comme le confirme Dominique Colomb dans ses travaux sur l’analyse de l’expansion de la communication en chine que l’interculturalité ne situe pas seulement entre individus et groupes de langues différentes mais elle peut être entre individus parlant la même langue. Les étudiants, pour développer leur compétences interculturelles mobilisent leurs capacités individuelles et collectives pour :

 6.3.1. Elaborer collectivement des ressources :

 Les étudiants élaborent un blog commun contenant des informations sur le pays à visiter dans un cadre de voyage d’étude. Ils peuvent échanger les informations sur le style de vie, l’environnement, etc.  A cette question un enseignant de géographie répond :

 « Là ils vont faire un blog pour le voyage d’étude, il va être commun pour que tout le monde puisse lire… il y a un stimulus ici c’est le voyage d’étude pour qu’ils fassent un blog. »

 Ce qui permet aux étudiants d’avoir une idée sur les cultures des pays qui sont programmés à être visités dans le cadre pédagogique.

 6.3.2. Présenter en ligne leurs réalisations personnelles :

 Les étudiants transmettent des informations sur eux même en utilisant les blogs. Comme cette étudiante qui invite ses camarades à voir son blog personnel :

    Enfonçons le clou 

Par une étudiante, Monday 22 October 2010, 12:08

Tout le monde sur ce site

 Vous êtes en cours d’info et vous vous ennuyez ?

ALLEZ VOIR MON BLOG !

Em, allez voir mon blog (et lâchez les coms)

Exemple 9.

 6.3.3. Echanger des informations artistiques et culturelles :

 À travers l’usage des outils de communication, les étudiants font véhiculer entre eux des informations artistiques et culturelles qui les intéressent. On voit ainsi la volonté des étudiants de transmettre une image de leurs pratiques culturelles. Comme le témoigne  une étudiante qui fait véhiculer des informations sur le cinéma à travers le blog :

   Aujourd’hui j’ai kifé ma life

Par une étudiante, Sunday 10 October 2010, 20:43

Tout le monde sur ce site

Aujourd’hui, j’ai été voir Moi, Moche et Méchant…ce dessin animé dont tout le monde a entendu parler, je suppose. C’est génial. On rigole, on pleure (à force de rire)…idéal pour faire travailler les abdos et les glandes lacymales.

GROSSO MODO, je vous le recommande                        

Exemple 10.

 De même un autre étudiant qui montre que le cinéma est parmi les pratiques culturelles des étudiants français

Le social ça sorte …xD

Par un étudiant, Wednesday 20 October 2010, 09:06

Vendredi dernier je suis allé voir « Social Network » le film sur la création de Facebook. Bon film…

Exemple 11

 Aussi, une autre étudiante qui donne une image des pratiques culturelles des habitants de la ville de Metz :

Des toques et des étoiles

Par une étudiante, Tuesday 12 October 2010, 21:24

Tout le monde sur ce site

Dimanche je suis allée avec Sarah (Une camarade de L2 qui ne fait pas partie de ce groupe de TICE) au rassemblement des grands chefs qui s’est déroulé cette année à Metz (aux Arènes et au centre Pompidou).

Après avoir bien galéré nous avons enfin pu entrer aux Arènes vers 11h. Et là, grosse déception : pour pouvoir goûter les petits (quand je dis petit c’est vraiment petit…) mets proposés il faut donner aux commerçant 1 ticket d’une valeur de 2 euros…

Mais nous avons la solution : un des meilleurs ouvriers de France présent à la manifestation est un ami du père de Sarah et nous avons droit à des dégustations à l’œil. Pour le remercier nous avons décidé de l’aider à tenir son stand, ce que je n’ai pas du tout regretté puisque l’on s’est super bien amusées ! Malheureusement je n’ai pas les photos sur mon PC donc mon article ne sera pas illustré.

Egalement au programme des festivités, un repas préparé par les élèves du lycée hôtelier Raymond Mondon auquel j’ai pu participer et où je me suis régalée =P

Exemple 12.

D’autres articles qui montrent les sports préférés par les étudiants comme le football (exemple 12) et d’autres qui n’aiment pas le rugby, etc… :

Buuuuuuuuuuuuuut !

Par une étudiante, Wednesday 13 October 2010, 00 :14

Tout le monde sur ce site

…Après une belle victoire des bleus au stade Saint-Symphorien de Metz ! Je suis méga-giga contente d’avoir pu voir les joueurs de l’équipe de France …à la télé …vraiment dégoutée de ne pas avoir eu des places !

…Voila vous l’aurez compris, le FOOT j’adore…

Exemple 13

 6.3.4. Mettre en commun une culture spécifique :

 Avec le temps, les étudiants utilisent un langage spécifique entre eux. Ce qui nous montre que la communauté d’apprentissage à laquelle ils appartiennent est dans une phase d’amitié très avancée, et que par les interactions verbales les étudiants ont créé des phrases propres à eux. Arkadiusz Koselak considère que : « Tous les faits de langue peuvent véhiculer un sens spécifique à une culture donnée…Au niveau grammatical, les structures phrastiques peuvent être porteuses de sens culturellement spécifiques. » (Koselak, 2003 : 86). Nous remarquons cela lors de l’interaction verbale d’une étudiante à travers le blog :

Aucune inspiration cette semaine !

Par une étudiante, Tuesday 19 October 2010, 22:52

Come jeu nez au qu’une un spiration sept ceux mène. Jet dès sci dès deux vous rendre d’un gue, Jet re gare dès une haie mie scion sure M6 l’eau tre jout R. Ils zi mont trait une nouvelle méthode (1 par mot) l(or dune C thé !

Met qu’haie ceux sait dure !

Coup rat jeu, sait l’as faim !

Ah deux mains !    

Exemple 14

 Cette étudiante utilise des phrases écrites comme ça se prononcent afin de transmettre un savoir culturel à ses camarades. Ce qui montre que les interactions sont efficaces et comme le souligne Habermas «  Du point de vue fonctionnel de l’intercompréhension, l’activité communicationnelle sert à transmettre et à renouveler le savoir culturel ;» (Habermas, 1987 :435)

 Une autre hypothèse très intéressante que nous avançons est que la participation des étudiants à une communauté d’apprentissage par le biais de l’usage des outils de communication, facilite le développement des compétences interculturelles, dans le cas où ils sont engagés dans des activités de se faire connaitre à travers les réalisations individuelles (blogs…), de connaitre les cultures des autres pays à travers les réalisations collectives de ressources (blogs…) comme par exemple pour les voyages d’étude à l’étranger, la mise en commun d’informations sur les pratiques culturelles comme le cinéma, le sport, etc…et la mise en commun d’une culture spécifique.

 CONCLUSION :

 L’étude des usages a pris une importance grandissante, face à une intégration jugée encore insuffisante des technologies de l’information et de la communication. Les décideurs d’enseignement supérieur cherchent à les promouvoir et incitent sur la nécessité de leur banalisation.

 Toujours dans le contexte d’enseignement supérieur, nous avons essayé d’observer et de comprendre les usages actuels des outils technologiques de communication au sein d’une plate-forme pédagogique, et leurs contributions dans le processus d’apprentissage.

 Lors des enquêtes, les intentions déclarées par l’ensemble des enseignants interviewés, annoncent pour le futur l’intégration des outils de communication dans leurs pratiques pédagogiques.

 L’appropriation des outils relève davantage de l’intérêt et des besoins exprimés par les étudiants en plus du présentiel qu’elle ne dépend des caractéristiques intrinsèques des  outils de communication. Pour cela, nous sommes convaincus que ces outils « se diffusent et se déploient en somme selon des processus dans lesquels leurs caractéristiques propres n’interviennent que partiellement ».

 (Grandbastien et Labat, 2006 : 282)

 En général, deux situations d’usage des outils de communication ont été distinguées. La première, celle des cours de C2I, les usages font partie de l’objectif pédagogique du cours. Les deux dimensions socio-affectives et interculturelles qui dominent, c’est rare où les étudiant se posent des questions sur l’usage de la plate-forme. La deuxième, où l’usage des outils de communication est précédé de l’injonction de la part de l’enseignement, comme par exemple le cours « Outils mathématiques et numériques pour la physique (II) », les outils de communication sont des moyens pédagogiques. La dimension cognitive qui domine. Les étudiants s’échangent plus sur les problèmes rencontrés, qui sont en relation directe avec l’objet du cours. Dans les deux cas, les outils de communication jouent le rôle d’instrument dans les interactions entre les étudiants.

 Nous avons tirés des résultats de l’analyse d’un nombre limité de situations, et nous ne prétendons pas avoir vérifié toutes les situations. Dans le but de procéder à la vérification sur un grand nombre de situations, nous avançons les hypothèses suivantes :

 -        La co-construction du savoir prend appui sur les aspects culturels et socio-cognitifs qui sont élaborés en présentiel et renforcés à travers l’usage des outils de communication de la plate-forme pédagogique, et l’usage des outils de communication facilite la continuité du dynamisme de la communauté d’apprentissage qui a ses racines déjà en présentiel. La force de cette communauté résulte au fur et à mesure des travaux collaboratifs.

 -        Dans ce registre de communication, les étudiants renforcent le développement des compétences interculturelles qui leur permettent de créer une atmosphère culturelle, dans laquelle la confrontation des cultures des étudiants instaure l’écoute et l’acceptation de l’autre.

 -        L’usage des outils de communication contribue à la médiation des savoirs entre apprenants, ce qui permet de renforcer le processus d’apprentissage. 

 Les résultats que nous avons tirés dépendent d’un contexte où l’usage des outils de communication revêt un caractère optionnel.

 À l’issue de ce travail, une perspective des plus intéressantes serait de poursuivre les recherches, afin d’élargir le champ de notre étude des usages des outils de communication de plate-forme pédagogique, dans le but de penser leur rôle dans la médiatisation des savoirs.

 Nous utilisons le terme de médiatisation au sens où l’entend Daniel Peraya.

 Pour lui, « la médiatisation évoque d'abord l'idée du médium, cet intermédiaire obligé qui rend médiate la communication entre les interlocuteurs - professeur et apprenants : il s'agit toujours de documents imprimés ou électroniques, d'images et de textes, d'illustrations, etc., donc de représentations matérielles » (Peraya, 1999).

 Références bibliographiques :

 -   Abdallah-Pretceille M., 1999, L’éducation interculturelle, Paris : PUF

 -   AKRICH Madeleine, 1998, « Les utilisateurs, acteurs de l’innovation », Education permanente N°134, pp.79-89 [en ligne] http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/08/20/51/PDF/98FORM.PERMA.pdf (consulté le 16/01/2010)

 -   Béguin-Verbrugge A., « Information, communication et anthropologie des savoirs », RECIIS – Elect. J. Commun. Inf. Innov. Health. Rio de Janeiro, v.3, n.3,          Sep          2009,http://www.reciis.cict.fiocruz.br/index.php/reciis/article/download/279/323. (Consulté le 07/12/2010)

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 -   BRETON Philippe et PROULX Serge, 2006, L’explosion de la communication – Introduction aux théories et aux pratiques de la communication, Paris : La découverte.

 -   GRANDBASTIEN M. et LABAT J.M. , 2006, Environnement numérique pour l’apprentissage humain, Paris : Lavoisier.

 -   Habermas J., 1987b, Logique des sciences sociales et autres essais, Paris : PUF

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 -   Panckhurst R., 2006, « Le discours électronique médié : bilan et perspectives », in Lire, écrire, communiquer et apprendre avec Internet, pp.345-366

 -   PERAYA Daniel, 1999, « Médiation et médiatisation : Campus virtuel », Hermès N°25, pp153-167, [en ligne], http://documents.irevues.inist.fr/handle/2042/14983

      (Consulté le 13/03/2010)

 -   Peraya D., 2006, « La formation à distance : un dispositif de formation et de communication médiatisée. Une approche des processus de médiatisation et de médiation », Calidoscopio, Vol. 4, n° 3, pp. 200-204

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·   [1] JOUËT Josiane, 1993, «Retour critique sur la sociologie des usages », Réseaux N°100, p499

·  [2]JOUET, Josiane. 1993. « Usages et pratiques des nouveaux outils de communication »,  Dictionnaire Critique de la communication, p 375.

·  [3] Grandbastien M. et Labat J.M. , 2006, Environnement numérique pour l’apprentissage humain, Paris : Lavoisier, pp272

[4] Université Paul Verlaine de Metz

·  [5] GRANDBASTIEN M. et LABAT J.M., 2006, Environnement numérique pour l’apprentissage humain, Paris : Lavoisier, pp2740. In CUBAN L., 2001, Oversold and underused:  computer in classroom, Harvard University Press, 250p.