La chouette effraie a consommé 12 espèces de rongeurs, avec un effectif de 168 individus (35,9 %). L’espèce la plus représentée est Gerbillus nanus avec 41 individus (8,8 %), suivie par Mus spretus avec 36 individus (A.R. = 7,7 %) puis Gerbillus gerbillus avec 31 individus (A.R. = 6,6 %). En termes de biomasse Rattus rattus occupe la première place avec 14,1 %, et Gerbillus gerbillus occupe le deuxième rang avec 7,1 %. Quant à Gerbillus nanus et Mus spretus,ces espèces occupent le troisième rang avec 5,4 % chacune.

 La longueur moyenne des pelotes de réjection de la Chouette effraie recueillies  dans la palmeraie de Ranou est de 43,4 + 12,6 mm et le grand diamètre mesure en moyenne 26 + 5,8 mm. Les valeurs obtenues dans la palmeraie de Ranou sont plus élevées que celles mentionnées par Boukhemza [14] au niveau des jardins de l’Institut National Agronomique d’El Harrach. En effet cet auteur donne 37,4 mm pour la longueur moyenne et 24,4 mm pour le grand diamètre moyen des pelotes de la Chouette effraie. Par contre,  les valeurs signalées dans la présente étude confirment celles de Baziz [15]. En effet, cet auteur souligne que la longueur moyenne obtenue à partir des mensurations de tous les régurgitats de Tyto alba provenant de différentes stations algériennes est de 41,1 + 11,9 mm et que le grand diamètre moyen atteint 26,0 + 6,4 mm. Mais les valeurs obtenues dans la présente étude sont plus petites que celles de Sekour et al. [16] à Mergueb, lesquels signalent que les mensurations des pelotes de Tyto alba sont de 48 ± 10,6 mm pour la  longueur et 29,3 ± 6,5 mm pour le diamètre.

 Les nombres de proies par pelote varient entre 1 et 25. Les pelotes qui renferment chacune 1 seule proie occupent le premier rang (A.R. % = 42,5 %) suivies par celles à 2 proies (A.R. % = 26,1 %), à 4 proies (A.R. = 7,8 %) et à 3 proies (A.R. % = 7,2 %). Enfin, les pourcentages des pelotes qui renferment entre 5 et 25 proies sont faibles (0,7 % < A.R. % < 3,3%). Selon Baaziz [15], le nombre de proies varie d’une pelote à l’autre entre 1 et 23 dans la station de Hacen Badi à El Harrach. Cette valeur est confirmée par celle donnée dans la présente étude. D’après Sekour [17], le nombre de proies par régurgitat de Tyto alba dans la réserve de Mergueb se situe entre 1 et 4. Le même auteur précise que les pelotes contenant une seule proie sont les plus nombreuses avec un pourcentage de 69,1 %. Elles sont suivies par celles à deux proies (25,5 %), puis celles à quatre proies (3,6 %) et enfin à trois proies (1,8 %). Il est à rappeler que la Chouette effraie possède un régime trophique rodontophage. Elle ne se maintient pas dans un milieu qui s’appauvrit brutalement ou trop en rongeurs-proies potentielles. Elle dispose sur les Hauts plateaux, en milieu steppique, des Muridae en nombre suffisant. Une mérione de Shaw correspond à un repas et donc à une pelote. Un régurgitat qui contient trois proies, renferme en fait trois gerbilles ou souris. Près des agglomérations et des exploitations agricoles, la sélection se fait à cause de l’influence anthropique. Les plus grosses proies tendent à disparaître ou à être remplacées par davantage de souris Mus musculus et Mus spretus et par Rattus norvegicus. La présence d’arbres fruitiers ou d’ornement permet à une autre espèce de rat Rattus rattus de s’installer. Les pelotes à une proie contiennent généralement ; soit un Rattus norvegicus ou un Rattus rattus. Quel  que soit le milieu steppique, rural ou urbain lorsque les rongeurs deviennent beaucoup moins fréquents, Tyto alba se rabat sur des petites proies de remplacement comme les Insecta.

 Au sein de 153 pelotes de la Chouette effraie, 62 espèces–proies sont dénombrées. Par contre la richesse moyenne est de 1,96 + 1,7 espèces. Rihane [18] dans les plaines semi-arides au Maroc note une richesse totale égale à 96 espèces. La richesse totale enregistrée dans la présente étude est inférieure à celle obtenue par [18]. A Boughzoul, [19] dénombre 56 espèces dans les pelotes de Tyto alba avec une richesse moyenne de 1,5 + 0,7 espèce. Les résultats de la présente étude se rapprochent de ceux de [19]. A Mergueb, [16] enregistrent une richesse totale égale à 7 espèces avec une moyenne de 1,2 ± 0,5 espèces, et nos  valeurs y sont très éloignées.

 Les valeurs des abondances relatives des catégories de proies consommées par la chouette effraie montre que l’ordre des Rodentia est plus dominant avec 35,5 % suivie par l’ordre des Orthoptera avec une valeur de 22,9 %. Les oiseaux occupent le troisième rang (AR % = 17,5 %) suivie par les Isoptera (AR % = 0,2 %). Les autres ordres sont faiblement représentés. Les résultats de la présente étude confirment ceux de Sekour  et al. [16] à Mergueb dont il a noté que les rongeurs sont très abondants avec plus de 80 % suivie par les insectes est les reptiles.

 A Touggourt dans la palmeraie de Ranou, Gerbillus nanus (A.R. % = 8,8 % > 2 x m; m = 1,6 %) intervient au troisième rang suivie à la cinquième place par Mus spretus (A.R. % = 7,7 % > 2 x m; m = 1,6 %) et par Gerbillus gerbillus (A.R. % = 6,6 % > 2 x m; m = 1,6 %). Ces résultats confirment ceux de Boukhemza [14] qui attirent l’attention sur l’importance des petits rongeurs en tant que proies de Tyto alba. Il précise que dans les jardins de l’Institut Mus spretus intervient en quatrième position(AR. % = 3,2 %) dans le régime trophique de la Chouette effraie. Au niveau du désert du Negev, Rifai  et al. [20] remarque que Gerbillus nanus est l’espèce dominante (AR. % = 42,2 %) dans le régime alimentaire de la Chouette effraie. Les résultats de la présente étude se rapprochent de ceux de Bruderer et Denys [21] au niveau de la région de Chott Boul sur la côte Atlantique dans le Sud de la Mauritanie. Ces auteurs remarquent que Gerbillus nanus intervient au premier rang (AR. % = 44,3 %) et Gerbillus gerbillus en 4ème position (AR. % = 6,6 %). A Ain Oussera, Baziz  et al.[22] soulignent que Mus spretus occupe la 4ème place avec une abondance relative de 8,5 % après Meriones shawii (AR. % = 31,8 %), Crocidura russula (AR. % = 15,7 %) et Gerbillus pyramidum (AR. % = 11,7 %). Selon ces mêmes auteurs, Gerbillus gerbillus (AR. % = 6 %) et Gerbillus nanus (AR. % = 5 %) interviennent faiblement. A Mergueb, [16] notent que Gerbillus nanus occupe la 3ème place avec AR. % = 2,6 % après Meriones shawii (AR. % = 87 %), Crocidura russula (AR. % = 5,2 %) et les Insecta(AR. % = 5,2 %). Les résultats de la présente étude se rapprochent de ceux de [22] et de [16].

 En termes de biomasse,  Rattus rattus occupe la première place avec 14,1 %,  suivi de Gerbillus gerbillus avec 7,1 %. Dans l’Ouest de l’Espagne, Amat et Soriguer [23], notent que Apodemus sylvaticus domine en biomasse avec un taux de 45,6 % dans le menu trophique de l’effraie, suivie par Mus musculus (B= % = 26,7 %). A Staouéli, Talbi [24], remarque que Rattus norvegicus compose en biomasse l’essentiel des proies capturées par la Chouette effraie avec B = 19,6 % suivie par Passer sp. (B= 19,6 %). Au niveau de la banlieue d’Alger, Baziz et al. [25], remarquent que Rattus norvegicus occupe le premier rang (B = 68 %) suivie par Passer domesticus x Passer hispaniolensis (B= 15 %) et par Tarentola mauretanica (B = 8,1 %). Dans une région steppique en Tunisie Leonardi et Dell[26], soulignent que la biomasse relative la plus élevée est soulignée pour Jaculus jaculus (B= 50,2 %) suivie par Meriones lybicus (B= 19,5 %) et par Gerbillus pyramidum (B = 14,4 %). A Mergueb, Sekour  et al. [16], remarquent que Meriones shawii domine en biomasse (B = 99,1 %).

 Conclusion

 L’analyse des contenus des pelotes de rejections de la Chouette effraie recueillies dans la palmeraie de Ranou a permis de compléter l’étude sur les rongeurs dans la région de Touggourt. Comme le nombre de proies par pelote fluctue entre 1 et 25, les dimensions des régurgitats de ce rapace sont variables et dépendent des effectifs et de la taille des proies ingérées. Au sein des rongeurs, Gerbillus nanus domine, suivie par Mus spretus, Gerbillus gerbillus et par Rattus rattus. La carnivorie de la Chouette effraie est encore plus marquée par la biomasse ingérée à base de Rattus rattus. Il est à constater que la forte prédation de Gerbillus nanus, de Gerbillus gerbillus, de Mus spretus et de Rattus rattus  par Tyto alba permet de réduire des ennemis potentiels des cultures et des denrées stockées.

 

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