DEVELOPPEMENT VEGETATIF ET LONGEVITE DE L’Acacia raddianaAU SAHARA SEPTENTRIONALpdf

 

HANNANI A.,  CHEHMA A.

Université KASDI MERBAH Ouargla.  Laboratoire Bioresources Sahariennes: Préservation et Valorisation. Faculté des Sciences de la Nature et de la Vie et Sciences de la terre et de l’Univers  (Algérie)

 

Résumé :Le but de cette étude est de déterminer les propriétés morphologiques, qui ont assuré à l’Acacia raddiana, appartenant à la famille des Fabacées, son développement et sa reproduction dans un milieu aride comme celui du Sahara algérien. A cet effet, le choix de la région s’est fixé sur celle de Méguiden qui appartient, administrativement, à la Daïra de Timimoun pour désigner les échantillons  de plantes dûment répertorié dans trois classes d’âge, en se basant sur la mesure des circonférences de leurs troncs. Les résultats obtenus ont indiqué que l’espèce Acacia raddiana est caractérisée par des paramètres qui ont permit à la plante de s’adapter aux conditions sahariennes entre autres ; comme les trichomes sur les deux faces des feuilles et des inflorescences, et l’existence des épines. Toutes ces propriétés rassemblées permettent à l’arbre de s’adapter au milieu saharien et par conséquent être l’espèce la plus xérophyte et phréatophyte capable d’exploiter l’eau de la nappe phréatique malgré des profondeurs importantes de celle-ci.

Mots-clès : Acacia raddiana, Méguiden, morphologiques, circonférences, phréatophyte.

 

 VEGETATIVE GROWING AND LONGEVITY OFAcacia raddiana IN ALGERIAN SAHARA

Abstract: This study aims to identify some of the morphological, properties, which helped Acacia raddiana of Fabaceae family to growing and reproducting in arid areas like Algerian Sahara.In order of this, we have identified the area named "Méguiden" of the department of Timimoun, for the selection of trees that were categorized into three sections of age depending on the measurement circumference of their trunks. The obtained results confirmed that the genus Acacia raddiana, adopt some strategies leading to effective use of water from the layer surrounding the securities and as well as; hairy leaves and inflorescences, and as well as the presence of long thorns.  All these factors, this specie to be one of the most important phreatic plants, which can supply water, located in the depths of the soil.

Key Words :Acacia raddiana, Meguiden, morphological, circumference, phreatic.

Introduction

 Bien que le Sahara est le pays désertique le plus défavorable à la croissance des êtres vivants, les plantes à port arborées comme l’Acacia raddiana, prospèrent dans un milieu aussi hostile. Elles  présentent des stratégies morphologiques qui leurs permettent de faire face au déficit hydrique en exploitant l’eau de la nappe phréatique ; malgré les profondeurs importantes de celle-ci, en plus de son pouvoir de fixation d’azote atmosphérique [1],[2]. L’Acacia raddiana est réputée, également, pour son efficacité dans la  fixation biologique des formations éoliennes [3].

  1. Présentation de l’espèce végétale

 L’Acacia tortilis (Forsk.) Hayne  ssp. raddiana (Savi) Brenan, fait parti  des Mimosacées, ayant comme synonyme  Acacia raddiana Savi, Acacia fasciculata [4], dont Forsk est l’abréviation de Forskal. Avant d’être classée comme espèce indépendante, l’Acacia raddiana était considérée comme variété ou sous- espèce de l’Acacia tortilis, appelée « ombrella tree » à cause de la forme de sa couronne. Selon Dommergues et al. [1], le nom de l’arbre Acacia raddiana a pris son origine du nom du botaniste Florentin Giuseppe Radd (1770-1829). L’Acacia raddiana se différencie des autres Acacias par l’existence des épines stipulaires brunes mesurant 1.5 - 2 cm.

  1.1. L’écologie de l’Acacia raddiana

 D’après Le Floc'h  et Grouzis[5], l’espèce, de très large répartition, est présente à la fois sous bioclimat tropical sec et aride du Sahel et du Sahara, mais également sous bioclimat méditerranéen aride et semi-aride. Le taxon présente une plasticité envers l’altitude, allant de 0 jusqu’à 2100 m, dans l'Ahaggar  malgré qu’à cette altitude les sujets deviennent chétifs.

1.2. Présentation de la région d’étude

 1.2.1. Situation géographique 

 La présente étude a pour site d’échantillonnage la région dénommée « Méguiden »,  située dans le Gourara, au Sahara algérien. Le site est localisé sur la route nationale n°51, qui relie la daïra d’El-Menia appelée aussi El-Goléa (wilaya de Ghardaïa) avec la daïra de Timimoun (wilaya d’Adrar).

 1.2.2. Climat 

 La classification du climat ainsi que la détermination de la période sèche de l’année, sont établies à partir du diagramme ombrothermique de Gaussen ainsi que le climagramme pluviothermique d’Emberger.De ce fait, la valeur du  quotient de la région est égale à 2.03, ce qui permet  de classer la région de Timimoun dans l’étage bioclimatique saharien à hiver doux.

 2. Matériel et méthodes

 Les mesures sur terrain concernent la circonférence, mesurée  à 1,30 m du sol sur un plan plat pour les sujets adultes. Cependant, il convient d'observer que la hauteur de 1,30 m, étant située en dehors de la zone d'empattement où les anomalies de structure, pourraient conduire à des résultats aberrants [6].

 La détermination de l’âge des arbres à partir des cernes dans les zones tropicales s’avère une opération délicate et moins sûre [7], [8].La circonférence du tronc de l’arbre, nous guide à déterminer, à l’aide d’une formule,  l’âge de la plante pour enfin situer les individus dans des classes d’âge. C’est le critère qui a été utilisé par [9] pour déterminer l’âge des individus du peuplement  d’Acacia raddiana de la région de Béni-Abbès.

 Par conséquent, chaque augmentation de la circonférence d’un tronc égale à 0.874 cm, représentera 2.98 ans ; soit 1 cm de circonférence pour 3.4 ans.

 3. Résultats et discussions

 3.1. Les feuilles et les épines

          Les feuilles de l’espèce sont composées (photo1), paripennées c'est-à-dire terminées par une paire de folioles opposées, comportant des rachis qui supportent des pinnules et des  folioles (photo 2). Les folioles sont obtuses, et à cause de leurs structures charnues, ellesne montrent pas de nervures médianes, conformément aux résultats de [1] et [9].

 Le mode composé de présentation  des feuilles est une forme réductrice de l’espace foliaire, s’exposant aux aléas climatiques durs de la région. Les  folioles ainsi que tous les organes verts de la plante sont de petites tailles, leurs épidermes sont pourvus de poils; ceci permet une économie d’eau. Ces résultats sont en accords avec ceux obtenus par Denden et al.,[10] et Saadoun [11].

Concernant les épines, l’espèce présente des épines dès son jeune âge. Elles sont longues, blanches en paire (photo 3), se disposant verticalement sur l’axe du rameau à l’instar des feuilles. Le 2 ème type d’épine est arqué, de couleur brune [12], [1]. 

Les épines sont de longueurs variables, sur la même branche. Celles qui sont courtes et crochues, atteignent 5 mm de long.  Les longues sont élancées et blanches de l ,2 à 8 ; voire 10 cm de long [5], [13].

3.2. Les fleurs et inflorescences

          Les fleurs sont blanches à jaunes pâles (photo 4), odorantes, groupées en glomérules sphériques (photo 5). Les fleurs sont portées par de longs pédoncules.

La fleur de l’espèce est régulière, avec une corolle à 5 pétales réduits (photo 4 et 5). Les étamines très nombreuses, sont libres entre. Elles présentent des filets longs, conformément aux descriptions morphologiques rapportées dans les travaux d’Ozenda [12] et de Dommergues et al.,[1].

 3.3. Les fruits et graines

 Les gousses sont très allongées (photo 6a), elles sont  spiralées et  contournéessur elles mêmes.

Elles sont indéhiscentes et groupées en paquet. La largeur du fruit varie de 6-9 mm à 1.3 cm (photo 6b), ceci est démontré par les travaux de Barkoudah et  Van Der Sar [9], d’Ozenda [12] et de Le Floc’h et Grouzis, [5]. 

La forme de la graine est elliptique (photo 10), et d’une couleur marron à maturité. De 0,4 à 0, 8 cm de long ; sur 0,3 à 0,6 cm de large. L’épaisseur est de 0, 2 à 0,3 cm - arille de 0,3 à 0,6 cm de long ; conformément aux résultats de Le Floc’h et Grouzis [5] et de Al-Gohary et Mohamed[14].

La propagation de l’Acacia raddiana se fait par semis de graines [15], [16], et [17]. Elles donnent des plantes à germination épigée (photo 8).

3.4. Le tronc

La  hauteur de l’arbre, dans la station d’étude, peut dépasser 6 mètres, avec un tronc de 2 mètres de la région d’empattement ; jusqu’au début des ramifications des branches.

Un tronc creux ou dépourvu d’écorce n’inhibe pas le développement de la totalité de la plante. En effet, le taxon parallèlement à d’autres espèces xérophytes  présente une adaptation  au déficit hydrique où chaque secteur du tronc assure l’irrigation d’une seule partie du  houppier.

 3.5. L’âge

Les mesures effectuées sur l’espèce dans la  présente étude nous ont permis de catégoriser les échantillons dans  3 classes d’âge.

Les individus d’âge jeune (inférieur à 18 ans) avec un aspect de touffe très épineuse, ceux de l’âge moyen (allant de 60 à 68 ans), ont une apparence buissonnante ; alors  que ceux d’âge adulte peuvent dépasser les 03 siècles avec une  hauteur de 6 mètres et demi. Ces individus ont un port arboré avec un tronc bien défini et une cime arrondie. La circonférence du taxon mesurée à 150 cm du sol varie selon la littérature de 50 à 100 cm. Néanmoins, dans quelques cas, et selon la disponibilité de l’eau, elle peut dépasser les 200 cm. C’est ce qu’on a pu constater « in situ » à une altitude plus basse (vers l’aval de l’oued), où la circonférence du tronc mesurée  est égale à 204 cm. Par conséquent, les bandes ou cernes utilisées, normalement dans la déduction et l’estimation  de l’âge de l’arbre, ne sont pas formées régulièrement [18]. Ceci est dû à la dormance du cambium qui rend difficile le recours à cette méthode. Dans cette même étude, les auteurs [18], en utilisant la méthode de datation, signalent que l’âge de l’Acacia raddiana varie de 200 à 650 ans.

 Conclusion

L’écosystème saharien est déterminé par un  climat aride et un substrat édaphique squelettique. Les lits d’Oued constituent le biotope le plus fortuné pour la flore. A cet égard, l’Acacia raddiana est l’espèce, à port arboré, la plus représentée dans le sud ouest du Sahara septentrional Cette étude a été menée pour expliquer l’épanouissement exceptionnel de cette essence dans un milieu perpétuellement  hostile.

Le caractère xéromorphe de l’arbre est manifesté par une forme très réduite de l’espace foliaire (feuille bipennée), diminuant la partie exposée aux acteurs asséchants du milieu extérieur. Les trichomes sur les organes fragiles (feuilles et inflorescences) ainsi que  l’existence des épines longues cachant et protégeant ces organes, en créant  un abri et un  écran contre les rayons solaires intenses, contribuant à l’économie de l’eau.

L’architecture  combinée du système racinaire horizontale et verticale  permet à l’arbre de coloniser le sol et contribuent également dans l’exploration du milieu et dans l’édification et l’ancrage efficace  de l’arbre, ce qui donne à l’espèce son caractère phréatophyte.

Un développement végétatif aérien tardif en longueur et en largeur s’exprimant par une circonférence du tronc allant de 05 à 110 cm, correspondant à une hauteur variant de 25 à 650 cm, qui correspondent à un âge de calcul qui peuvent atteindre 374 d’années. Ceci démontre la persistance de survie de cette espèce malgré les irrégularités pluviométriques de son milieu saharien.

Il est bien évident que les résultats auxquels ce travail est parvenu doivent être considérés comme préliminaires, et nécessitent par la suite de mettre l’accent sur les complémentarités et les interactions qui existent entre ces paramètres entre autres et l’environnement du taxon.

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