a-     Première classe (< à 40 cm)

 Dans 32,92 % de l’ensemble des Ghouts approchés, le niveau de la nappe phréatique ne dépasse pas les 40cm de profondeur. Cette proportion est importante dans les zones I et V, avec respectivement 40,50 % et 50 % ; alors qu’elle est moins importante dans la zone II, avec 32 %, et faible dans les zones III et IV.

 Les zones I et V sont les plus touchées par la remontée de la nappe, la zone I (Kouinine) se situe dans la partie centrale de la région du Souf, alors que la zone V (Mih Ouensa) est positionnée dans la partie Sud-Ouest. Du point de vue géographique, en empruntant la direction Est Nord-Ouest, le phénomène est de moins en moins important (descente de la nappe).

 b-     Deuxième classe ([40- 80 cm])

 Dans 23 % des Ghouts approchés, le niveau de la nappe phréatique est compris entre 40-80cm. La proportion est élevée dans les zones I et V, avec respectivement 30 % et 28 %. Par ailleurs, elle est relativement proche dans les trois autres zones (Z II, Z III et Z IV), avec respectivement  18 %, 20 % et 19 %.

 A partir de ces résultats, on peut conclure que les zones I et II sont les plus menacées par le phénomène de la remontée de la nappe phréatique.

 c-Troisième classe (Entre 80-150 cm)

 Dans 23,38% du total des Ghouts approchés, le niveau de la nappe phréatique est compris entre  80-150cm. Cette proportion est proche d’une zone à l’autre, hormis la zone IV où on enregistre une relative importance avec 28,4 %.

 d-     Quatrième classe (supérieur à 150 cm)

 Dans 20,7 % du nombre total des Ghouts où le niveau de la nappe phréatique dépasse les 150cm. Ce pourcentage est le plus faible par rapport aux deux autres précédents. Cette proportion est importante dans la zone III avec 40 %et moins importante dans les zones II et IV avec respectivement 27,5% et 29%.Elle est très faible dans la zone I , avec 7 % ; alors qu’elle est nulle dans la zone V.

 D’une manière générale, les quatre situations montrent qu’il y a un rapprochement (émergence dans certains cas) du niveau de la nappe phréatique par rapport à la surface du sol dans la plupart des Ghouts visités. Les causes de la remontée des eaux de la nappe phréatique du Souf sont multiples et se résument principalement en l’accroissement des besoins en eau potable et les rejets des eaux usées, le transfert des eaux des nappes profondes (Complexe Terminal et Continental Intercalaire) vers les nappes superficielles par l’intermédiaire de la vétusté des forages anciens, l’irrigation, la pluie et le manque d’exutoire naturel proche de la région et finalement l’absence d’un réseau d’assainissement.

 1.1.1.         Etat des Ghouts dans le Souf.

 Sur un total de 9500 Ghout contenant 475 000 pieds, 2916 ont été touchés par le problème de remontée de la nappe plongeant ainsi dans un état d’hydromorhie près de 146 000 pieds. (Tableau N° 3). La situation est plus spectaculaire quant à la partie Sud du Souf, c'est-à-dire celle des plus grands Ghouts profonds développés au milieu des hautes dunes.

En effet, à des degrés différents, le phénomène de remontée de la nappe est quasiment généralisé touchant principalement les différentes zones périphériques de la ville d’El-oued ; de Guemar à El-ogla et de Débila à Mih-ouensa. C’est ainsi que nos investigations de terrain révèlent 5 états des Ghouts, (figure 5).

a-    Ghouts ennoyés

21,50% du total des Ghouts approchés sont ennoyés. Il s’agit de Ghouts caractérisés par : absence de l’exploitant ;  colonisation des Ghouts par les roseaux ; Salinité très élevée des sols ; abandon des opérations culturales ; nombre élevé de dattiers en voie de dépérissement. Autrement dit, ces Ghouts sont désormais abandonnés. Cependant la proportion des Ghouts ennoyés est différente d’une zone à l’autre, elle est très importante dans la zone cinq avec 38,33%, 28,5% dans la zone I. Par contre elle est faible dans les zones III et IV avec respectivement 9,66% et 11%.

Ce sont généralement des Ghouts périurbains où les eaux domestiques et les rejets (déchets) industriels se sont accumulés. Les racines superficielles des palmiers sont complètement noyées dans l’eau de la nappe, ce qui entraîne inévitablement leur asphyxie et donc la mort des palmiers dattiers (figure 6).

a-     Ghouts Moribonds

 Cette classe représente 16,23% du nombre total des Ghouts approchés. Ce sont des Ghouts envahis par les roseaux, inondés dans les parties les plus basses. Les palmiers sont en mauvais état suite à l’absence d’opérations culturales. Ces Ghouts agonisants risquent d’ennoyer s’il n’y a pas une intervention dans des courts délais. Cependant sur les pourtours élevés de ces Ghouts, des palmiers restent vivants, ne présentant aucun symptôme de dépérissement.

 Les proportions sont identiques dans les zones I et V, avec 20% ; alors qu’elles sont de 16,14% dans la zone II et 12,50%, dans les zones III et IV (figure 7).

 

a-     Ghouts humides

 17,47% du total des Ghouts visités se trouvent à l’état humide. Les proportions sont proches dans les cinq zones, 16% dans la zone I, 17% dans la zone II, 17,33% dans la zone III, 19% dans la zone IV et de 17,50% dans la zone V. Les cratères agricoles sont peu envahis par les roseaux avec une faible production des dattiers et une irrégularité dans la réalisation des différentes opérations culturales. Des tâches d’humidité sont de véritables menaces (figure 8).

a-     Ghouts sains

 Cette classe représente 38,32% du nombre total des Ghouts visités. Ces Ghouts sont généralement loin des agglomérations où les exploitants sont omniprésents, les palmiers sont en bon état, situation phytosanitaire normale avec pratique des opérations culturales. Seulement 6,51% des Ghouts de la zone V sont sains. Ce qui sous entend que près de 94% sont en voie de décadence, contrairement à la zone III qui enregistre 60,51% de Ghouts indemnes. Alors que le reste des zones I, II et IV révèlent certaines inquiétudes de leur état dont les proportions oscillent respectivement entre 30%, 40,6% et 54% (figure 9).

a-     Ghouts morts

6,48%, des Ghouts approchés sont  complètement inondés, et dont les palmiers ont tous dépéris. Certes, c’est la classe la plus faible et dont la proportion élevée se rencontre dans la zone V avec 17,66%. Ces Ghouts ont fini par devenir de véritables décharges publiques (figure 10).Cette situation n’est autre que la conséquence de l’état des Ghouts ennoyés, avec l’entière démission des propriétaires à l’égard de leurs espaces multiséculaires.

A partir de ces résultats, on peut conclure que les zones qui se situent dans la partie sud du Souf sont les plus touchées et exposées au phénomène de la remontée des eaux. La situation est plus spectaculaire dans les zones I et V (Kouinine et Mih Ouensa). Il s’agit des zones des plus grands Ghouts profonds, développés au milieu des hautes dunes, où il n’existe pas d’activités de remplacement.

 1.1.      Nouvelle recomposition  du milieu agricole

 Le Ghout vit une situation inquiétante, dans la partie sud de la région du Souf, chose qui a poussé les propriétaires à agir et ce grâce à leur savoir et savoir-faire en entreprenant des techniques innovatrices permettant de sauver ce système ingénieux. Il s’agit de stratégies adoptées et qui se résument dans le remblaiement du fond du Ghout par une couche de sable neuf de 1 ou 2m d’épaisseur, de façon à assainir le terrain. Tout comme le creusement d’un puits équipé d’une motopompe qui permet de pomper l’eau de la nappe pour la remonter sur des terrains de surface où elle est utilisée pour irriguer des cultures maraîchères. La motopompe permet ainsi d’assainir le fond du Ghout (palmiers), et de gagner de nouvelles superficies mises en culture (figure 11).

Cette technique du Ghout, dite « rénovée », mise au point par quelques agriculteurs, a été reprise par les services agricoles qui la diffusent auprès des exploitants, en prenant en charge les frais de remblaiement. 380 Ghouts ont déjà été aménagés ainsi ; ce sont principalement les franges sud de la remontée de la nappe (Secteur Nakhla par exemple) qui sont concernées. Après plusieurs années de fonctionnement, les résultats semblent probants : les Ghouts rénovés sont asséchés, la production redémarre.

 Conclusion

 Le système Ghout dans le Souf est une illustration originale d’un paysage traditionnel d’une création purement humaine, où les Soufis ont pu domestiquer la nature et ont fait de l’Erg un milieu plein de dynamisme. En fait, il ne s’agit plus d’un système de culture, méthode très humaine pour produire de la nourriture, mais plutôt d’un espace, témoin d’époque, qui doit tout à l’effort des hommes, le résultat obligé de l’action conjuguée du climat, du sol et de l’eau, que le génie traditionnel et ancien des agriculteurs « soufis » a harmonieusement additionné. Nonobstant qu’en climat aride, ce système multiséculaire est considéré comme étant une véritable oasis, au sens plein du terme. N’est-il pas le modèle le plus achevé d’association complexe ? 

 Le ghout actuellement en phase de décadence, n’est-il pas le début de la disparition d’un système ingénieux ? Ne sous entend-il pas le commencement de disparition d’une civilisation agraire qui a marqué l’histoire d’une région aride ? Cette situation ne compromet-elle pas l’avenir du patrimoine phoenicicole dans le Souf ?  

 En effet, c’est sous l’effet conjugué de l’extension urbaine et des espaces agricoles, à travers la multiplication des forages d’une part, et de l’autre une pente générale faible (1/1000), que le Souf vit désormais au rythme des eaux qui affleurent le sol causant une véritable problématique. Devant cette situation, certaines solutions peuvent être envisagées et à différents niveaux :

 -       Agronomique : transfert sur de mini distances des eaux excédentaires du sud vers les secteurs déficitaires du nord. Cela impliquera une épuration préalable des eaux usées ;

 -       Biologique : plantation d’espèces pompeuses en aval des zones phoenicicoles. Des espèces forestières pompeuses pourraient absorber l’excès d’eau présent dans le sol et par là même, réguler le système ponction/évacuation ;

 -       Spatiale : mise en place d’un schéma d’aménagement et de gestion de l’espace qui incarne la création de nouveaux pôles satellitaires ; une façon de désengorger les grands centres urbains, de les « dépeupler » en créant de nouveaux espaces limitrophes et d’initier par la même des regroupements villageois.

 Autant d’actions qui sont pratiquement faisables et qui peuvent être envisagées dans la longue période. En somme, il s’agit de logiques nécessaires pour gérer ces systèmes de production, mais aussi de celles liées à l’adoption de stratégies respectueuses de l’environnement et la préservation des ressources.

Références bibliographiques.

 [1]. Senoussi A.  2002- « Gestion de l’Espace Saharien en Algérie : Symbiose ou Confrontation entre Systèmes de Production en Milieu Agricole et Pastoral ? - Cas de la Région de Ouargla –». Editions Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq  - France -, I.S.B.N. :2-284-02404-1. 403 p.

 [2]. Senoussi A.  2000- Le palmier dattier dans le pays de Ouargla : éternelle culture et des perspectives de développement inouïes, journées d’étude sur la culture du palmier dattier. Laghouat (Algérie), les 22 et 23 novembre 2000 ;   

 [3]. Battaillon C.  1955 - Le Souf ; étude de géographie humaine, institut de recherches sahariennes, Alger, Mémoire N°2,  140 p.

 [4]. Remini B.  2004- La remontée des eaux dans la région d’El-Oued. In Revue vecteur environnement ; Canada.

 [5]. Najah A.  1971- Le Souf des oasis. Maison des livres. Alger, 174 p.

 [6]. I.N.R.A.A.  2005- Proposition d’action spécifique pour le système Ghout d’El-Oued. Institut National de la Recherche Agronomique Algérie, 5 p.

 [7]. Voisin R.  2004- Le Souf, monographie, El-Walid, Algérie,319 p.

 [8]. Côte M.  2006- Si le Souf m’était conté, Média-Plus Constantine, Algérie, 135 p

 [9]. A.N.R.H.  2003- Note relative sur les ressources en eau de la wilaya d’El-Oued, Agence Nationale des Ressources Hydriques, Ouargla, Algérie,  20 p.

 [10]. Mainguet M.  1995- Espace oasien, mutation, déclin ou renouveau ?, in l’Homme et la Sécheresse, Masson, Paris, pp 239 -264.

 [11]. Senoussi A. et Khengaoui A.  2006- S.O.S. de l’écosystème oasien - cas de la région de Ouargla, Rencontres Méditerranéennes d’Ecologie, Bejaïa (Algérie), du 7 au 9 novembre 2006 ;

 [12]. Côte M. 1998- Des oasis malades de trop d’eau, Sècheresse 1998 ; 3, pp 85-96. pdf