1.2 . Méthodes de travail

Des caillettes, prélevées au niveau de l’abattoir de Ouargla, à partir des estomacs de dromadaires âgés de 8 à 9 ans, sont acheminées au laboratoire de Protection des Ecosystèmes en Zones Arides et Semi- arides (LPEZASA) de l’université KASDI Merbah de Ouargla, où elles sont lavées à l’eau du robinet, dégraissées, découpées en lanières puis congelées à -18°C, après enlèvement de sa muqueuse.

Du lait de mélange, prélevé tôt le matin, à partir de chamelles de la population "Sahraoui" vivant en élevage extensif dans les parcours de la wilaya d’El-oued a été également utilisé dans cette étude. Les échantillons de lait sont acheminés dans une glacière contenant un bloc réfrigérant au laboratoire de (LPEZASA). Une partie est aussitôt soumise au test de la réductase,  aux mesures du pH, de  la densité et de l'acidité titrable.

Du lait reconstitué à partir d’une poudre de lait écrémé type "LowHeat"est utilisé. Il   provient de la firme "Danone". Il est utilisé comme substrat standard afin de mesurer le temps de coagulation selon la formule de BERRIDGE.

Les caséines camelines lyophilisées, sont isolées à partir du lait camelin frais selon le protocole expérimental proposé par Shamet et al.,[6]Globalement, ce procédé s’articule autour de la séparation de composés non protéiques (écrémage, dialyse), de l’obtention de protéines tant caséiniques que sériques du lait et enfin de la conservation de ces préparations  sous une forme exploitable au besoin (lyophilisation).

La lyophilisation est basée sur la sublimation qui est le passage de l’eau de l’état solide à l’état gazeux sans passer à l’état liquide ou par passage très rapide. 

L'extraction des enzymes est réalisée selon le protocole préconisé par Valles et Furet[7]est basée sur plusieurs étapes qui sont préparation de caillette, macération, clarification, concentration, ajustement de pH et en enfin la conservation et le stockage de ces extraits coagulants.

La conservation des extraits coagulants camelinesse fait selon quatre modes de conservation : la température ambiante (à+20°C), la réfrigération (à+4°C), la congélation (à-20°C) et la lyophilisation. La détermination du taux de protéines totales des ECD est réalisée par la méthode de LOWRY.

L’activité coagulante des ECD peut être également exprimée en "force coagulante de SOXHLET" (F), selon la relation suivante : F= UP/ 0,0045 [8].

Un substrat caséinique à 2 % (P/V) est préparé en utilisant les caséines camelines lyophilisées additionnées de l’eau distillée.

Par ailleurs, la mesure de l’activité protéolytique des ECD est fondée sur l’intensité de la protéolyse des caséines camelines en solution sous l’action enzymatique de ces extraits [9]. Le résultat de cette protéolyse est la libération de peptides de faible poids moléculaire. Ces derniers restent solubles après l’ajout de l’acide trichloracétique (TCA) à 12 % qui est utilisé afin de bloquer la réaction enzymatique ; la quantité de ces peptides est mesurée par leur absorbance à 280 nm en utilisant le spectrophotomètre UV-visible. La concentration en peptides du filtrat obtenu est proportionnelle à l’activité protéolytique des extraits coagulants de dromadaire (ECD).

 1.3 Analyses statistiques

L’analyse de la variance est réalisée avec  le logiciel STATI_TCF et l’Analyse en Composantes Principales (ACP) sont réalisées avec  le logiciel xl- stat.    

 2. Résultats et discussion

Le pH du lait est de l’ordre de 6,65 ± 0,132 qui est pus acide. Ce lait est légèrement acide en comparaison avec le lait bovin (pH=6,6 ; [10]) et  plus acide que le lait humain (pH=7,0 ; [11]).

Le pH est du en grande partie aux groupements basiques ionisables et acides dissociables des protéines, aux groupements esters phosphoriques des caséines et aux acides phosphorique et citrique [12].

Par ailleurs selon Yagil et al.[13], l’acidité pourrait être expliquée par une grande richesse en vitamine C du lait camelin, de l’ordre de 50 mg/l [14]. C’est dans ce sens queFarah et al. [15] trouvent que la teneur de vitamine C du lait camelin est d’environ trois fois plus grande que celle du lait bovin avec une valeur de 37,4 mg/l, par contre, pour Mehaia, [16] elle est de deux fois grande.

La densité des échantillons de lait est égale à  1,027 ± 0,006. En comparaison avec le lait de vache, de bufflesse et de mouton, le lait de chamelle possède une faible densité [17].

Le lait de dromadaire est en effet, pauvre en matière sèche totale, en matière protéique et surtout en caséines [18].

L’acidité titrable du lait camelin collecté à partir de la traite de matin est égale à 21,3 ± 1,44 D°. L’acidité d’un lait frais immédiatement après la traite varie de 1,5 à 1,7g d’acide lactique par litre (de 15 à 17 D°). Cette acidité provient des protéines, des phosphates et du CO2 dissous essentiellement [19].

Le lait camelin caractérisé par un effet tampon plus élevé par rapport au lait bovin, permet d’expliquer l’absence de relation directe entre le pH et l’acidité titrable [20].

 2.1  Caractérisation des extraits coagulants 

La mesure de la teneur en protéines de ces extraits nous a donné une valeur égale à 807,5 µg/ ml à l’aide d’une courbe d’étalonnagedu dosage des protéines par la méthode de Lowry et al[21] (figure 1).

Par ailleurs le tableau 1 démontre quelques paramètres concernant  les extraits coagulants camelines préparée sans muqueuse.


.2 Activité coagulante

 Elle consiste à ajouter 1 ml de la préparation enzymatique obtenue (selon le type de mode de conservation) à 10 ml de substrat standard (solution de poudre de lait bovin). Le temps de coagulation équivaut au temps d’apparition des premiers flocons.

 L’analyse de variance (tableau  2), montre que le mode de conservation  influe d’une façon très hautement significative (THS) et la période de conservation d’une façon hautement significative (HS) sur l’activité coagulante des lots d’ECD

HS   : hautement significative ; THS : très hautement significative

Concernant l’évolution de l’activité coagulante des lots  d’ECD, trois périodes d’activité semblent se dégager en fonction de la température de l’air au moment de l’analyse (figures 2,3, 4 et 5).

 - la première période s’étalant entre  S1 et S8   où la température était  de 15 à 20°C environ, sachant que S1  c’est la semaine de l’extraction enzymatique;

 - la deuxième période s’étalant entre S9 et  S18 où la température avoisinait les 30 °C ;

 - la troisième période s’étalant entre  S19et  S24  où la température se situait entre 35 et 40°C environ.

 Les résultats semblent indiquer que la  première période,  correspond à une période de latence, puisque l’activité coagulante des ECD  y est globalement faible.

 La congélation semble donner les meilleurs résultats sur le plan de l’activation enzymatique  des ECD puisque celle-ci atteint une valeur de 0,277 UP à  S15 contre 0,0165 UP à S16 pour  le mode de lyophilisation.

 Ce résultat va dans le même sens que Valles et Furet,[22]qui ont  trouvé une très bonne conservation de la solution de  pepsine A bovine et d’une solution de présure commerciale bovine à -28°C avec des valeurs d’UP (0,333 UP à 370 jours) ; (0,298 UP à 410 jours) respectivement.

 En conclusion,  les résultats obtenus sont de nature à suggérer que la  méthode de congélation est  plus intéressante sur le plan de l’activité coagulante  des ECD issus de caillette dépourvue de muqueuse par  rapport  aux autres modes de conservation.

l’activité coagulante (UP)  des ECD en fonction du temps d’entreposage à température ambianteen fonction du temps d’entreposage au réfrigérateur

2.3  Activité protéolytique

 La mesure de l’activité protéolytique des extraits coagulants de dromadaire (ECD) est fondée sur l’intensité de la protéolyse des caséines camelines en solution sous l’action enzymatique de ces extraits [23]. Le résultat de cette protéolyse est la libération de peptides de faible poids moléculaire. Ces derniers restent solubles après l’ajout de l’acide trichloracétique (TCA) à 12 %, utilisé pour arrêter la réaction enzymatique. La teneur en peptides dans le milieu est appréciée par la mesure de l’absorbance à 280 nm,  en utilisant le spectrophotomètre UV-visible.

 La quantité en peptides du filtrat obtenu est proportionnelle à l’activité protéolytique des extraits coagulants de dromadaire (ECD).

 D’après les figures (6,7, 8 et 9) et l’analyse de variance (Tableau  3), on peut dire que le mode  et la période de conservation

 influent d’une façon très hautement significative (THS) sur l’activité protéolytique des lots d’ECD.

 Les ECD conservés dans le réfrigérateur  semblent donner les meilleurs résultats sur le plan de l’activité protéolytique puisque celle-ci atteint une valeur de (0,37) à  S14 (deuxième période) contre (0,423) à  S15 pour les ECD lyophilisés et 0,478 à S14 pour les ECD conservés dans le congélateur.

 En conclusion, les résultats obtenus sont de nature à suggérer que la  méthode de réfrigération est  la  plus intéressante sur le plan de l’activité protéolytique des ECD.

 On peut considérer sur le plan activité protéolytique, la valeur de 0,478 à S14  représentés par les ECD congelés puisque selon les analyses de variance, on trouve que les ECD réfrigérés et les ECD congelés de deuxième période appartiennent au même groupe (tableau 4) sur le plan Activité protéolytique, donc on peut prendre l’un à la place de l’autre sans effets néfastes. 

Conclusion

 Le dromadaire occupe une place de choix dans les zones arides et semi arides, en raison de son excellente adaptation aux mauvaises conditions de vie tel que le manque d'eau et le manque de pâturages et de plus il est apte à produire un lait de bonne valeur nutritionnelle.

 Le lait de dromadaire est réputé pour son inaptitude à la coagulation. A travers cette étude, nous avons tenté d'apporter une contribution à l'amélioration de l'aptitude à la coagulation de ce lait en utilisant des enzymes gastriques brutes issues de caillettes de dromadaires adultes  (entre 8 et 9 ans).

 L’étude visait à rechercher des conditions optimales de conservation des ECD. Pour se faire,  différentes conditions de stockage ont été étudiées : à la température ambiante, dans un réfrigérateur,  dans un congélateur et  lyophilisés. Il s’agissait de déterminer  le type de conservation permettant de maintenir une bonne activité coagulante, une activité protéolytique faible et une durée de conservation la plus longue possible.  

 Les résultats obtenus montrent que la congélation est la méthode la plus intéressante puisque  les lots ainsi conservés présentent l’activité coagulante la plus élevée (0,277 UP) à S15 et l’activité protéolytique  la plus faible (0,478)  à  S14.  La durée optimale de conservation de ces protéases  gastriques est donc égale à environ trois mois et demi.

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