La steppe algérienne à l’aube du IIIème millénaire : quel devenir ?

   Abdelhakim SENOUSSI*, Abdelmadjid CHEHMA et Youcef BENSEMAOUNE

 Laboratoire Bioressources Sahariennes : Préservation et Valorisation.

 Université Kasdi Merbah Ouargla, Ouargla 30000, Algérie

 ملخص  :لقد جاءت هاته الدراسة لتوضح مدى الوضعية التي آلى إليها الفضاء السهبي في الجزائر من تدهور و التي تتسم بتشخيص يثير حالة من القلق الشديد، فالتزايد المستمرلحرث المراعي و نزع الأعشاب السهبية أدى إلى توسيع رقعة التصحر.نظام إستغلال يعتمد على الإحتكار، الإفراط في الرعي.و في مواجهة هذا الوضع المقلق و أمام هشاشة النقط الأيكولوجية للسهوب الذي يعنينا أكثر من أي وقت مضى، فوضع خطة جديدة يجب أن تعتمد على نهج نظامي للتخطيط و إستغلال هذا الفضاء و بالتالي إبراز منظور الإستدامة. عدة سيناريوهات يمكن إبرازها و التي من خلالها يتم تجسيد إستراتيجيات خصبة للغاية.

 كلمات دالة :  الجزائر- السهوب – العوائق – إدارة رعوية.

 RÉSUMÉ : La présente étude est venue montrer l’état actuel qu’endure l’espace des parcours steppiques en Algérie. Le diagnostic éclaire une situation des plus préoccupantes et se voit désormais sous l’emprise du spectre dégradation. En effet, les labours s’étendent et les parcours sont systématiquement défrichés, favorisant ainsi l’extension du phénomène de désertification. Le système d’exploitation, basé sur la thésaurisation (stockage du cheptel ovin sur pieds) entraine une surcharge, voire un surpâturage, corolaire de dégradation. Devant cette situation alarmante et devant la fragilité de l’écosystème steppique, ce dernier nous  interpelle plus que jamais à travers un S.O.S. Une nouvelle vision s’impose et devra s’appuyer sur une rigueur en matière d’aménagement et de gestion de cet espace se projetant ainsi dans une perspective de durabilité. Pour se faire, des scénarios peuvent être mis en évidence et ponctués par un schéma d’aménagement hydro-pastoral très pratique incarnant des stratégies fécondes et des actions faisables.

 MOTS CLÉS : Algérie, Steppe, Parcours, Contraintes, Aménagement pastoral.

 ABSTRACT: This study came to show existing endured the rangelands of steppe in Algeria. Diagnosis illuminates a situation of great concern and is seen now in the grip of specter degradation. Indeed, plowing rangelands and range are systematically cleared, thus promoting the expansion of desertification. The operating system, based on hoarding (storage of sheep on foot) causes an overload, or overgrazing, degradation corollary. Faced with this alarming situation and to the fragility of the steppe ecosystem, it which concerns us more than ever through an S.O.S. A new vision is needed and must rely on a disciplined approach to planning and management of this space and projecting a sustainability perspective. To do this, scenarios can be highlighted and punctuated by a pattern of hydro-pastoral practice embodying very fertile strategies and actions feasible.

 KEYWORDS: Algeria, Steppe, Rangelands, Constraints, range Management.

 1.     Introduction

 S’il existe une région en Algérie qui représente une tradition en matière d’élevage, c’est bien de la steppe qu’il s’agit ; espace, de plus de 30 millions d'hectares, constitue une zone tampon entre le désert du Sahara et la " ceinture verte " du nord du pays. La steppe seprésente comme une vaste bande régionale s'étendant de la frontière tunisienne àla frontière marocaine sur 1000 km de long et 300 km de large entre les isohyètes 400 et 100 mm. C'est une région intermédiaire située au-delà du Tell maritime et humide et endeçà du désert saharien, pays des grands espaces plats et élevés où l'arbre est rare ou absent, l'alfa et l'armoise sont les espèces caractéristiques. Le climat y est brutal et rude - gel en hiver et canicule en été - les faibles ressources en eau impliquent une culture céréalière aléatoire et un pâturage extensif. (figure 1).

Ce vaste pays du mouton, cinq fois plus étendu que le reste des terres cultivables de l’Algérie, est par excellence un espace d’accueil du mouton (où plus de 80 %  des effectifs y séjournent). Entre cet espace et cette espèce est née une véritable symbiose ; animal à haute valeur économique et des potentialités pastorales inouïes. Le mouton, animal de haute valeur économique à pouvoir tirer partie des immenses espaces des 40 millions d’hectares de pâturages des régions arides et semi-arides répartis sur 12 000 000 d’ha steppiques et 28 000 000 d’ha de parcours sahariens [2].C’est de là qu’une véritable industrie pastorale est enclenchée ô combien engagée par les éleveurs pasteurs et au demeurant une source de rente non négligeable. La diversité et l'abondance relative des plantes fourragères de la steppe ont permis de procurer un moyen de subsistance à 3,6 millions d’habitants et d'offrir une excellente source de viande rouge à l'ensemble de la population du pays.

 En Algérie, la dégradation de l’environnement se manifeste avec acuité, notamment dans les zones steppiques. Ces dernières, sont en effet depuis plus de vingt ans soumises à une dégradation croissante qui touche essentiellement la ressource « parcours ». Le surpâturage a fait suite au pâturage par l'insuffisance des possibilités fourragères (absence de rotation des pâturages) par la surcharge due à l'effectif excessif du troupeau et àla durée de la pâture. Le résultat de ces pratiques  malheureuses a conduit au non renouvellement de la végétation puis à l'érosion. Certains spécialistes parlent de dégradation réversible, d’autres de dégradation irréversible et de désertisation.

  2.     Matériel et Méthode

 L’approche empruntée vise à démontrer la pertinence d’une étude systémique des évolutions pastorales en milieu steppique. Il s’agit de procéder en une analyse diagnostic ; situer les contraintes qui sillonnent autour du système steppe et de dresser des axes d’interventions à travers des scénarios pratiques. Dans la perspective d’atteindre les objectifs escomptés et de bien mener notre travail d’investigation, nous avons opéré à un choix de zones qui nous paraissent représentatives de l’ensemble de la région, et c’est précisément pour une logique de travail, que Djelfa, Tadjmout et Naâma ont été retenues comme zones d’approche et dont le choix repose sur des critères ayant trait aux potentialités pastorales locales, situation et devenir du système d’élevage moutonnier

 Une série d’entretiens semi-directifs ont été menés et ponctués par des observations sur sites et ce dans la perspective de répondre aux différentes interrogations relatives à la situation de l’espace pastoral steppique dans son ensemble et à l’état du système d’élevage en particulier. Des personnes ressources, à l’image du Haut Commissariat de Développement de la Steppe et de la Direction des Services Agricoles outre de personnes physiques (éleveurs pasteurs) ont été approchées afin de cerner l’objet d’étude à travers différents volets qui situent le contexte du système d’élevage moutonnier.

  3.     Résultats et Discussion

 3.1.    Prédation des parcours steppiques

 D’une manière générale, les investigations de terrain révèlent qu’en milieu steppique, le problème de dégradation des ressources naturelles représente une préoccupation essentielle sachant que l’activité principale, et donc la vie, repose essentiellement sur la ressource « parcours » (tableau 1).

 Les éléments qui ont concouru à cette situation se résument principalement dans les points qui suivent.

 3.1.1.    Effet de la Surcharge

 Dans une grande partie de la steppe, le surpâturage constitue l'action la plus dévastatrice sur la végétation pérenne et le principal facteur de désertification durant les deux dernières décennies. On enregistre à 1 Milliard d’U.F./an le déficit fourrager des parcours steppiques, tel est leur état actuel et de surcroit éclairant par la même que les écosystèmes steppiques sont fortement déséquilibrés à cause d’une dégradation alarmante. Cela est lié à la variabilité intra et interannuelle des éléments climatiques et aux facteurs anthropozoïques accentués par la modification des systèmes d’exploitation du milieu « surpâturage, introduction de nouveaux systèmes de cultures…etc. ». Ce constat a mené nombre de spécialistes à tirer la sonnette d’alarme ; successivement s’accordent tous à révéler que les surfaces pastorales et surtout leurs potentiels écologiques, notamment de production, ont régressé de manière spectaculaire [3], [4] et [5].En 1968, la steppe était déjà surpâturée, la charge pastorale réelle était deux fois plus élevée que la charge potentielle ; elle ne fournit que 64 U.F./an. Depuis 1985, sa capacité a baissé de moitié en passant de 0,18 à 0,09 équivalent brebis /ha ; autrement dit, il faut désormais 11 ha de steppe pour assurer les besoins d’un équivalent brebis [6].

 En 1998, les parcours se sont fortement dégradés, la production fourragère a diminué de moitié et l’effectif du cheptel est 10 fois supérieur à ce que peuvent supporter les parcours. La steppe se caractérise donc de fait par une surcharge de ses parcours dont l’effectif du troupeau, avec un rapport de 1,3 ovin par ha palatable en 2000, contre 0,8 seulement en 1985. Cet état des choses résulte de la demande soutenue et croissante de la viande ovine en relation avec la croissance démographique, par la haute rentabilité de l'élevage en zones steppiques du fait de la gratuité des fourrages.

 Mais que déduire lorsqu’on sait que, en 1985 déjà, la steppe ne pouvait supporter que le quart du troupeau existant à l’époque ? [7] (tableau 2).

 La réalité du terrain révèle une situation fort contraignante de ce que supporte l’espace des parcours des suites d’actions très diverses, à la fois à caractère collectif et individuel. Ce constat est une dégradation des parcours. Cette situation marquée par une augmentation de la charge animale sur les parcours est due essentiellement à deux facteurs, le premier est la rétraction de l’espace des parcours par le biais de colonisation des terres de mise en valeur. On remarque une diminution des espaces des parcours et une traumatisation des déplacements puisque dans certaines zones de la steppe il n’y a pas de couloires de passage des cheptels. Le deuxième, c’est le mode de conduite des éleveurs qui veulent accroître leur production en saisons favorables par la thésaurisation du cheptel.

 3.1.2   .  Le désert qui avance

 Le phénomène de la désertification a pris des allures alarmantes dans les régions steppiques du pays, particulièrement dans la wilaya de Naâma. Selon une étude de la direction  locale de l’environnement qui dans un rapport que “la steppe est dans un état de dégradation  avancée“. Selon le même document, les composantes de la steppe dans la wilaya de Naâma se sont dégradées durant cette dernière décennie, marquée par des périodes de sécheresse qui ont accéléré la régression du couvert végétal, l’amplification des facteurs d’érosion et de désertification.

 Cette dernière a été accentuée par la perte de grandes superficies de thym et d’alfa, plantes endémiques de la steppe des Hauts-Plateaux algériens, note l’étude de la direction de l’environnement. Les sols sont devenus pauvres en matières organiques, selon les statistiques, qui précisent que 3 millions d’hectares de la superficie de la wilaya de Naâma, soit plus de 74%, sont menacés par le spectre de la désertification, alors que 5% de la superficie globale (150 000  ha) sont en voie de se transformer en « Sahara » du fait de l’avancée de dunes de sable qui ont envahi plus de 16.615 ha de steppe. C’est précisément dans le même sens que Nedjraoui et Bedrani signalent que le processus de désertification est, aujourd’hui, décelable par l’œil de l’observateur. On assiste à un ensablement progressif allant du léger voile éolien dans certaines zones à la formation de véritables dunes dans d’autres (figure 2). Des villes comme Méchéria ou Naama sont victimes de vents de sables de plus en plus fréquents [8].

En effet et à titre d’exemple l’alfa, espèce endémique de la Méditerranée Occidentale, bien adaptée à la sécheresse, constituait un des éléments dominants des steppes algériennes où elle occupait une superficie de 5 millions d’hectares au siècle dernier [9]. En 1950, on donnait une surface de 4 millions d’hectares [10] ; alors que le Centre National des Techniques Spatiales faisait état d’une superficie de 2,025 millions d’hectares [11] . Plus de 50% des nappes alfatières ont disparu depuis un siècle. Les pertes sont encore plus importantes si l’on considère que dans les 2 millions d’hectares sont comptabilisées les superficies où quelques reliques noirâtres de touffes mortes laissent supposer l’existence de l’alfa dans certaines zones [9] (figure 3).

3.2    Stratégie d’exploitation et de gestion des parcours steppiques

 Les actions de réhabilitation ou de mise en valeur pastorale s’effectuent selon les conditions climatiques de la région et les possibilités de résilience de l’écosystème steppique, c’est-à-dire sa capacité de cicatrisation envers les perturbations et les inhibitions exposées. Une gestion et un aménagement appropriés des parcours, selon leur situation et les contraintes vécues, s’imposent comme préalable où il va falloir envisager une politique rationnelle pour l’utilisation de l’espace steppique. Cette politique doit se greffer à une gestion patrimoniale pour faire une affectation équitable des espaces entre les deux secteurs agricole et pastoral selon leurs potentialités et leur situation géographique, dresser un plan d’occupation du sol (P.O.S.) de l’état actuel et une conception des espaces futurs. Et c’est précisément à travers la genèse de scénarios d’aménagement et de gestion de l’espace pastoral steppique que pourra s’articuler l’adoption d’une démarche pratique. En effet, six scénarios peuvent être envisagés et qui se différencient principalement par le niveau d’utilisation des parcours.

 3.2.1 Scénario un : Régénération naturelle

 Contrairement à la mise en défens qui prend un temps plus ou moins long, la technique de la régénération naturelle assistée peut être employée lorsqu’on veut une reconstitution rapide de la végétation. Autrement dit, il s’agit d’une accélération du processus de régénération en agissant sur la surface par le labour en courbes de niveaux du sol qui augmente sa rugosité et favorise le piégeage des grains et des débris organiques, et les eaux de ruissellement.

 Par ailleurs, la régénération naturelle de la végétation des parcours peut se produire par le recours à la mise en défens, c’est la technique la plus indiquée pour induire la remontée biologique naturelle de la végétation des régions dégradées.

Les résultats de mise en défens dans des endroits où la végétation a connu un blocage s’articulent autour de la remise en état du couvert végétal très favorablement induite par la période de repos qui lui sera accordé. Outre de  l’obtention d’un meilleur recouvrement des parcours et la réinstallation de certaines espèces autochtones disparues sous l’effet de surpâturage et des labours à disque. L’impératif de diminuer le temps de séjour et augmenter le temps entre deux passages par la multiplication des parcelles et des points d’eau. (figure 4).

3.2.2 Scénario deux : pâturage continu

 Cette technique de pâturage continu est pratiquée à charge normale. C’est une formule parfaitement viable ; il est de règle dans tous les parcours sollicités par des cheptels dont les effectifs croissent avec les bonnes saisons et se diminuent en années de disettes, c’est une régulation naturelle, due aux cycles d’années sèches. C’est un moyen qui consentirait une restauration de la végétation ; puisque les éleveurs en années de disettes se débarrassent d’une bonne partie de leurs cheptels, ce qui permet une restauration relative de la végétation si la charge est inférieur à la charge d’équilibre.

 Le pâturage continu n’auras-t-il que ou peu d’effets défavorables sur le couvert végétal, il peut y avoir une sous-utilisation.

 3.3.3. Scénario trois : pâturage tournant

 Connus aussi sous l’appellation de pâturages en rotation, ils doivent respecter certains impératifs tels qu’ils seraient basés sur une bonne connaissance de la physiologie des espèces et convenir aux plantes sur place, être adaptés aux qualités du sol et permettre par la même de bonnes performances animales. Ainsi donc et pour une bonne réalisation du pâturage tournant, deux données importantes dictent la mise en place du scénario :

 -Le temps de séjour optimum par parcelle semble se situer au tour de 4 à 5 jours, en tenant compte des limites de bonnes utilisations de l’herbe au pâturage, la surface moyenne de chaque parcelle sera adaptée à la taille du troupeau ;

 -  Le temps de repos de l’herbe entre deux passages peut varier de 20 à 50 jours.

 Du nombre de parcelles va découler le temps de séjour optimum et du temps de repos optimum. Il est souvent fixé entre 6 et 12 jours (figure 5).

3.3.4. Scénario quatre : pâturage rationné

 Pour améliorer la réalisation des objectifs du pâturage tournant, on cherche à maitriser davantage la consommation de l’herbe par le troupeau en libérant tous les jours, ou deux fois par jour, une nouvelle surface correspondant aux quantités d’herbe nécessaire à l’alimentation. Les surfaces attribuées la veille et même l’avant-veille restent à la disposition du troupeau. La pratique du pâturage rationné demande l’utilisation de clôtures « temporaires » à base de fil électrique:

 -Un fil avant, à déplacer tous les jours pour délimiter la nouvelle surface mise à disposition du troupeau,

 -Un fil arrière, à déplacer tous les deux ou trois jours pour empêcher le retour des animaux sur l’herbe qui commence à repousser.

 Au printemps, les animaux pâturent au fil « électrique » les parcelles 1 et 2, alors que les parcelles 3 et 4 sont fauchées. En été, les animaux pâturent successivement les parcelles 1, 2, 3 et 4 (figure 6).

3.3.5. Scénario cinq : pâturage sur parcours sahariens

 Les migrations des troupeaux ovins entre le Tell et le Sahara sont une opération organisée et dont  la règle serait d’exploiter les parcours sahariens. Elle consiste à faire consommer de l’herbe où et quand il y en a. La motorisation a fait son apparition, à travers des moyens de transport qui ont modifié profondément les façons de faire et les déplacements se décident plus vite et l'on va éventuellement plus loin pour séjourner durant la période hivernale épargnant ainsi les animaux du froid et leur éviter d’éventuelles complications pathologiques tout en profitant des espaces pastoraux sahariens. Ces derniers offrent de véritables opportunités aux troupeaux pour tirer profit du couvert végétal spontané des regs, ergs, lits d’oueds, hamadas et dépressions. Organiser le passage des troupeaux aux alentours des points d’eau et réguler leur séjour est un impératif.

 3.3.6. Scénario six : symbiose entre zones pastorales et milieux agricoles

 La période estivale constitue la période critique de la production des parcours où la végétation éphémère s’assèche sur pied et la végétation vivace se lignifie. Devant pareille situation, les éleveurs ont tendance à se fixer dans une zone proche des puits et apportent la complémentation à leurs cheptels. Pâturage sur chaume en été (Hauts Plateaux) et fixation temporaire aux alentours des espaces oasiens (Sahara Septentrional) durant la période hivernale est une opportunité pour les cheptels afin de tirer profit des potentialités existantes. Par ailleurs, la valorisation de certains produits et sous produits agricoles s’avère primordiale ; outre des sous produits de la céréaliculture et d'autres sous produits agricoles ou agro industriels (grignons d’olives et caroubes), le palmier dattier offre une gamme importante de sous produits qui pourraient jouer un rôle de premier ordre en matière de complémentation alimentaire. Des quantités appréciables à travers un fort tonnage et dont l’apport nutritif a démontré que les sous produits phoenicicoles se divisent en deux catégories ; les palmes sèches et les pédicelles de dattes, comme aliments grossier et les rebuts de dattes comme concentré énergétique, avec une faiblesse générale en matière azotée [12] et [13].

 Ces six scénarios peuvent se résumer à travers un schéma d’aménagement et de gestion de l’espace des parcours steppiques (figure 7).

4. Conclusion.

 Si la steppe constitue un berceau idéal où s’est développé et se développe un élevage ovin dominant mené en extensif, le mouton, par sa rusticité, demeure le seul animal qui permet la mise en valeur de cet espace ; et sans cet animal, elle ne serait qu’un désert où l’homme serait incapable d’y vivre. Autrement dit, les productions ovines et caprines restent tributaires de l’état des parcours. Ces derniers ont subit une dégradation qui s’est manifestée à différents niveaux où bon nombre de facteurs ont contribué négativement sur le plan physique par une diminution de la superficie pastorale et l’extension du paysage désertique. En effet, le surpâturage provoque la diminution de couvert végétal pérenne et de la valeur pastorale et donc la dégradation des formations végétales. Un effectif trop élevé sur les meilleurs pâturages et autour des points d'eau provoque le piétinement et le tassement du sol. Cet effet se traduit par la dénudation du sol, la réduction de sa perméabilité et ses réserves hydriques et l'augmentation du ruissellement, ce qui accroît très sensiblement le risque d'érosion [14].

 Le pâturage libre est à éviter absolument du fait que les moutons sont réputés par leur action dévastatrice, ils gaspillent l’herbe à un moment où la poussée végétale est trop rapide, la plante sera consommée si tôt et l’animal revient souvent sur ce qu’il préfère (feuilles jeunes, et parties tendres). Par ailleurs, le piétinement du bétail sera d’autant plus dangereux que les animaux ne sont soumis à aucun contrôle. 

 Le greffage et l’extension du système céréalier, venu s’installer au détriment des parcours, a entrainé une soustraction de l’espace pastoral soumis désormais aux aléas d’une mécanisation à outrance. Ceci a engendré une course pour l’utilisation de tout parcours offrant les meilleures possibilités fourragères et par conséquent une accélération de l’épuisement des parcours accentuée aussi par des années pastorales souvent défavorables. En fait, le phénomène des années de disette compromet réellement les capacités de la steppe.

 Ainsi donc et devant la fragilité de cet espace, nous admettons que ce patrimoine exige un vaste aménagement et préalablement une bonne gestion dans la perspective de mettre un schéma directeur des espaces de parcours [15]. Les projets d’aménagement steppique basés sur la mise en défens des parcours et la replantation in-situ des espèces fourragères autochtones constituent des moyens efficaces pour luter contre l’ensablement et la restauration des parcours dégradés, alors que sur le plan floristique et fourrager ils apportent des améliorations appréciables.

  En somme, le développement de la steppe algérienne ne peut se faire avec la persistance du phénomène de désertification qui touche la principale ressource de ces zones. La résolution de l’équation de développement durable dans cette zone tampon passe obligatoirement par une lutte efficace contre la désertification. En effet, on ne peut pas prétendre la durabilité d’un développement si on ne prend pas en compte la variable environnementale dans toutes ses dimensions.

 Références

 [1]  Khalil ; Zonage des parcours selon la pluviosité. (1997).

 [2] Chellig R. ; Les races ovines algériennes ; éd. O.P.U., Alger, 80 p. (1992).

 [3] Le Houerrou H.N. ; Végétation de la Tunisie steppique (avec références aux végétations analogiques d’Algérie, Libye et Maroc) ; I.N.R.A. Tunisie, 624 p. (1969).

 [4] Djebaïli S. ; Recherche Phytosociologiques et Phytoécologiques sur la végétation des hautes plaines steppiques et de l’Atlas saharien algérien ; Thèse de Doctorat, Montpellier (France), 229p. (1978).

 [5] Floret C. et Pontannier R. ; L’aridité en Tunisie présaharienne. Travaux et doc OROSOM ; Thèses de Doctorat, Université des Sciences et de la Technologie, Montpellier (France), 544 p. (1982).

 [6] Dine N. ; Le Système d’Elevage Ovin en Milieu Steppique : pour une Exploitation Rationnelle des Potentialités locales  - Cas de la commune de Tadjmout, Wilaya de Laghouat -) ; Mémoire d’Ingénieur Agronome, Département des Sciences Agronomiques, Faculté des Sciences et Sciences de l’Ingénieur, Université de Ouargla. Algérie. 148p. (2002).

 [7] Le Houérou H. N. ; La régénération des steppes algériennes. Rapport de mission de consultation et d’évaluation. Ministère de l’agriculture, Alger, ronéotypé. (1985)

 [8] Nedjraoui D. et Bedrani S. ;La désertification dans les steppes algériennes : causes, impacts et actions de lutte ; VertigO - la revue électronique en sciences de l'environnement. Volume 8 Numéro 1 avril (2008). http://vertigo.revues.org/5375. Consulté le 25 janvier 2011.

 [9] Nedjraoui D. ;Adaptation de l’alfa (Stipa tenacissima L) aux conditions stationnelles ; Thèse de Doctorat en Sciences, USTHB, Alger, 256p. (1990).

 [10] Boudy P. ;Economie forestière Nord Africaine ; Paris, Larose 2, (II), 777 – 818 (1950).

 [11] C.N.T.S. ; Centre National des Techniques Spatiales, Cartographie et inventaire des nappes alfatières sur l’ensemble des Wilayas ; Doc. Multigr, (1989). 

 [12] Chehma A. et Longo H. F. ; Bilan azoté et gain de poids chez le dromadaire et le mouton, alimentés à base de sous produits de palmier dattier, de Drinn "Stipagrostis pungens" et de paille d’orge ; Cahiers Agricultures 13 (2) ; 221-226(2004).

 [13] Chehma A, Benabdelhafid M et Hanani A. ;  Essais d’amélioration de la valeur azotée des sous-produits du palmier dattier (pédicelles de dattes et palmes sèches) par traitement à l’ammoniac et à l’urée ; Livestock Research for Rural Development ; Volume 21, Article #77; Retrieved October 20, (2009).

 [14] Nedjraoui D. ; Note de réflexion sur la politique de la lutte contre la désertification en Algérie ; rapport O.S.S., 34 p.(1999).

 [15] Senoussi A. et Bensemaoune Y. ; Les Parcours Sahariens ; entre Usage et Enjeu !- Cas de la Région de Ghardaia ; Communication dans séminaire international sur la protection et la préservation des écosystèmes sahariens, Laboratoire de Protection des Ecosystèmes en Zones Arides et Semi-Arides, Université Kasdi Merbah Ouargla, les 13, 14 et 15 décembre 2009. (2009).