EFFET  DES EXTRAITS AQUEUX DE VEGETAUX  SUR LES NEMATODES PHYTOPARASITES DU GENRE pdfMeloidogyne spp.

 DJERROUDI –ZIDANE Ouiza1,2,  EDDOUD  Amar1,2 et  KELLILI Mohamed2

1. Laboratoire de Bio ressources Sahariennes : Préservation et valorisation. Université KASDI Merbah – Ouargla. (Algérie)

2. Département des sciences agronomiques. Université KASDI Merbah – Ouargla (Algérie)

 
Résumé : La possibilité de lutte contre les nématodes du genre Meloidogyne sp a été testée en utilisant  les  extraits aqueux de quatre  plantes cultivées et spontanées à vertus nématicides. 

Les résultats obtenus montrent que les Meloidogyne se comportent différemment vis à vis des extraits des plantes. Ces données révèlent que le  taux d'inhibition de l'éclosion augmente plus la concentration de la solution est élevée. Ainsi,  parmi les plantes testées, ce sont les extraits foliaires  et racinaires de punica granatum qui ont permis une forte inhibition de l'éclosion, ainsi les taux obtenus sont de 91.7% et 90.3% après (08) jours d'exposition respectivement.

Concernant l'effet de ces plantes sur la mortalité des juvéniles, on constate une augmentation de taux mortalité en fonction du temps d'exposition et de la concentration. Il atteint 71.3% et 70% respectivement pour les extraits foliaires et racinaires du  Lawsonia inermis et 69.6% pour les extraits de racine d’Arachis hypogaea au bout de 72 heures d'exposition.

 Mots clés : Extraits des plantes, éclosion, mortalité, Meloidogyne  sp., lutte

 EFFECT OF AQUEOUS EXTRACTS OF PLANTS ON PARASITIC NEMATODES Meloidogyne spp

 Abstract: The ability to fight against Meloidogyne sp nematodes was tested using aqueous extracts of four spontaneous cultivated plants with virtues nematicidal.

The resultsshowed that Meloidogyne behave differently towards plant extracts. These data indicate that the inhibition rate of the outbreak increases when the solution concentration is high. Thus, among the plants tested, it is the root and leaf extracts of Punica granatum which showed a strong inhibition of the outbreak while the rates obtained were 91.7% and 90.3% after (08) days of exposure respectively.

Concerning the influence of these plants on juvenile’s mortality, there is increase of mortality rate according to exposure and concentration time. It reached 71.3% and 70% respectively for root and leaf extracts of  Lawsonia  inermis and 69.6% for root extracts of Arachis hypogaea after 72 hours of exposure.

 Keywords: plant extracts, hatching, mortality, Meloidogyne sp, control

Introduction

 Les nématodes phytoprasites ou vers ronds non segmentés  sont généralement de tailles microscopiques et sont libres ou parasites de plantes ou d'animaux. Ces nématodes sont extrêmement polyphages; en effet, ils s’attaquent aussi bien aux grandes cultures, qu’aux cultures maraîchères, florales et fruitières [1] [2].

 Parmi les nématodes phytophages, le genre Meloidogyne provoque l'apparition de galles sur les racines des végétaux parasités, il constitue un groupe relativement important   par les dommages qu’il provoque. Il est bien connu des agriculteurs à cause des déformations qu'ils provoquent au niveau des racines.

 Les Meloidogyne parasitent plus de 5500 espèces de plantes [3] et sont largement répandus sur le globe. En Algérie, ils provoquent des dégâts considérables sur les cultures maraîchères  aussi bien en plein champ que sous serre [4].  Ainsi 65% des serres sont infestées dans le littoral et les plaines intérieures  [5] ;  87.68% dans la région de Ouargla et 54.87%  à Adrar [6].

 Tous les moyens de lutte utilisés contre ces ravageurs présentent des avantages et des inconvénients; à savoir les moyens culturaux (utilisation des variétés résistantes,  longues jachères), les moyens physiques tels que la solarisation du sol, les moyens biologiques    (utilisation des champignons prédateurs et ovocides…) et enfin la méthode chimique qui consiste à désinfecter les sols contaminés à l'aide de produits chimiques. Cette méthode  demeure la plus utilisée malgré son coût élevé et les problèmes qui  surgissent après son utilisation à savoir la toxicité vis- à- vis de l'homme et l'environnement, s'expliquant par l'accumulation des résidus toxiques  au niveau des récoltes.

 Pour faire face à cette situation, de nouvelles recherches ont été conduites dans différents pays du monde (Amérique latine, Inde, Afrique du Sud) qui consistent à exploiter les toxines nématicides  qui sont sécrétées  par certains micro-organismes et certaines plantes à vertus nématicides [1]. Récemment en Algérie, quelques  plantes ont fait l'objet de travaux, et ont montré une certaine efficacité contre les Meloidogyne, nous citons ;  Tagetes patula, T. minuta, T. erecta, Crotalaria saharae [7] et Ricinus communis  [8] [9].

 Ces dernières sont introduites dans les rotations en précédant culturales ou comme engrais verts nématicides ou en association avec la culture sensible et encore sous forme de préparation à base de broyat ou d'extraits qui sont incorporés aux sols cultivés et comme engrais vert [10] [11].

 A l’heure actuelle  plus de 200 espèces de plantes  appartenant  à 80 familles différentes  sont étudiées pour leurs propriétés  nématicides [1].

 C'est dans cet objectif, que s'inscrit  notre travail préliminaire pour tester l'effet des extraits aqueux  de certaines plantes, sur la mortalité et l'éclosion des Meloidogyne sp.

 
  1.     Matériel et méthodes

 Afin de mettre en évidence l'éventuel effet nématicide, certaines plantes cultivées, Punica granatum (Punicaceae), Arachis hypogaea (Fabaceae) et Lawsonia inermis (Lythraceae) et d’autres spontanées telles que Nerium oleander (Apocynaceae)  ont été utilisées pour la préparation des extraits durant notre expérimentation.

 Les solutions aqueuses ont été extraites à partir de l'organe utilisé après broyage de celui-ci dans de l'eau distillée à une concentration de 25 % (S).  La solution obtenue est filtrée puis centrifugée.

 Pour connaître l'effet des de ces extraits sur la mortalité des juvéniles, nous avons placé 100 L2 âgées de 48 heures dans des boites de pétri, contenant chacune 5 ml de la solution biologique à des concentrations S, S/2 et S/5 et dans de l'eau distillée pour le témoin. Trois répétitions ont été réalisées pour chaque traitement et le comptage des larves mortes s'est effectué après 12, 24, 48 et 72 heures.

 L'action des extraits sur l'éclosion des œufs a été étudiée en plaçant une masse d'œufs prélevée des racines infestées dans des boites de pétri contenant 5 ml de chaque solution à des concentrations S, S/2 et S/5 et de l'eau distillée comme témoin. Ces boites sont placées dans une étuve à une température de 30°C [9]. Nous avons effectué  cinq répétitions pour chaque traitement, le comptage de larves écloses a été effectué une semaine après.

 2.     Résultats  et discussion

 L'analyse des résultats obtenus pour les  extraits aqueux des plantes testées qui sont consignés dans le tableau I, montre que celles-ci ne réagissent pas de la même façon  vis à vis des Meloidogyne sp.

 Plus la concentration est élevée, plus l'éclosion des œufs est faible ; on note ainsi, un effet inhibiteur de la solution vis- à- vis de l'éclosion des œufs de Meloidogyne sp. Le taux d'inhibition le plus  élevé est enregistré pour les extraits foliaires et racinaires de Punica granatum qui sont respectivement de 91.7% et 90.3% suivie de celui des extraits foliaires de Lawsonia inermis qui est de 88.3% et des extraits  de feuilles  et  fleurs de Nerium oleander  qui sont de 85.1% et 81.2  après (08) jours d'exposition pour la solution (S).

 

Les extraits des autres espèces  ont aussi un effet non négligeable, les taux sont respectivement de 75.8%, 75.8%, 65.5% pour les extraits racinaires et foliaires de l'Arachis hypogaea et les extraits racinaires du Nerium oleander.

 Concernant l'effet du même extrait sur la mortalité de Meloidogyne sp. les données sont portées dans le tableau II. Les résultats montrent que le pourcentage de mortalité des juvéniles de Meloidogyne sp. est élevé au fur et à mesure que la concentration de la solution et la période d'exposition augmentent. Les taux de mortalité les plus élevés sont obtenus avec la solution standard (S).

Les pourcentages les plus élevés sont  notés  au niveau de l’extrait foliaire et racinaire du Lawsonia inermis  qui sont respectivement de 71.3 % et 70% suivis de l'extrait racinaire  de l'Arachis hypogaea qui est de 69.6 % et de l’extrait foliaire de  Punica granatum qui de 68.6% après une période d'exposition de 72 heures. Nerium oleander présente le taux de mortalité le plus élevé pour les extraits foliaires (64.2%) et le plus faible pour les autres organes. A de faibles concentrations, ce sont toujours les mêmes espèces qui présentent une forte action sur la mortalité.

 Cette mortalité est  probablement due aux composés toxiques qui existent au niveau de ces plantes. En effet,  les substances actives des plantes nématicides  peuvent être exsudées des racines et agir sur les nématodes de différentes manières : soit en inhibant la pénétration des larves dans les racines (cas du Sésame), soit empoisonnant les nématodes (cas de l’Asperge). Elles peuvent être déjà présentes dans les tissus au niveau des tiges, feuilles, fleurs, graines ou racines de et agir soit en empoisonnant la larve dés sa pénétration dans la plante (cas de l’Arachide), soit en bloquant son développement et sa multiplication (cas du Ricin) [1].

 Les travaux effectués dans ce sens  [12] [13] ; rapportent que le taux de mortalité des juvéniles augmente avec l'augmentation de la concentration de la solution, et  notent un taux de mortalité de Meloidogyne javanica de 100% pour l'extrait de fleurs de Punica granatum, et de 100% pour les extraits de feuilles et de l'écorce du Nerium indicum  avec la concentration élevée (S) après 48 heures d'exposition. De même, Subrananiyan et Sivagami [14]  enregistrent une diminution de l'éclosion et de la mortalité de Meloidogyne incognita à partir des extraits racinaires et foliaires de Crotalaria spectabilis et enfin un pourcentage d'inhibition de 56.67% avec la concentration (S/2) après une semaine d'exposition, et un taux de mortalité des juvéniles de 95%  dans l'extrait foliaire de Ricinus communissont enregistrés [7].

  Conclusion

 A la lumière des résultats obtenus, ces espèces. L. inermis, A .hypogeae   et P.granatum peuvent être considérées   comme plantes à vertus nématicides du fait qu'elles ont permis un taux de mortalité et d'inhibition de l'éclosion très appréciable de Meloidogyne sp. (Originaire de Ouargla). Néanmoins,  nous ne pouvons confirmer ceci que par des travaux plus approfondis  qui doivent être menés sur terrain, en incorporant ces plantes: soit comme engrais verts soit en solution incorporée au sol cultivé; et encore développer des études visant la recherche de la (ou des) molécule (s) toxique (s) aux nématodes contenue (s) dans la plante.

Références

 [1] Caryol  J.C., Djian-Caprolino C., Panchaud-Mattei E., Frankowski J. & Pijarowski L., 1992. La lutte biologique contre les nématodes phytoparasites, possibilités actuelles et  perspectives. Bult. Inf. Zool. 7, pp. 7

 [2] Cadet P.,1998. Gestion écologique des nématodes phytoparasites tropicaux. Cahiers Agriculture, volume 7. Numéro 3. Page 187-194

 [3] Blok V.C., Jones J.T., Phillips M.S., Trudgill D.L., 2008-Parasitism genes and host range disparities in biotrophic nematodes: the conundrum of polyphagy versus specialisation. BioEssays: news andreviews in Molecular, Cellular and Developmental Biology, 30 (3): 249-59.

 [4] Lamberti F., Greco N. & Zaouchi H., 1975. A nematological survey of dat palm and other major crop in Algeria. F.A.O. Bull. 23, pp.156-160.

 [5] Mokabli A., 1988. Principaux facteurs qui déterminent l'importance et l'agressivité des Meloidogyne sous abris serres en Algérie. Thèse Mag. Inst. Nat. Agro. El-Harrach, 69p

 [6] Nadji S., 1991. Enquête sur l'état d'infestation des cultures maraîchères par les Meloidogyne  (Nematoda Meloidogynidae) dans les régions d'Adrar et de Ouargla. Thèseing. Agro. Inst.

 [7] Sellami S. & Mouffarah A., 1994. Effet des extraits aqueux de quelques plantes sur lamortalité et l'éclosion des larves de Meloidogyne incognita. Med. Fac. LandbouwwUniv. Gen, 59/2b, pp. 813 - 816.

 [8] Zemmouri H., 1995. Essai de lutte par l'emploi de plantes nématicides contre Meloidogyne   incognita. Thèse Ing. Agr. Inst. Nat. Agro. El-Harrach, 42p.

 [9] Laroum H., 1997. Contribution à l'étude de l'influence des extraits de quelques plantes sur  l'activité et la mortalité des Meloidogyne (nématodes à galles). Thèse ing. Agro. I.N.F.S/A.S. Ouargla. 41p.

 [10] Alam MM., Sidiqui Z.A., Saxena S.K. & Khan A.M., 1980. Effect of different cropping sequences on the population of plant parasitic nematodes. Indian J. Nematol 10:35-39 .  

 [11] Antonio N. & Neumaier N., 1986. Reaço de especies vegetais methoradoras do sols as nematoide Meloidogyne javanica.  Nemat. Brasileira 10: 207-215

 [12] Ahmad M.U., Karim M.R., 1990. Effect of some indigenous plant extracts on JuvenileMortality of Meloidogyne javanica. Inst. Nemato. Newsl. 7 (2): 5-7.

 [13] Ahmad M.U., Karim M.R., 1991. Effect of ten indigenous plant extracts on root-knot nematode of Brinjal. Bangladesh j. Plante Pathol.7 (1&2): 5-9

 [14] Subramaniyan S. & Sivagami V., Effect of Crotalaria spectabilis exracts on Meloidogyne  incognita. Nematolo. Netwok. Newsl. 7(1): 8-9