ETUDE DES CROUTES BIOLOGIQUES DE QUELQUES SOLS GYPSEUX ET SALINS DU MILIEU SAHARIEN:pdf

CAS DE LA CUVETTE DE OUARGLA

(SAHARA SEPTENTRIONAL EST ALGERIEN)

BAZZINE Meriem, HAMDI-AISSA Belhadj

Laboratoire d’exploitation et de valorisation des ressources naturelles en zones arides

Université de Ouargla, 30000 Ouargla, Algérie, E-mail:

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Résumé.- Ce travail est une contribution à l’étude quantitative et qualitative des micro-organismes qui vivent dans les croûtes gypseuses en surface de quelques sols gypseux et salins; en milieu saharien (cuvette de Ouargla). Les sols étudiés sont caractérisés par une texture sableuse et limono-sableuse, un faible taux d’humidité; une salinité relativement élevée. Ils renferment des teneurs variables en gypse. Les sols des stations d’études ont une teneur faible en matière organique et en azote total. Le couvert végétal est clairsemé et parfois totalement absent. Malgré les conditions de survie, les analyses microbiologiques effectuées montrent la présence d’une microflore diversifiée et adaptée aux conditions du milieu saharien. La biomasse microbienne varie considérablement d’un sol à un autre. Elle atteint sa valeur maximale dans le sol de la palmeraie (S5), tandis que la valeur minimale est enregistrée dans le sol de la Sebkha sans végétation (S4SV). Cette variation émane du couvert végétal et du type de sol. Le dénombrement des germes montre que les bactéries sont les micro-organismes les plus abondants dans tous les sols étudiés. Elles sont suivies par les actinomycètes, ensuite les champignons. Les algues sont les moins abondantes. Le nombre de micro-organismes varient considérablement d’un sol à un autre. Le maximum est enregistré dans les sols des palmeraies S5 et S4V (sebkha à végétation) où les conditions du milieu sont les plus favorables pour le développement des micro-organismes telluriques. Les espèces fongiques identifiées, sont Aspergillus sp, Penicillium sp, Alternaria sp, et Trichoderma sp.Les croûtes biologiques dans la cuvette de Ouargla sont peu développées à cause des conditions climatiques (pluies rares), des facteurs biologiques (rareté ou absence du couvert végétal).

Mots clés.- Croûtes biologiques, sols gypseux et salins, micro-organismes, climat saharien, cuvette de Ouargla.

Study of biological soil crusts of some gypsiferous and saline soils in saharan ecosystem (Ouargla bassin)

Abstract.- The objective of this study was to determine the quantity (biomass and number of microorganisms), and to identify the species associated with microbial soil crusts in a Saharan ecosystem (Ouargla basin). The results of physical and chemical analysis of soils show that the texture is sandy to silt-sandy. The soils of the study area are characterized by a little level of humidity, high salinity, and contain different values of gypsum, low organic matter and nitrogen. The vegetation cover is often spare or absent. Microbial analysis, have demonstrated that studies soils are populated by a microflora adapted to the difficult conditions of this ecosystem. Microbiological analysis, have demonstrated that studied soils are populated by a microflora adapted to the difficult conditions of this ecosystem. The maximum of microbial biomass and number of germs was record in (S4V) and (S5) where the conditions are favourable to the development of microorganims. Some fungi have been identified in studied soils: Aspergillus sp, Penicillium sp, Alternaria sp, et Trichoderma sp. Biological soils in Ouargla basin are disturbed by many factors influencing species composition such as rarity of precipitations and vegetation cover.

Key words: Biological crusts, gypsiferous and saline soils, microorganisms, Saharan area, Ouargla basin.

Introduction

Sur les terres arides et semi arides de par le monde, le couvert végétal est souvent clairsemé ou absent. Toutefois, les espaces entre les plantes supérieures ne sont pas dépourvues de vie autotrophe mais plutôt recouverts d’association d’organismes spécialisés et adaptés à ces milieux [1, 2]. A l’échelle internationale beaucoup de chercheurs sont intéressés à l’étude des croûtes biologiques [2, 3, 4, 5, 6]. En Algérie où les sols gypseux occupent une superficie de 79.663 km2 [7], soit 3,3% de la surface totale du pays; les études sont beaucoup plus pédologiques que microbiologiques [8, 9, 10].

A Ouargla, les prospections de terrains ont montré le caractère dominant des sols gypseux (19% de la surface totale de la cuvette), que ce soit dans le plateau de hamada ou dans la cuvette [10]. Les études sur la microbiologie de ces sols ont montré que du point de vue de leur distribution verticale; les micro-organismes se trouvent en majorité dans la couche superficielle du sol, mieux aérée et riche en substances nutritives [11, 12, 13, 14].

Ce travail, est une contribution à l’étude quantitative et qualitative des micro-organismes qui vivent dans les croûtes gypseuses de surface de quelques sols gypseux et salins dans un milieu saharien (cuvette d’Ouargla). Les objectifs de cette étude demeurent, la caractérisation physico-chimique des sols étudiés; l’évaluation de la biomasse microbienne et le dénombrement des micro-organismes associés aux croûtes biologiques de quelques sols gypseux et salins de la cuvette de Ouargla; l’identification des espèces microbiennes qui composent leurs croûtes biologiques.

1.- Matériels et méthodes

La zone d’étude est située dans le Bas Sahara algérien (Sahara septentrional Est algérien) caractérisée par un climat saharien. Le choix des sites se base sur les critères suivants:

- Situés en milieu saharien,

- Différents types de sol existant dans la zone étudiée (différents états de surface),

- Sols non cultivés (naturels) et un sol cultivé (palmeraie).

Il est choisi six (6) stations à savoir:

- Station 1 (S1) représentée par un reg à 15 km au bord de la route vers Ghardaïa,

- Station 2 (S2), est un glacis à graviers calcaires (pseudo-reg) prés de la cité universitaire 2000,

- Station 3 (S3) est un sol gypseux (Sedrata),

- Station 4 (S4V), est une sebkha à végétation halophile (route de Saïd Otba),

- Station 5 (S4SV), est une sebkha sans végétation (route de Saïd Otba) 

- Station 6 (S5), une palmeraie de Mekhadma (fig. 1).

Concernant l’échantillonnage, deux types de prélèvements sont effectués : des échantillons dans des sacs propres en plastiques pour les analyses physico-chimiques ; et en boites Pétri stériles pour les analyses microbiologiques. Pour chaque station cinq échantillons ont été prélevés et transportés au laboratoire. Les analyses physico-chimiques des sols étudiés sont effectuées selon les méthodes décrites par AFNOR (1999a et b) Baize (2000) et ITA (1975) [15, 16, 17, 18]. Concernant les analyses microbiologiques, il est utilisé les techniques décrites par AFNOR (1999b), Chaussod (1996), Davet et Rouxel (1997), Pochan (1954)[17, 19, 20, 21]. L’identification de la flore spontanée à été faite selon le catalogue des plantes spontanées du Sahara septentrional algérien [22].

2.- Résultats et discussion

Les résultats des analyses physico-chimiques (tab. I), montrent que les sols étudiés sont caractérisés par un faible taux d’humidité; un pH élevé qui traduit la présence des carbonates de calcium, et une salinité relativement élevée. La salure de ces sols est de type chloruré et chloruro-sulfaté. Les taux d’azote et de carbone organique obtenus sont très faibles. La fraction minérale dans les sols étudiés est formée dans la quasi-totalité de sable; par suite de phénomène de l’érosion éolien. La structure varie d’un sol à un autre; elle est particulaire dans les sols des stations (S1) et (S2) et polyédrique pour les sols (S3), (S4V), (S4SV), tandis qu’elle est grumeleuse pour le sol de palmeraie (S5).

Tableau 1.- Caractéristiques physico-chimiques des sols étudiés

       Stations 

Paramètres

S1

S2

S3

S4V

S4SV

S5

Humidité (%)

0.80

1.01

0.60

13.25

5.93

18.8

Capacité de rétention en eau (%)

22.91

22.39

23.80

57.68

53.22

43.40

pH eau 1/2.5

7.75

7.37

7.46

8.45

8.33

7.84

CE à 25°C (dS/m) 1/2.5

0.47

0.46

1.34

13.71

16.03

5.17

Gypse (%)

7.85

19

60

28.64

36.30

3.63

Calcaire (%)

2.05

11.28

0.51

1.53

0.51

2.56

M.O (%)

0.10

0.02

0.15

0.60

0.34

0.36

C (%)

0.06

0.01

0.09

0.35

0.2

0.21

N (%)

0.016

0.003

0.014

0.03

0.012

0.018

C/N

3.8

3.3

6.42

11.66

16.7

11.66

Sable grossier (%)

28

34

40

22

12

21

Sable fin (%)

67

57

32

35

46

38

Limon (%)

4

7

23

32

28

33

Argile (%)

1

2

5

11

14

8

Texture [4]

sableuse

Sableuse

sableuse

limono-sableuse

limono-sableuse

limono-sableuse

Le couvert végétal est dispersé et parfois totalement absent. Les végétaux qui se développent sur les sols étudiés, présentent plusieurs caractères morphologiques orientés vers l’économie de l’eau. Parmi les plantes spontanées trouvées on cite les espèces suivantes : Tamarix gallica (Tamaricaceae), Phragmites communis (Poaceae), Cynodon dactylon (Poaceae), Halocnemum strobilaceum (Chenopodiaceae), Juncus rigidus (Juncaceae), Zygophyllum album (Zygophyllaceae).

Les analyses microbiologiques montrent que tous les sols étudiés sont peuplés par une microflore diversifiée et adaptée aux conditions difficiles du milieu saharien. Les résultats obtenus montrent que les valeurs de 33,27 à 263,88 µg de germes/g de sol sec,sont plus élevées que celles de 2,55 à 26,63 µg de germes/g de sol sectrouvées dans les sols halomorphes nus d’une sebkha située au niveau de l’exploitation de l’université de Ouargla (ex-Itas) en utilisant la même méthode (fumigation-extraction) [11].

E04010602

La figure 2 montre que, la biomasse microbienne varie considérablement d’un sol à un autre, elle atteint sa valeur maximale (263.88 µg/g de sol sec)dans le sol de la palmeraie (S5), tandis que la valeur minimale (33.27 µg/g de sol sec)est enregistrée dans le sol de la Sebkha sans végétation (S4SV). Cette variation est due au couvert végétal et aux effets du type du sol. En effet, les populations microbiennes sont dépendantes des caractéristiques physico-chimiques du sol  [23, 24, 25].Les principaux paramètres sont la texture, la structure, le pH, et la teneur en matière organique [19].

Le dénombrement des germes montre que les bactéries (110 à 469 x103 germes/g du sol sec) sont les micro-organismes les plus abondants dans tous les sols étudiés. Elles constituent environs 83 à 97% de la microflore totale à cause de leur grand pouvoir de multiplication. Elles sont suivies par les actinomycètes (7 à 80 x103 germes/g du sol sec), ensuite les champignons (0,24 à 4,6 x103 germes/g du sol sec), tandis que les algues (0 à 5,4 x103 germes/g du sol sec) sont les moins abondantes. Le nombre de micro-organismes varient considérablement d’un sol à un autre. Le maximum  de germes (3100 à 4600x103 germes/g du sol sec),est enregistré dans les sols des palmeraies S5 et S4V (de sebkha à végétation)  où les conditions du milieu sont les plus favorables pour le développement des micro-organismes telluriques.

Les croûtes biologiques dans les stations étudiées sont peu développées à cause des facteurs climatiques (rareté des pluies), des facteurs biologiques (rareté ou absence du couvert végétal).

Du point de vue qualitatif, tous les sols étudiés contiennent une microflore diversifiée: des bactéries, des actinomycètes, des champignons surtout les espèces fongiques suivantes: Aspergillus sp, Penicillium sp, Alternaria sp, et Trichoderma sp. et également des algues unicellulaires et filamenteuses. La plupart des espèces microbiennes des sols étudiés reste mal connue de point de vue taxinomique et fonctionnel [26, 27, 28, 29, 30].

Conclusion

Les sols étudiés contiennent une microflore tellurique adaptée aux conditions difficiles du milieu saharien.

Le dénombrement des germes (par la méthode de suspensions-dilutions) montre que les bactéries sont les micro-organismes les plus abondants dans tous les sols étudiés à cause de leur grand pouvoir de multiplication; suivis par les actinomycètes, ensuite les champignons, tandis que les algues sont les moins abondantes. La biomasse et le nombre des micro-organismes varient considérablement d’un sol à un autre; le maximum est enregistré dans les sols de la palmeraie (S5) et de sebkha à végétation (S4V) où les conditions du milieu sont les plus favorables pour le développement des micro-organismes telluriques. Les croûtes biologiques des sols sahariens, restent  mal connues de point de vue composition spécifique et rôles écologiques, ce qui nécessite la multiplication des recherches dans ce domaine.

E04010603

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