Les résultats du tableau II montrent que l’horizon 0-30 cm se caractérise par une texture sablo-limoneuse, la faible teneur en argile lui confère une faible capacité de rétention en eau et une capacité d’échange cationique limitée. Elle est en moyenne de 6.5 meq/100g de terre. C’est un sol dépourvu de toute végétation, très exposé à l’érosion éolienne.

  La salinité moyenne de l’extrait aqueux (1/2) est de 0.51 dS/m. La valeur correspondant à l’extrait de la pâte saturée est de 2.55 dS/m. Selon la classification de USSL (1954) [5], il s’agit d’un sol peu salé.

 Les teneurs en calcaire total sont relativement élevées, elles sont en moyenne de 12%, ce qui favoriserait l’insolubilisation du phosphore et diminuerait sa disponibilité pour la plante. La réaction du sol est légèrement alcaline, ce qui influence directement la nutrition minérale en limitant considérablement la mise en solution des éléments nutritifs, tels que le phosphore et certains oligo-éléments: le cuivre, le zinc et le molybdène.

  2.3.- Effet des irrigations sur l’évolution de la salinité des sols

  L’évolution de la salinité des sols irrigués se détermine entre l’état initial qui  correspondant au stade tallage et  l’état final qui correspond au stade maturation.

  L’analyse de la salinité des sols étudiés a été réalisée selon l’approche chimique des extraits aqueux (1/2), car la texture sableuse ne s’y prête pas à la préparation de la pâte saturée. Néanmoins, une conversion des valeurs de la CE des extraits aqueux (1/2) aux valeurs correspondantes à la CE des extraits de pâtes saturées est nécessaire. Car cette dernière constitue l’approche agronomique de référence. Elle permet de mieux mettre en évidence l’état de salinité du sol d’une façon plus réaliste des conditions de croissance des plantes [5,8,9,10].

       A l’état initial, soit au stade tallage (fig. 1), la salinité du site 1 irrigué pour la deuxième année varie entre 2.5 et 4.5 dS/m. Elle correspond aux classes peu salée et  salée. Lors  de la troisième année (site 2), la CE diminue par rapport au site 1 et varie de 1.77 à 2.67 dS/m, ce qui correspond  aux  classes non salées et peu salées, mais la comparaison des moyennes donne une différence non significative (probabilité), et par conséquent l’irrigation des sols cultivés pour les 2ème et 3ème années ne provoque pas une salinité importante,  les valeurs de la CE obtenues sont comparables à celles du témoin.

                                                     Tableau III.- Etats de salinité des horizons selon leur CE de la pâte saturée (dS/m à 25°C) et selon les normes de l’USSL (1954) [5]

 

La céréale cultivée au niveau des parcelles étudiées, est la variété Waha, du blé dur,  plus exigeant que le blé tendre, et donc relativement plus sensible à l’effet de la salinité [11,12].

  Des études de Daoud et Halitim (1994) [1] ont montré que pour cette céréale, le seuil critique est évalué à une concentration entre 1.3 et 1.4 g/l, donc très sensible. Pour une concentration de 2 g/l, il y a une diminution de 50% de matière sèche; alors que Mass (1986) [11] montre que le seuil de sensibilité pour cette céréale est plus élevé, et il est de 4 g/l pour une diminution du rendement de l’ordre de 10%.

  Cependant, et afin de déterminer l’intensité de la salinité, qui affecte une diminution des rendements au niveau des parcelles étudiées, nous considérons la moyenne de la conductivité électrique de l’extrait de la pâte saturée à 25°C obtenue aux stades tallage et maturation. Cette valeur est calculée sur une profondeur de 0-30 cm, car celle-ci correspond, d’une part, à la profondeur utile d’enracinement maximum et où l’alimentation hydrique est la plus favorable en irrigué [4,13], et d’autre part, à l’accumulation des sels solubles [14]. 

 Le calcul de la CE sur une profondeur utile de 0-30 cm

  [CE (H1) x 20 + CE (H2) x 10]/30

  CE (H1) : CE de l’horizon 1 sur  une profondeur de 0-20 cm

 CE (H2) : CE de l’horizon 2 sur une profondeur de 0-20 cm

 30 :     Profondeur utile d’enracinement en cm

  Les résultats montrent que l’état de salinité est comparable à celui du témoin pour les sites 1 et 2. A ce stade, la salinité ne peut constituer une contrainte à l’élaboration des composantes du rendement, car elle est inférieure à 4 dS/m au niveau de l’horizon de surface (0-30 cm). Par contre, pour le site 3, la valeur moyenne est égale à 8.53 dS/m, est suffisamment élevée pour affecter le rendement. 

  En revanche, au stade maturation, les irrigations ont favorisé une faible augmentation de la salinité dans les sites 1 et 2, et une augmentation significative dans le site 3 où la valeur de la CE est égale à 10.11 dS /m.

 D’autre part, les composantes du rendement se forment pendant des phases du cycle bien délimitées. Chaque composante est influencée par les facteurs du milieu [15]. Dans le cas étudié, la salinité est le principal facteur limitant la phase de formation des composantes du rendement. En effet, pour le blé, le nombre de grains /m2  est déterminé à quelques jours près de l’anthèse. Le poids moyen du grain se détermine entre l’anthèse et la maturité (fig. 3)

Pour les deux sites cultivés pendant 2 et 3 années, ils présentent une salinité qui est en moyenne respectivement, de 4.33 et 3.87 dS/m au niveau de l’horizon 0-30 cm. Les rendements obtenus sont de l’ordre de 26 et 22 q/ha. Bien que les deux sites présentent un même niveau de salinité, les rendements obtenus différent d’une parcelle à une autre. Cette différence est attribuée en partie, à l’hétérogénéité au niveau de la parcelle et entre les parcelles [16].  En effet, des études ont montré que quelque soit la culture, la quantité du produit récolté est extrêmement variable d’une parcelle à l’autre, d’une année à l’autre et d’un agriculteur à l’autre [17].

  Pour le site cultivé pendant 4 années, la salinité est en moyenne de 10.11dS/m (extrait de la pâte saturée), affecte fortement le rendement du site 3 qui est évalué à 8 q/ha.

  Pour les sites 1 et 2, la CE < 6  dS/m  ne provoque pas de chute de rendements.

 Le rendement moyen des sites 1 et 2 = (26 + 22) / 2 = 24 q /h

 Le rendement du site 3 = 8 q/ha.

  Le niveau de rendement entre les sites 1 et 2 non salés et le site 3 salé a diminué de 24 - 8 = 16 q/ha

  Cette diminution du rendement est provoquée par une augmentation de la salinité de 10.11 - 6 = 4.11 dS/m.

  Ce résultat signifie qu’une augmentation de la salinité de 4.11dS /m provoque une chute de rendement de 16 q/ha, soit une chute de rendement de 3.89 q/ha pour une augmentation de la salinité de 1 dS/m.

  Chaque 1 dS/m provoque une chute de rendement de 3.89 q/ha.

 - CE < 6 dS/m       Rendement =    24 q/ha

 - CE  =   7. dS/m       Rendement =    24 - 3.89 =  21.2 q / ha

 - CE  =   8. dS/m       Rendement =    21.20 - 3.89 =  18.4 q / ha

 - CE  =   9. dS/m       Rendement =   18.40 - 3.89 =  15.6 q / ha

 - CE  =   10. dS/m     Rendement =    15.60 - 3.89 =  12.8 q  / ha

 - CE  =   10.11dS/m→  Rendement =    12.80 - 3.89 (2.8 x 0.11) = 11.61

  Pour une CE = 10.11 dS/m à 25°C, il y a une diminution de rendement = 11.61 q/ha.

  Par ailleurs, la tolérance au sel s’exprime en termes de croissance, de développement et de survie (USSL, 1954; Mass, 1990; Zid et Grignon, 1991) [6,15,21].

 Pour la plupart des plantes étudiées, elle peut être exprimée par une équation linéaire simple de type :

 Y = 100 – B (CEe  - A)

 100 :   Rendement maximum

 Y:       Rendement

 CEe : CE de l’extrait de pâte saturée de la zone racinaire de la culture

 A :     Seuil de tolérance  de la culture, égal à 6 dS/m

 B :     Le pourcentage de réduction de la croissance par unité d’augmentation de la CE au-delà du seuil de tolérance A.

L’application de cette équation aux résultats obtenus dans la région d’Adrar serait la suivante :

  100 : correspond au rendement maximum = 24 q/ha

 CEe: correspond à la salinité du site 3  = 10.11 dS/m à 25 °C.

  B : (24 - 8) x 100 / 24 (10.11- 6)  = 16.21%.

  Dans ce cas,      Y  = 100 - 16.21 (CEe  -  6)

 Y  =  100 - 16.21CEe  + 97.26 = 197.26 - 16.21 CEe

  Y = 197.26 - 16.21 CEe

  Conclusion

   L’effet cumulé des irrigations avec une eau de qualité médiocre et sous un climat très évaporant engendre une salinisation des terres agricoles. En effet, les résultats obtenus relatifs aux caractéristiques chimiques des eaux d’irrigation de la nappe albienne mettent en évidence un fort risque de salinité et un faible danger de sodicité. Les teneurs en sodium et en chlorures contenus dans ces eaux sont excessives en mode d’irrigation par aspersion. L’évolution de la salinité des sols au début et à la fin du cycle végétatif dans les trois parcelles montre une nette accumulation significative des sels solubles dans le sol à partir de la quatrième année de mise en irrigation. En effet, dans l’horizon de surface, la salinité passe de 2.55 dS/m dans le site témoin à 12.5 dS/m au niveau du site cultivé pour la quatrième année. La salinité  augmente en fonction du nombre d’années d’irrigation au niveau de l’horizon de surface. Par contre, au niveau du second horizon, le nombre d’années d’irrigation n’affecte pas de façon significative le niveau de salinité de la solution du sol. Le niveau de salinité atteint après 4 années d’irrigation au niveau de l’horizon de surface dépasse le seuil de tolérance à la salinité du blé dur. La salinisation constituerait donc l’un des principaux facteurs responsables de la diminution des rendements en blé, généralement observés après quelques années d’irrigation dans la région d’Adrar.

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