INFLUENCE DE QUELQUES SOUCHES BACTERIENNES D’ORIGINE SAHARIENNE SUR L’EXPRESSION DE LA FUSARIOSE DU LIN ET DU PALMIER DATTIERpdf

 LAMARI Lynda1,BOURAS Noureddine1, BOUDJELLA Hadjira1, OULD EL HADJ-KHELIL Aminata2, OULD EL HADJ Mohamed Didi2 et SABAOU Nasserdine1*

(1)Laboratoire de Biologie des Systèmes Microbiens (LBSM), Ecole Normale Supérieure de Kouba, Alger, Algérie

 (2)Laboratoire de protection des écosystèmes en zones arides et semi-arides, Université de Ouargla, 30000 Ouargla, Algérie. E-mail: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Résumé.- L’aptitude à limiter la fusariose du palmier dattier et du lin (pris comme modèle d’étude) par des souches bactériennes a été entreprise. Ces souches proviennent des racines de deux cultivars de palmier dattier, l’un sensible (Aghamu sain ou malade) et l’autre résistant (Takerbucht) à la fusariose. Nous avons constaté que la protection du lin ou du palmier dattier contre la maladie est liée beaucoup plus à la capacité de colonisation des racines qu’à un phénomène d’antibiose. De même, ce sont surtout les souches dominantes dans l’endorhizosphère du cultivar résistant Takerbucht qui se sont montrées les plus performantes. Ces résultats nous orientent sur les stratégies à entreprendre à l’avenir pour sélectionner les meilleures souches protectrices des plantes contre divers agents phytopathogènes.

Mots clés: Bactéries,Fusarium oxysporum, Palmier dattier, Lin, Fusariose.

Influence of some bacterial STRAINS OF SAHARAN originE on the expression of Fusarium WILT OF flax and date palm

Abstract.- The ability to limit the Fusarium wilt in date palm and flax (taken as a model) by bacterial strains was undertaken. These strains were isolated from the roots of two date palm cultivars, one sensitive (Aghamu healthy or sick) and other resistant (Takerbucht) to Fusarium wilt. We found that the protection of flax or date palm against the disease is much more related to the ability to colonize roots than the phenomenon of antibiosis. Similarly, it is mostly the dominant strains in the endorhizosphere of the resistant cultivar Takerbucht that have been most effective. These results guide us on the strategies to be undertaken in the future to select the best strains to protect plants against various pathogens.

Key words: Bacteria, Fusarium oxysporum, Date palm, Flax, Fusariosis.

Introduction

 Les fusarioses des plantes cultivées demeurent des maladies difficiles à combattre. Les études effectuées jusqu’à présent sur la fusariose vasculaire du palmier dattier (Bayoud) n’ont pas abouti à un traitement efficace contre cette grave maladie. Néanmoins, les cultivars résistants constituent des moyens de lutte efficaces contre certaines formes spéciales de Fusarium oxysporum [1,2]. Les Fusarium oxysporum sont des champignons pathogènes qui mènent, tout comme les saprophytes, une vie active dans le sol avant de pénétrer à l’intérieur de la plante hôte par les racines. La gravité des maladies qu’ils occasionnent est fonction d’interactions qui s’exercent non seulement au niveau de la rhizosphère mais aussi dans le sol [2]. Le parasite Fusarium oxysporum f. sp. albedinis, aurait dans le sol le même statut écologique qu’un saprophyte. Il est donc soumis, comme les autres germes telluriques, à un ensemble d’interactions microbiennes qui déterminent sa prolifération ou, au contraire, sa raréfaction [3]. De ce fait, pour entreprendre une lutte biologique contre les maladies des plantes, le choix des microorganismes antagonistes de l’agent pathogène est un critère très important. Les antagonistes doivent être efficaces in situ en présentant une aptitude importante à la compétition ou encore à l’antibiose[4]. Ils doivent en outre persister dans les sols et être capables de coloniser rapidement les racines des plantes [3,5].

Dans ce contexte, et dans le cadre de la lutte contre la fusariose du palmier dattier, nous avons testé l’aptitude de quelques souches bactériennes à limiter la fusariose du lin, pris comme modèle d’étude. Par la suite, deux souches, les plus performantes contre la fusariose du lin, ont été sélectionnées pour réaliser des essais sur les plantules de palmier dattier.

1.- Matériel et méthodes

 1.1.- Isolement des souches bactériennes

 Les souches bactériennes à tester pour leur aptitude à réduire la fusariose du lin, pris comme modèle d’étude, proviennent des sols rhizosphériques et de l’intérieur des racines jeunes ou des pneumatodes des cultivars résistant (Takerbucht) ou sensible (Aghamu sain ou malade). Elles sont isolées à partir des sols par la méthode des suspensions-dilutions [6] sur gélose nutritive additionnée d’un composé antifongique, l’actidione (50 mg/l). A partir des pneumatodes et de l’intérieur des racines jeunes, les souches sont isolées selon la méthode décrite par LAMARI et SABAOU (1993) [7].

1.2.- Les souches de Fusarium

Les souches de Fusarium oxysporum f. sp. albedinis (F.o.a. 66b) et Fusarium oxysporum f. sp. lini (F.o.ln 3-5) proviennent respectivement de la collection de notre laboratoire et de celle de l’INRA de Dijon. Elles sont résistantes au bénomyl (C14H18N4O3) et sont agressives vis-à-vis du palmier dattier et du lin, respectivement. Elles sont conservées sur milieu PDA à 4°C.

1.3.- Le sol

L’aptitude des souches bactériennes à limiter la fusariose du lin et du palmier dattier a été évaluée en utilisant un échantillon de sol prélevé durant le mois de mai dans une parcelle de la palmeraie de Bouda (Adrar), où plusieurs plants de palmier dattier sont atteints par la fusariose. Le sol est bien séché, puis réparti en lots de 500 g avant d’être inoculé par la souche bactérienne puis par l’agent pathogène.

Le sol présente les caractéristiques pédologiques suivantes. Sa texture est homogène et sableuse (plus de 70% de sable). La conductivité électrique à 20% est de 1,02 ms. cm-1 (donc sol non salé) et le calcaire total est de 5,68%. Son pH est légèrement basique (8,6) et sa teneur en matière organique est de 4,22%. Le nombre de microorganismes par gramme de sol sec est le suivant: 6,3 ´ 106 pour les bactéries, 5,1 ´ 105 pour les actinomycètes et 1,7 ´ 103 pour les champignons.

1.4.- Les graines de lin et les plantules de palmier dattier

 1.4.1.- Le lin

 Une variété de lin très sensible à la fusariose (variété "Héra") a été utilisée. Les graines proviennent de l’INRA de Dijon (France).

1.4.2.- Les plantules de palmier dattier

 Les plantules utilisées proviennent de la germination des graines issues d’un même régime (femelle de Deglet Nour × mâle indéterminé) récoltées dans une palmeraie de la localité de Touggourt situé dans la région de Ouargla (Algérie).

Les graines sont mises dans de l’eau chaude (80°C, 15 min), puis grattées pour éliminer les fibres superficielles. Elles sont désinfectées (20 min) dans une solution d’hypochlorite de sodium, rincées à l’eau stérile puis mises à germer à l’obscurité dans de la vermiculite stérilisée et humidifiée, contenue dans des bacs. Ceux-ci sont incubés à 35-38°C dans un endroit sec.

Après 15 à 20 jours, les graines sont transférées dans d’autres bacs contenant de la vermiculite puis sont placées à la lumière et arrosées quotidiennement.

1.5.- Antagonisme in vitro

 L’activité antibiotique des bactéries contre les champignons F. o. albedinis, F. o. lini a été mise en évidence par la méthode des stries croisées [8] sur gélose nutritive.

 1.6.- Préparation des inocula bactériens et fongiques

 Des colonies bactériennes croissant sur gélose nutritive ou King B et âgées de 48 h, sont recueillies et mises en suspension dans de l’eau distillée stérile. Les cellules subissent trois lavages successifs par centrifugation avant d’être recueillies dans de l’eau stérile.

Les spores de F. o. lini et de F. o. albedinis proviennent de cultures âgées de 10 jours et poussant sur extrait de malt gélosé (10% w/v). Elles sont récupérées par filtration pour éliminer les fragments mycéliens. La suspension obtenue est constituée surtout de microconidies (90%).

La concentration des suspensions bactériennes (2 ´ 105 cellules/ml) et fongiques (2 ´ 105 propagules/ml) a été ajustée à l’aide de l’hématimètre de Malassez.

1.7.- Expérimentation sur le lin

La technique utilisée [9] consiste tout d’abord à introduire les germes antagonistes un certain temps avant l’agent pathogène, de manière à leur permettre de coloniser les microhabitats et à bien s’établir dans le sol. Le champignon est ensuite inoculé et les graines de lin sont alors semées. La croissance des plantules et le nombre de plants malades sont notés chaque semaine.

Chaque lot de sol sec (lot de 500 g) est inoculé avec une suspension bactérienne de 108 germes par gramme de sol sec (gss), puis mis à une température ambiante pendant huit jours.

Le F. o. lini est par la suite inoculé dans le sol à raison de 2 ´ 105 propagules/gss. L’humidité est ajustée à 15%. La terre, bien homogénéisée, est répartie dans 5 pots (110 g/pot). Les graines de lin sont semées le même jour de l’inoculation du F. o. lini. Les pots sont placés à l’abri de la lumière pendant trois jours à 15°C (pour favoriser la germination). Douze plantules par pot sont obtenues, soit au total, 60 plantules par essai.

Un témoin, avec F. o. lini mais sans agents antagonistes, est réalisé. Les conditions de cultures sont les suivantes: éclairage de 10 000 lux (16 h sur 24 h), température de 25°C pendant 12 h et 20°C pendant les 12 autres heures, arrosage quotidien des plantules avec de l’eau distillée.

Les symptômes de la maladie (jaunissement et flétrissement progressif des feuilles sur un côté puis sur l’autre), apparaissent après 20 jours [5,10]. Chaque semaine le nombre de plants malades est noté. Les tiges des plantules flétries sont nettoyées superficiellement à l’alcool, rincées à l’eau stérile, découpées en fragments de 1 cm puis placées sur milieu malt gélosé (10 g/l de malt et 15 g/l d’agar) additionné de streptomycine et de bénomyl (5 mg/l). Le développement du F.o.lini permet de confirmer la maladie. 

1.8.- Expérimentation sur le palmier dattier

La conduite des essais est la même que pour le lin. Cependant, en raison des difficultés à obtenir des plantules de palmier dattier et la durée très longue de l’expérimentation, deux souches bactériennes seulement sont testées: la souche n° 1 de Bacillus firmus et la souche n° X7 de Pseudomonas fluorescens.

Le sol, bien séché, est réparti en lots de 1 Kg. Chaque souche bactérienne est ensemencée (2 × 108 germes/gss) huit jours avant le F. o. albedinis (1,2 × 106 spores/gss). La dose de cet inoculum est supérieure à celle utilisée pour le lin car l’expérience dure plus longtemps et la densité de l’agent pathogène diminue sensiblement avant même l’expression de la maladie [10].

Pour chaque essai, 54 plantules de palmier dattier âgées de trois mois (stade 2 feuilles) sont utilisées à raison de 9 par pot de 1 kg et 6 répétitions. Un témoin, sans souche bactérienne mais avec F. o. albedinis, est réalisé dans les mêmes conditions.

Un jaunissement unilatéral des feuilles avec brunissement des vaisseaux sont les symptômes de la fusariose. La maladie des plantules est confirmée de la même manière que pour le lin.

2.- Résultats

2.1.- Sélection des souches bactériennes

Au total, 14 souches de bactéries sont sélectionnées dans cette étude. Cinq d’entre elles appartiennent au genre Bacillus, une au genre Brevibacillus, trois au genre Pseudomonas (fluorescents), trois au genre Burkholderia, et deux à des bactéries corynéformes. Les résultats sont illustrés par le Tableau I.

Tableau I.- Les espèces bactériennes testées contre la fusariose du lin et du palmier dattier : croissance, origine, dominance et activités antifongiques

Souche n°

Genre et espèce

Croissance sur GN

Isolement

Présence dans:

Action contre F. o. albedinis

Action contre F. o. lini

1

Bacillus firmus

+++

TK (ER)

TK (ER) (+++)

16

B. megaterium

+++

TK (ER)

TK (ER),

TK (RJ) et AS (++)

200

B. circulans

+

AM (ER)

AM (ER), AM (Pn), AM (RJ) (++)

11

B. subtilis

++

TK (RJ)

T, TK (RJ ) et AS  (RJ) (±)

+++

+++

34

B. cereus

+++

TK (RJ)

T et TK (RJ (±)

215

Brevibacillus

brevis

+

AM (Pn)

T et TK (RJ ) (±)

71

Burkholderia caryophylli

+++

AS (RJ)

AS (RJ),

AM (RJ) (++)

80

Bu. gladioli

+++

TK (Pn)

T, AM (Pn),

AS (Pn) (++)

39

Bu. cepacia

+++

TK (RJ)

TK (RJ) (++)

X7

Pseudomonasfluorescens

+++

TK (ER)

TK (RJ),

TK (Pn) (±)

++

++

47

P. fluorescens

+++

TK (Pn)

ER (AS, AM) et Pn (AS, AM, TK) (++)

41

P. fluorescens

+++

TK (Pn)

TK (Pn) (++)

305

Bactérie à Gram + corynéforme

+++

TK (RJ)

Sol témoin

TK (RJ) (++)

T (+)

23

Arthrobacter sp.

+

TK (RJ)

TK (RJ) (++)

 Note: B.: Bacillus; Br.: Brevibacillus; Bu.: Burkholderia; P.: Pseudomonas; TK: Takerbucht; AS: Aghamu sain; AM: Aghamu malade; T.: sol non rhizosphérique; RJ: sol rhizosphérique (racines jeunes); ER: endorhizosphère; Pn: pneumatodes; GN: gélose nutritive.

Croissance sur milieu GN: +++, très bonne; +, faible.

Présence: +++, représente plus de 60% du total de la microflore; ++, entre 20 et 60% du total; +, entre 5 et 20% du total; +/–, entre 2 et 5% du total. La dominance des espèces a été appréciée en observant des colonies identiques entre elles (pour chaque espèce) croissant sur milieu GN.

Activité contre F. o. albedinis et F. o. lini: +++, très forte action ; ++, action moyenne; –, pas d’action.

Les souches ont été choisies surtout selon leur dominance au niveau des racines des cultivars Takerbucht (TK), Aghamu sain (AS) ou Aghamu malade (AM). Cependant, certaines ont été sélectionnées uniquement grâce à leur forte action antifongique (ex. B. subtilis) ou encore parce qu’elles appartiennent à des genres ou des groupes souvent utilisés dans la lutte biologique (ex. Arthrobacter, bactérie corynéforme).

2.2.- Antagonisme in vitro

Le nombre de bactéries présentant une action antifongique (stries croisées) contre F. o. albedinis et F. o. lini est relativement faible. En effet, parmi les 14 souches bactériennes testées, seules celles appartenant aux espèces Bacillus subtilis n° 11 et Pseudomonas fluorescens X7 présentent une forte activité. Les isolats ressemblant à ces deux souches sont retrouvés en très faible quantité au niveau du sol non rhizosphérique et au niveau de la rhizosphère des cultivars Aghamu et Takerbucht pour la première espèce et dans l’endorhizosphère et les pneumatodes de Takerbucht pour la seconde espèce (tab. I).

2.3.- Influence des bactéries sur l’expression de la fusariose du lin

Dans ce cas, dans un but comparatif, les souches bactériennes utilisées appartiennent aussi bien à des espèces dominantes dans les racines qu’à des espèces peu fréquentes ou même rares et pouvant présenter ou non une activité antibiotique contre F. o. lini.

Parmi les six souches de l’ordre des Bacillales testées, deux d’entre elles, Bacillus firmus (n° 1) et B. megaterium (n° 16), se sont montrées très efficaces. Elles font baisser le taux de plants malades de 67% par rapport au témoin. Par contre les souches n° 11 de B. subtilis, n° 34 de B. cereus et n° 215 de Brevibacillus brevis réduisent faiblement la maladie, de 22, 20 et de 18% respectivement.

La souche n° 200 de B. circulans s’est montrée non seulement inefficace mais a tendance à aggraver la maladie de 13,3% par rapport au témoin (fig. 1 et 5).

6f1

Figure 1.-Influence de cinq souches de Bacillus (B.) et d’une souche de Brevibacillus (Br. sur l’évolution de la mortalité du lin.Nombre de répétitions: 5×12 plantes).

Les souches de Pseudomonas et de Brevibacillus se sont montrées beaucoup moins intéressantes que celles de Bacillus. La meilleure d’entre elles est X7 (P. fluorescens). Elle fait baisser le taux de maladie de 42% par rapport au témoin.

La souche n° 80 de Bu. gladioli est peu efficace (27% de moins que le témoin). L’aptitude à protéger le lin est pratiquement nulle avec les autres souches, telles que P. fluorescens n° 47, P. fluorescens n° 41, Bu. cepacia n° 39 et Bu. Caryophyllin° 71. Cette dernière espèce a même tendance à aggraver la maladie: 8% de plants malades de plus par rapport au témoin (fig. 2, 3 et 5)

6f2

Figure 2.- Influence de trois souches de Burkholderia (Bu. sur l’évolution de la mortalité du lin. Nombre de répétitions: 5×12 plantes).

6f3

Figure 3.-Influence de trois souches de Pseudomonas fluorescents sur l’évolution de la mortalité du lin. Nombre de répétitions: 5×12 plantes.

Parmi les bactéries corynéformes, la souche n° 305 s’est révélée être la plus efficace de toutes les souches bactériennes étudiées. Elle fait baisser le taux de maladie de 77% par rapport au témoin. Des résultats négatifs sont obtenus avec la souche d’Arthrobacter sp. n° 23 qui s’est montrée totalement inapte à protéger le lin (fig. 4, 5).

6f4

Figure 4.- Influence d’une souche d’Arthrobacter et d’une souche bactérienne corynéforme sur l’évolution de la mortalité du lin. Nombre de répétitions: 5×12 plantes.

6f5

Figure 5.-Aptitude des 14 souches bactériennes à limiter la fusariose du lin.

(T): témoin avec F. o. l. et sans bactéries.

Bacillus: B. circulans (200), B. cereus (34), B. subtilis (11), B. megaterium (16)

et B. firmus (1).

Brevibacillus: Br. brevis (215).

Burkholderia: Bu. caryophylli (71), Bu. cepacia (39) et Bu. gladioli (80).

Pseudomonas fluorescents: P. fluorescens (X7, 47 et 41).

Corynéformes: Arthrobacter sp. (23) et bactérie corynéforme (305).

2.4. - Influence des bactéries sur l’expression de la fusariose du palmier dattier

L’expérience sur le palmier dattier a été réalisée avec deux souches de bactéries ayant donné de bons résultats sur le lin: Bacillus firmus n° 1 et Pseudomonas fluorescens n° X7. La première est dominante dans la rhizosphère de Takerbucht et a donné de très bons résultats sur le lin, bien qu’elle n’inhibe pas les deux agents pathogènes. La seconde est rarement retrouvée au niveau de la rhizosphère, mais a donné des résultats appréciables sur le lin, tout en étant active contres les deux agents pathogènes.

La souche de B. firmus n° 1 s’est avérée plus efficace que celle de P. fluorescens X7. Les pourcentages de plants malades sont de 3,7% pour la première et 16,7% pour la seconde contre 31,7% pour le témoin (fig. 6).

6f6

Figure 6.-Influencedes souches bactériennes X7 et n° 1 sur l’évolution de la mortalité des plantules de palmier dattier. Nombre de répétitions: 6 × 9 plantes.

3.- Discussion

Diverses approches sont considérées pour lutter contre la fusariose du palmier dattier. La lutte chimique par l’utilisation des fongicides à action systémique, est une méthode écartée car ces produits sont peu stables dans le sol et risquent de favoriser la sélection des souches résistantes. De plus, il est très difficile d’effectuer une lutte chimique sur un arbre. La lutte génétique, en utilisant des variétés résistantes, représente une méthode efficace pour lutter contre la fusariose vasculaire [11].

En Algérie, de nombreux chercheurs se sont intéressés à la fusariose du palmier dattier [5,7,12,13]. L’approche abordée dans ce travail consiste à rechercher des microorganismes antagonistes du champignon Fusarium, et qui auraient un pouvoir élevé de colonisation des racines.

Le lin constitue un bon modèle pour l’étude des fusarioses [3]. En effet, sa période de végétation est courte (03 mois au maximum). Il constitue également un bon modèle pour l’étude de la fusariose du palmier dattier car des résultats comparables ont été obtenus entre le couple "lin-F. o. lini″ et "plantules de palmier dattier-F.o. albedinis" [5,10].

Dans le présent travail, les résultats montrent que l’efficacité des bactéries à protéger le lin contre la fusariose est variable selon les souches. Sur les 14 souches, quatre seulement ont présenté une grande efficacité: les souches n° 1 (B. firmus), n° 16 (B. megaterium), n° X7 (P. fluorescens) et surtout n° 305 (corynéforme). Les quatre bactéries croient rapidement in vitro sur gélose nutritive mais, à l’exception de X7, aucune ne possède une activité antifongique inhibant le F. o. lini ou le F. o. albedinis. Deux d’entre elles (n° 1 et n° 16) appartiennent à des espèces dominantes dans la rhizosphère et l’intérieur des racines du cultivar résistant Takerbucht. La souche n° 305 n’est pas dominante mais est fréquemment retrouvée aussi bien au niveau du sol non rhizosphérique que de la rhizosphère. Leur aptitude à protéger le lin n’est donc pas liée à la production d’antibiotiques mais il est fort probable que leur croissance rapide et leur pouvoir de colonisation des racines assez élevé, leur permettent d’être compétitives pour les sources de carbone et d’autres composés essentiels et d’occuper ainsi les sites racinaires avant l’agent pathogène, phénomènes évoqués dans les mécanismes expliquant l’efficacité des souches [2,14,15,16]. Des souches de Bacillus, surtout Bacillus subtilis, sont souvent utilisées avec succès dans la lutte biologique [17,18,19].

Dans notre cas, la souche n° 11 de Bacillus subtilis qui a présenté in vitro une action antifongique puissante contre F. o. lini, a montré par contre une faible aptitude à protéger le lin, comparativement aux deux autres souches de Bacillales non productrices d’antibiotiques, B. cereus et Br. brevis. Il faut signaler que B. subtilis est rarement isolée de la rhizosphère du palmier dattier (donc apparemment non adaptée). Ceci montre donc qu’une souche sécrétant in vitro un composé antifongique à très forte action n’est pas forcément intéressante in situ. Tout comme B. subtilis, B. cereus et Br. brevis n’appartiennent pas à des espèces prédominantes dans la rhizosphère, ce qui peut être expliqué par un pouvoir assez faible de colonisation des racines. De plus, B. subtilis (n° 11) et Br. brevis (n° 215) ont une croissance lente à modérée sur gélose nutritive.

Des résultats analogues ont été obtenus par MOUSTIRI (1992) [20] qui a constaté que l’efficacité des souches d’actinomycètes est beaucoup plus liée à leur aptitude à coloniser les racines qu’à leur action inhibitrice (in vitro) envers les champignons pathogènes F. o. albedinis et F. o. lini.

Les souches de Pseudomonas (toutes fluorescentes) n’ont pas donné les résultats attendus. Leur rôle très important, dans la résistance des sols aux maladies et dans la lutte biologique, a été signalé par de nombreux auteurs. L’efficacité de ce groupe a été expliquée par la production de sidérophores, composés chélatant le fer et le rendant indisponible pour les agents pathogènes lesquels sont alors inhibés, ainsi que par des composés antifongiques tels que les phénazines et la pyrrolnitrine [21,22, 23,24].

Dans notre cas, deux souches de P. fluorescens (n° 41 et 47) se sont révélées inefficaces et seule une souche (X7) a montré une efficacité moyenne. Il est à noter que cette dernière, à l’inverse des deux autres, produit un composé antifongique. AMIR (1991) [5] a constaté que 4 souches de Pseudomonas fluorescents ont montré une aptitude faible ou nulle. LEMANCEAU et ALABOUVETTE (1991) [25] ont constaté que sur 74 isolats de Pseudomonas fluorescents, seuls 21% se sont montrés efficaces dans la lutte contre la fusariose de quelques plantes, ce qui montre donc la variabilité que l’on peut avoir selon les souches sélectionnées.

Cependant, dans le cas de notre étude, les souches de Pseudomonas ne se sont pas montrées meilleures que les souches de Burkholderia telles que Bu. gladioli et Bu. cepacia ou encore par rapport à certaines espèces de Bacillus et d’Arthrobacter.

Deux souches de B. circulans (n° 200) et Bu. caryophylli (n° 71) ont même tendance à aggraver légèrement la maladie. Un cas analogue a été noté par VANCURA et STANEK (1976) [26] qui ont constaté qu’une souche fluorescente de P. putida aggrave la fusariose du haricot. Ces auteurs attribuent ce phénomène à la production de vitamines par la bactérie, qui favoriserait le champignon.

La souche n° 1 de B. firmus et n° X7 de P. fluorescens, testées sur des plantules de palmier dattier, ont donné des résultats intéressants (surtout pour la souche n° 1) et analogues à ceux obtenus sur le lin. Cette analogie a été constatée par AMIR (1991a, 1991) [5,10] et MOUSTIRI (1992) [20].

Les résultats de ce travail peuvent être utilisés pour renforcer les moyens de lutte contre la fusariose du dattier, et incitent à poursuivre cette étude par la recherche d’autres microorganismes antagonistes, notamment les actinomycètes, en utilisant le modèle ″lin-F. o. lini″.

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