3. Résultats et discussions

 3.1. Définition de la foggara

 La foggara est une galerie souterraine équipée de plusieurs puits verticaux (fig. 2 et 3). La galerie d’une longueur allant de 1 à 20 km faiblement inclinée qui sert de drainage et de conduite d’écoulement de l’eau entre l’aquifère et la surface du sol (jardins). L’eau s’ecoule gravitairement à surface libre. Les puits verticaux qui ont un double rôle. Lors de creusement, les puits servent comme moyens d’évacuation de débris de terre. En phase d’exploitation de la foggara, les puits sont utilisés comme des issues aux fellahs pour entretenir la galerie. La profondeur des puits varie de 5 à 15 m. La distance moyenne entre deux puits est de 13 m.

 Une fois l’eau arrive au niveau du sol, elle sera partagée entre les propriétaires par la kasria (fig. 4). La part d’eau de chaque propriétaire sera stockée dans un madjen située dans la partie haute de son jardin. L’irrigation du jardin s’effectue par l’eau du madjen (fig. 5).

 D’origine minière, la technique de foggara a été inventée sous le nom de qanat en Iran depuis 3000 ans [1]. Vu la réussite de cette technique, la foggara s’est développée dans plus de 30 pays de la planète [2]. Elle est connue par la khettara au Maroc [3] [4], Kariz en Afghanistan et au Pakistan [5], Falaj au Sultanat d’Oman. Cette technique basée sur la galerie souterraine présente le même principe de fonctionnement (fig. 6).

3.2. Notions de longueurs drainante et de transport

 La galerie d’une foggara peut être divisée en deux parties. La première est appelée longueur drainante, est située dans l’aquifère au dessous de la ligne piézometrique. Elle est égale à  environ le 2/3 de la galerie de la foggara et représente la partie de captage des eaux.  Elle est considérée comme la véritable « pompe » de la foggara (fig. 7).

La deuxième partie est appelée longueur de transport et représenté le 1/3 de la longueur de la galerie de la foggara. Elle est destinée à véhiculer l’eau vers la surface du sol. Dans cette partie, un volume d’eau est perdu par infiltration.

 Nous avons représenté sur la figure (8 (a, b et c)), le débit de la foggara en fonction de la longueur de la galerie pour les foggaras des oasis de Touat. Il est intéressant de constater que pour les inventaires de 1932 et de 1960, il existe une bonne corrélation linéaire entre le débit et la longueur de la galerie. Par contre durant le dernier inventaire des foggaras effectué par l’agence nationale des ressources hydriques en 1998, la représentation graphique entre le débit et la longueur de la galerie ne donne aucune relation. Ceci est dû au manque d’entretien mais surtout au rabattement de la ligne piézométrique qui a influé sur la diminution de la longueur drainante. Ce problème a été provoqué par l’introduction de l’agriculture à grande superficie basée sur l’irrigation moderne (irrigation à pivot) (fig. 9). L’apport de ces techniques modernes a été accéléré à partir des années quatre vingt. Cette agriculture moderne consomme un débit d’eau très élevé (fig. 10 (a et b)).

Conclusion

 Comme nous l’avons mentionné précédemment que le tunnel d’une foggara de Touat peut entre divisée en deux parties : longueur drainante et longueur de transport. La longueur drainante égale à 1/3 de longueur totale de la galerie, représente la véritable pompe hydraulique de la foggara. Le seuil entre les deux parties est représenté par le point d’intersection entre la ligne piézométrique et la galerie. Si cette longueur diminue, le débit de la foggara diminue. L’apport des techniques modernes de captage et d’irrigation dans la région de Touat a beaucoup influé sur la longueur drainante.

 Références bibliographiques

 [1] Goblot H. ; Les qanats : une technqiue d’acquisition de l’eau ; Paris , Mouton, 231 pages (1979).

 [2] Hofman A. ; La gestion traditionnelle de l’eau par qanat en Iran est elle compatible avec le concept de la GIRE ? Synthèse technique ; Février, Engref (Montpellier France), 17 pages (2007).

 [3] Lighhtfoot D.R. ; Moroccan Khettara : traditional Irrigation and progressive Desiccation ; Geoforum (27 : 2), pp. 261-273 (1996).

 [4] Ben Brahim M. ; Les khettaras du Tafilat : passé, présent et futur ; Communication internationale Frontnus-symposium 02-05 Octobre, Walferdange, Luxembourg (2003).

 [5] Hussain I., Abou Rizaiza OS., Habib MA. et Ashfq M. ; Revitalising a traditional dryland water supply system : the karezes in Afghanistan, Iran, Pakistan and the kingdom of Saudi Arabia ; Water International, Vol. 33, n°3, September, pp. 333 -349 (2008).