ÉTUDE DES COMPTAGES CELLULAIRES ET DES PERTES QUANTITATIVES EN LAIT DE VACHE À PARTIR pdfDES SCORES LINÉAIRES (TUNISIE)

M’SADAK Y.1, MIGHRI L.2 et  KRAIEM Khemais3

 

1. Enseignant Chercheur, Équipement des Fermes Laitières, Université de Sousse, Institut Supérieur Agronomique de Chott-Mariem, BP 47- CP 4042, Tunisie.

2. Étudiant Chercheur, Agriculture Durable, Université de Sousse, Institut Supérieur Agronomique de Chott-Mariem, BP 47- CP 4042, Tunisie.

3. Enseignant Chercheur, Production Bovine Laitière, Université de Sousse, Institut Supérieur Agronomique de Chott-Mariem, BP 47- CP 4042, Tunisie.

 

 

Résumé : Les mammites représentent un des postes de dépense les plus importants pour les éleveurs bovins laitiers. Elles vont toujours de pair avec une baisse de la production laitière. L’objectif de ce travail est d’estimer, à partir de données recueillies pendant la période d’étude (de janvier 2007 à Mai 2008), les pertes de production en lait liées aux taux cellulaires élevés en faisant appel au calcul des Scores Linéaires (SL) à partir des Comptages Cellulaires Individuels (CCI).  Les variations de la numération cellulaire du lait de vache ont été dépouillées pour 225 vaches laitières réparties chez 23 élevages laitiers hors sol de la région de Mahdia au Centre-Est de la Tunisie tout en ayant recours aux rapports correspondants du contrôle laitier. Il ressort essentiellement de cette étude menée sur les CCI que la moyenne arithmétique des CCI est de 560 000 ± 538 000 cell. /ml et que 69% des vaches suivies ont des CCI moyens > 200 000 cell. /ml, seuil européen au-delà duquel une mamelle est considérée infectée. Les primipares présentent une numération cellulaire plus faible que les multipares durant toute la lactation. Le pourcentage des vaches ayant une probabilité réelle de mammites cliniques correspondant à un SL > 7 est respectivement de 51% de l’ensemble des vaches considérées, de 42% des primipares et de 55% des multipares. 

Les pertes quantitatives moyennes en lait, dues aux taux cellulaires individuels élevés, estimées à l’aide d’un modèle statistique simple, sont de l’ordre de 6 l/j par vache. Les pertes totales en production de lait chez toutes les primipares contrôlées sont estimées à 891 l/j, ces pertes sont nettement inférieures à celles estimées pour toutes les multipares 3771 l/j. Pour l’ensemble de 225 vaches considérées et sur les 783 comptages relevés, les pertes en lait s’élèvent à 4662 l/j.

Mots clés : Comptage cellulaire, lait individuel, pertes en lait, score linéaire, élevage bovin hors sol.

STUDY OF CELL COUNTS AND OF QUANTITATIVE LOSSES IN MILK COW BASED ON OF LINEAR NOTES (TUNISIA)

Abstract: Mastitis is one of the most important positions for dairy cattle breeders. They always go with a drop in milk production. The objective of this work is to estimate, from data collected during the study period (January 2007-May 2008), losses in milk production associated with elevated cellular levels using the calculation of linear scores from individual cell counts. Changes in somatic cell count milk cows have been skinned for 225 dairy cows distributed in 23 dairy farms out of the ground area of Mahdia Center-East of Tunisia, while basing their reports to the control milk. It basically shows that study of the individual cell counts than the arithmetic mean of ITC is 560 000 ± 538 000 cells / ml and that 69% of cows were followed by means of ITC> 200 000 cells / ml, European threshold beyond which a breast is considered infected. Primiparous have a cell count lower than multiparous throughout lactation. The percentage of cows having a real likelihood of clinical mastitis corresponding to a linear score> 7 was respectively 51% of cows treated, 42% of primiparous and 55% multiparous. The average quantity losses in milk, due to high rates individual cell, estimated using a simple statistical model, are about 6 l/d per cow. Total losses in milk production in primiparous controlled all are estimated to 891 l/d, these losses are much lower than those estimated for all multiparous 3771 l/d. For all 225 treated cows and the 783 counts increased, milk losses totaled 4662 l/d.

Keywords: cell count, milk individual, losses in milk, linear score, breeding aboveground.

Introduction

La numération cellulaire somatique du lait individuel de vache constitue un indicateur précieux de l’état sanitaire mammaire. Cette méthode de diagnostic de l’état sanitaire de la mamelle, est maintenant universellement utilisée comme méthode d’évaluation de la qualité sanitaire du lait, reconnue par tous les partenaires de la filière lait et inscrite dans les dispositifs réglementaires nationaux et internationaux [1, 2].

Les cellules somatiques du lait sont en effet particulièrement constituées de globules blancs provenant de la circulation sanguine et dont le nombre augmente considérablement en cas d’infection de la mamelle. C’est le suivi cellulaire mensuel qui permet d’avoir une idée correcte de la dynamique des infections mammaires [3].

L’inflammation de la glande mammaire ou mammite, et spécialement la mammite subclinique, est une pathologie de première importance chez la vache laitière [4]. Le taux de cellules somatiques (TCS) des quartiers infectés est, plus ou moins, fortement accru selon le type de germe, l’animal et l’intensité de l’infection. Une corrélation négative entre la production laitière et le TCS a été démontrée [5].

Compte tenu de l’importance des mammites dans les troupeaux bovins laitiers et de leurs conséquences sur les performances de production des animaux, la qualité du lait et le revenu de l’éleveur [6, 7, 8, 9, 10], il est important de bien connaître la relation existant entre les Comptages Cellulaires Individuels (CCI) et les pertes quantitatives en lait.

Dans cette optique, le présent article se propose d’estimer les pertes de production laitière en se basant sur un modèle statistique individuel simple faisant appel à la détermination du Score Linéaire (SL). Chaque SL est établi en fonction du CCI de la vache relevant du contrôle laitier réalisé sur le territoire du gouvernorat de Mahdia, région littorale semi-aride, considérée comme bassin laitier de la Tunisie.

1. Matériel et méthodes

1.1. Matériel animal

1.1.1. Choix des élevages et conditions de traite correspondantes

Pour réaliser le présent travail, on a choisi 23 élevages bovins laitiers de petite taille au niveau de la région côtière de Mahdia (Centre-Est de la Tunisie). L’effectif des vaches présentes (VP) est compris entre 4 et 17 VP dont en moyenne 10 VP (8 vaches en lactation) par troupeau, toutes de race Frisonne Holstein. Ce choix a été dicté par le fait que ce sont des élevages adhérant au contrôle laitier. Les troupeaux sont entretenus, dans la majorité des cas, en zéro pâturage avec une alimentation à base, principalement, de foin d’avoine et du concentré N°7, d’où, l’appellation élevage bovin laitier hors sol. L’adoption de cette option a été imposée suite aux ressources hydriques insuffisantes quantitativement (conditions semi-arides) et qualitativement (eaux, notamment, saumâtres ou salées) pour produire des fourrages de qualité. Les vaches suivies représentent 33% en 1ère lactation et 25% en 2ème lactation du total des vaches. A cet égard, plus que la moitié des élevages (58%) peut être considérée jeune. La traite des vaches est accomplie bi-quotidiennement, notamment en ayant recours à une machine à traire en pot (traite mécanique chez 21 troupeaux contre deux troupeaux faisant encore appel à la traite manuelle).

Les résultats relevés au niveau des suivis hygiénique et technique des chantiers de traite mis en œuvre semblent indiquer que les conditions d’hygiène de la traite sont loin d’être révérées dans l’ensemble avec environ la moitié des éleveurs adoptant une traite pouvant être considérée plus ou moins hygiénique. Les mauvaises conditions hygiéniques de traite (lavette collective, sans essuyage des trayons, sans élimination des premiers jets de lait avant la traite, sans désinfection des trayons après la traite, nettoyage incorrect du matériel de traite) pourraient constituer les probables facteurs essentiels de risque des mammites avec également le non respect des paramètres de montage et de fonctionnement des machines à traire utilisées.

1.1.2. Recueil des informations

Le suivi mis en œuvre a touché l’ensemble de 13 éleveurs adhérant au contrôle laitier de type AT6 qui est un contrôle réalisé par un Technicien de l’Office d’Elevage et des Pâturages (OEP) toutes les 6 semaines avec 10 éleveurs choisis au hasard parmi les 50 éleveurs adhérant au contrôle laitier de type B4 qui un contrôle effectué par l’éleveur lui-même toutes les 4 semaines.

Les CCI ont été collectés à partir de la base de données de l’OEP relatives au contrôle laitier. Le dépouillement a concerné les rapports appartenant à l’intervalle (Janvier 2007- Mai 2008).

Signalons que le travail accompli à ce niveau n’a pas été limité au dépouillement des données cellulaires. En effet, pour mieux cerner le contrôle laitier (échantillonnage, …), certains déplacements ont eu lieu au moment de cette opération nationale, à titre d’initiation technique (observations, manipulations, …).

1.1.3. Prélèvement des échantillons individuels de lait

Les échantillons individuels de lait ont été prélevés directement après la traite du matin ou de l’après midi en alternance, tout en subissant une homogénéisation du lait et un refroidissement à 4°C. Un gobelet en acier inoxydable alimentaire muni d'une longue tige a été utilisé pour cette opération. Ainsi, chaque fois, 20 ml de lait sont prélevés, versés dans un petit flacon contenant du bichromate de potassium (jouant le rôle de conservateur), placé dans une glacière et acheminé vers le laboratoire du service de contrôle laitier du Centre d'Amélioration Génétique de Sidi Thabet, Tunisie.

Ces prélèvements laitiers individuels sont dupliqués toutes les 6 semaines pour le contrôle de type AT6 (réalisé par le Technicien de l’OEP) et toutes les 4 semaines pour le contrôle

de type B4 (effectué par l’éleveur adhérent).

1.1.4. Analyse des échantillons individuels de lait

Les analyses des échantillons du lait individuel, ont été exécutées à l'aide d’un compteur cellulaire de type Fossomatic 4000 donnant notamment des résultats d’analyse desTaux de Matière Grasse (MG), de Matière Protéique (MP) et des Cellules Somatiques (CS).

1.1.5. Dépouillement des résultats d’analyse du lait

D’après les fichiers de contrôle laitier, on peut relever les moyennes de la production des vaches: production par vache présente et par vache en lactation ainsi que la moyenne de production par troupeau.

Les résultats du CCI dans le cadre du contrôle laitier ont été exploités et analysés d’une façon relativement approfondie, en se basant essentiellement sur des moyennes arithmétiques et sur les règles d’évaluation sanitaire mammaire énoncées par Noireterre [11].

1.2. Méthodes

Depuis 1982, le NDHIPPB (National Dairy Herd Improvement Program Policy Board : USA) a adopté une méthode linéaire de calcul des pertes imputables aux mammites en fonction des résultats du CCI [12, 13].

Ce calcul fait partie intégrante du Système Européen "Bilan Cellules" développé pour faciliter l'interprétation des CCI au niveau du troupeau et sensibiliser indirectement les éleveurs et les vétérinaires au problème des infections mammaires.

Le modèle statistique adopté pour le calcul du Score Linéaire (SL) est [12, 13]:

SL = 3,322 x Ln (CCI/12,5)

Un système de conversion du taux cellulaire en SL a été défini en ayant recours à une échelle logarithmique [12, 13]. A cet égard, on peut dire que le SL correspond à une transformation mathématique du taux cellulaire de la vache et représente une échelle linéaire s’étalant de 0 à 9 et sur laquelle chaque pas d’une unité indique un doublement du taux cellulaire [13].

2. Résultats et discussion

La base de cette étude est le dépouillement des fiches de contrôle laitier pour 23 élevages comportant en moyenne 225 vaches laitières en lactation pendant une période de 17 mois correspondant à seulement 783 échantillons de lait analysés. Ce nombre limité des résultats d’analyse (CCI) revient à plusieurs difficultés dans la collecte, la conservation et l’analyse cellulaire des échantillons du lait.

2.1. Comptage Cellulaire Individuel

2.1.1. Distribution générale des numérations cellulaires

Tableau 1 : Répartition  générale des vaches selon le CCI moyen (x1000 cell./ml)

CCI

% Élevages

Inférieur à 200 cell./ml

31

Entre 200 et 500 cell./ml

28

Entre 500 et 1.000 cell./ml

26

Supérieur à 1.000 cell./ml

15

D’après les résultats obtenus (Tableau 1), on remarque que 31% des taux cellulaires ont été inférieurs à 200 000 cell. /ml et 15% ont été supérieurs à 1 000 000 cell. /ml. Ces valeurs trouvées montrent respectivement que le comptage cellulaire enregistré est satisfaisant dans environ 1/3 des cas suivis et qu’il est loin des objectifs visés dans environ 1/7 de l’échantillon considéré. Malgré que ces valeurs soient relativement acceptables, elles ne reflètent pas la situation réellement existante dans les élevages bovins laitiers, surtout les élevages hors sol. En effet, il s’agit d’un échantillon des éleveurs soutenus par l’OEP et assistés techniquement.

Les numérations cellulaires individuelles, sur l’échantillon et pendant la période de suivi,  relatées précédemment, ont varié de 7 000 à 22 996 000 cell. /ml avec une moyenne arithmétique de 560 000 ± 538 cell. /ml (Tableau 2).

Tableau 2 : Variation des CCI (x1000 cell./ml) selon le type de contrôle laitier

Contrôle laitier

Minimum

Maximum

Moyenne

Ecart-type

Coef. de variation (%)

Type AT6

7

1947

482

417

86

Type B4

79

22996

769

744

97

Moyenne

7

22996

560

538

96

Cette moyenne cellulaire individuelle peut apparaître élevée par rapport à l’objectif actuel de certains pays européens visant un taux inférieur à 200 000 cell. /ml [13], elle pourrait s’expliquer par un niveau d’infection élevé (mammites cliniques et subcliniques) chez les vaches considérées, dont une part importante revient surtout aux conditions technologiques, techniques et hygiéniques de la traite des vaches.

En outre, l’intervalle de variation est trop important (Tableau 2). De même, les coefficients de variation des CCI relevés sont trop élevés, quelque soit le type de contrôle laitier, en raison des valeurs des écarts-types également élevées. Ces dernières doivent être appréciées avec prudence du fait de la non normalité de la distribution des comptages cellulaires.

2.1.2. Effet de l’adhésion des éleveurs sur le taux cellulaire

Selon les résultats acquis (Tableau 2), il existe une différence remarquable du taux cellulaire moyen des élevages entre les deux types du contrôle laitier effectués.

Pour les élevages adhérant au contrôle AT6, les numérations cellulaires individuelles varient au sein d’une marge allant de 7 000 cell. /ml à 1 947 000 cell. /ml avec une moyenne arithmétique de 482 000 ± 417 000 cell. /ml. Par contre ; chez les élevages adhérant au contrôle B4, les numérations cellulaires sont de loin supérieures, elles varient de 79 000 cell. /ml à 22 996 000 cell. /ml, avec une moyenne arithmétique de 769 000 ± 744 000 cell. /ml.

La réduction de la moyenne des cellules somatiques individuelles chez les éleveurs adhérant au contrôle AT6 (par rapport à celle enregistrée chez les éleveurs du contrôle B4) est due principalement à un suivi hygiénique et technique des conditions d’élevage plus rigoureux avec le contrôle AT6.

Pour les éleveurs adhérant au contrôle B4, la moyenne des taux cellulaires individuels moyens est assez élevée. Cette anomalie peut être due surtout aux nombreux cas des mammites (cliniques et/ou subcliniques) relevés.

2.1.3. Effet de la taille des troupeaux sur le taux cellulaire

Les résultats relevés (Tableau 3) révèlent qu’avec un effectif des vaches présentes inférieur à 6, la moyenne des taux cellulaires individuels des vaches est la plus dominante, avec 753 000 cell. /ml. Par ailleurs, la classe des éleveurs ayant entre 6 et 10 vaches présentes, montre le taux moyen le moins élevé : 483 000 cell. /ml.

La taille du troupeau a généralement une influence sur la maîtrise des conditions d’hygiène dans l’élevage. Avec un nombre élevé des vaches (moyens et grands troupeaux), la prévention contre les infections, surtout mammaires, devient plus difficile. Toutefois, dans cette étude, la situation s’inverse ; il s’agit d’un groupe de petits troupeaux et, avec des effectifs faibles, et la moyenne de la numération cellulaire est la plus grande (Tableau 3). Ceci pourrait être expliqué par le fait qu’avec des effectifs faibles (<6 vaches présentes), les élevages sont généralement des troupeaux à l’échelle familiale, où le contrôle des conditions d’hygiène est assez souvent négligé. 

Tableau 3 : Variation des CCI moyens (x1000 cell./ml) en fonction de la taille du troupeau

Nombre de vaches

Inférieur à 6

De 6 à 10

De 11 à 15

Supérieur à 15

Moyenne (cell. /ml)

753

483

513

556

2.1.4. Effet des facteurs physiologiques sur le taux cellulaire

2.1.4.1. Evolution du taux cellulaire et de la production laitière au cours de la lactation

Dans ce travail, on a considéré que la moyenne de la lactation d’une vache est estimée sur 8 contrôles laitiers (moyenne de 5 semaines entre 2 contrôles).

La figure 1 illustre l’évolution de la numération cellulaire (moyenne arithmétique) et de la production laitière au cours de la lactation (Contrôles de Q1 à Q8) chez un effectif moyen de 225 vaches considérées.

En moyenne, la numération cellulaire, au cours de la lactation, a évolué de façon inverse à la production laitière. Elle a été minimale au cours du deuxième mois de lactation et maximale en fin de lactation. On remarque que les comptages des cellules somatiques individuels (tous numéros de lactation confondus) sont élevés immédiatement après le vêlage, puis le taux cellulaire diminue jusqu’à atteindre son minimum avec le pic de production laitière de la vache, environ au deuxième contrôle laitier (Q2), puis, il régénère son augmentation pour atteindre le maximum quelques jours avant le tarissement de la vache.

B04020701

Tableau 4 : Variation des CCI (x1000 cell./ml) selon le numéro et le stade de lactation

 

<100 j

100-200 j

>200 j

Lactation 1

260

311

498

Lactation 2

407

442

523

Lactation 3

412

479

582

Lactation 4

622

609

687

Lactation 5

737

732

780

Lactation 6

789

801

901

Pour la variation des cellules somatiques en fonction du stade physiologique de la vache, les vaches primipares ont présenté des numérations moins élevées que les multipares pour les trois périodes de lactation étudiées (Tableau 4).

En effet, les primipares sont le plus souvent indemnes d'infections mammaires. L'augmentation de leur taux cellulaire reflètera donc directement un processus de contamination à partir des multipares via la technique ou l'installation de traite [7].

La plus petite numération cellulaire est relevée chez les vaches primipares, au début de la lactation (260 000 cell. /ml). Par contre, la numération cellulaire la plus culminante est notée chez les vaches ayant 6 lactations ou plus (901 000 cell. /ml).

Les comptages chez les vaches en fin de lactation sont plus élevés (Tableau 4), mais cette situation pourrait être imputable à des cas plus nombreux d'infections subcliniques à la fin de cette période. Donc, cette période nécessite plus d’attention pour soutenir la vache pendant la période sèche et la prochaine lactation.

Deux périodes critiques (début et fin) dans la lactation de la vache nécessitent une interprétation avec prudence des augmentations des cellules somatiques normales avant d’y discerner une preuve évidente de mammites [11].

Le comptage des cellules somatiques est un déterminant important de la qualité du lait. De plus, cet indice est aussi un reflet (quoiqu’imprécis) du nombre d’infections chroniques et contagieuses d’un troupeau [14].

2.2. Estimation des pertes en lait liées à des numérations cellulaires individuelles élevées

2.2.1. Considérations générales

Il existe plusieurs modèles statistiques pour l’estimation des pertes en production laitière dues à des numérations cellulaires élevées, et chaque modèle donne un résultat différent. En outre, il existe une difficulté de comparer les résultats obtenus puisque les matériels et les méthodes utilisés ne sont pas les mêmes [15].

D’une façon générale, on peut distinguer deux grands types de modèles d’estimation; les modèles de troupeaux  permettant l’estimation des pertes en lait à partir des taux cellulaires de lait de mélange de toutes les vaches du troupeau [16, 18] et les modèles individuels qui utilisent la numération cellulaire individuelle de chaque vache [11, 12, 15].

Les modèles de troupeaux sont plus simples et plus globaux, mais moins précis. En contrepartie, les modèles individuels sont doués d’une grande précision puisqu’ils permettent de corriger les pertes en fonction des paramètres individuels de variation [16].

Dans cette étude, pour la détermination des scores linéaires, on a utilisé le modèle individuel à base logarithmique, indiqué précédemment.

Tableau 5 : Relation entre les SL et les pertes en lait

SL

Nb Échantillons

Pertes totales (l/j)

Primipares

Multipares

Nb Échantillons

Pertes

Nb Échantillons

Pertes

0

10    (1)

3      (1)

-

7       (2)

-

1

24    (3)

15    (5)

-

10     (3)

-

2

34    (4)

15    (5)

-

19     (4)

-

3

58    (7)

27    (10)

20

31     (6)

46

4

68    (9)

32    (11)

48

36     (7)

108

5

52    (7)

16    (6)

36

36     (7)

162

6

68    (9)

29    (10,5)

87

39     (8)

234

7

69    (9)

27    (9,5)

101

41     (8)

307

8

51    (6)

21    (7)

90

31     (5)

279

9

349  (45)

97    (35)

509

251  (50)

2635

Total

783  (100)

282  (100)

891

501  (100)

3771

(Pourcentage par rapport au nombre total des échantillons par catégories : primipares ou multipares, indiqué entre parenthèses)

2.2.2. Évolution générale des pertes en lait

La moyenne des taux cellulaires individuels ne résume pas la santé mammaire globale du cheptel bovin laitier considéré. Il convient de faire appel aux scores linéaires plutôt qu’à cette moyenne. En effet, pour deux troupeaux de même effectif avec un taux cellulaire moyen identique, le SL pourrait mettre en évidence une différence sanitaire globale (SL différent) qui n’apparaît pas avec le TC moyen. Signalons que plus le SL est bas, moins il est probable que des infections mammaires soient présentes [15].

Sur l’ensemble des données disponibles (n=783), la baisse laitière estimée est de l’ordre de 6 l/j pendant la période d’étude (17 mois), pour les 225 vaches considérées en moyenne.

Les pertes totales en lait chez les primipares sont estimées à 891 l/j. Ces pertes sont nettement inférieures à celles estimées pour les multipares 3771 l/j (Tableau 5).

2.2.3. Évolution des pertes en lait selon l’adhésion des éleveurs

Malgré la différence notable des taux cellulaires individuels entre les élevages adhérant aux contrôles laitiers AT6 ou B4, la variation des pertes en lait en fonction du type de contrôle laitier adhéré par les éleveurs n’est pas tout à fait maîtrisée. En effet, le nombre considéré des contrôles B4 est faible (82 sur 783 analyses de lait, soit environ 10%), et par la suite, les quantités perdues de lait, estimées en relation avec l’élévation des numérations cellulaires, pour les vaches en question sont inférieures à celles des vaches contrôlées AT6 (Tableau 6).

On constate aussi d’après les résultats obtenus (Tableau 6) que le pourcentage des vaches ayant un SL égal à 0 (autrement dit, vaches saines) est plus faible pour les élevages adhérant au contrôle laitier B4. D’où, une probabilité élevée des mammites cliniques ou subcliniques au sein des troupeaux correspondants.

Tableau 6 : Relation entre les SL et les pertes en lait selon l’adhésion des éleveurs

SL

Primipares

Multipares

AT6

B4

AT6

B4

Nb Vaches

Pertes (l/j)

Nb Vaches

Pertes (l/j)

Nb Vaches

Pertes (l/j)

Nb Vaches

Pertes (l/j)

0

3  (1)

-

0

-

5  (1)

-

2  (3)

-

1

12  (5)

-

2  (13)

-

9  (2)

-

1  (2)

-

2

12  (5)

-

3  (20)

-

13  (3)

-

6  (8)

-

3

24  (9)

18

3  (20)

2

28  (6)

42

3  (5)

4

4

32 (12)

48

0

-

33  (8)

99

3  (5)

9

5

15  (6)

33

1  (7)

2

34  (8)

153

2  (3)

9

6

29  (11)

87

0

-

34  (8)

204

5  (7)

30

7

26  (10)

97

1  (7)

4

40  (9)

300

1  (2)

7

8

20  (7)

90

0

-

29  (7)

261

2  (3)

18

9

92  (34)

483

5 (33)

26

210 (48)

2.205

41 (62)

430

Total

265 (100)

856

15 (100)

34

435 (100)

3.264

66 (100)

507

(Pourcentage par rapport au nombre total des échantillons par catégories : primipares ou multipares, indiqué entre parenthèses)

2.2.4. Évolution des pertes en lait selon les facteurs de lactation des vaches

Les pertes en lait conséquentes des numérations cellulaires élevées sont inférieures chez les vaches primipares comme on l’a indiqué précédemment. Il en est de même pour les quantités de lait perdues chez les vaches primipares en comparaison avec les multipares. Aussi, il existe une différence entre les trois stades de lactation étudiés (Tableau 7).

Les pertes en lait, conséquentes à des CCI élevés, peuvent être généralement influencées par le nombre de vaches en lactation au sein des troupeaux suivis. Plusieurs facteurs en sont responsables : La réforme, l’entrée, la sortie, la disparition, 

Tableau 7 : Relation entre les SL et les pertes en lait selon les facteurs de lactation

SL

Pertes totales (l/j)

Primipares

Multipares

<100 j

100-200 j

>200 j

<100 j

100-200 j

>200 j

0

-

-

-

-

-

-

1

-

-

-

-

-

-

2

-

-

-

-

-

-

3

10

7

2

22

19

3

4

13

18

16

45

54

9

5

2

11

4

49

94

18

6

30

33

24

102

90

42

7

33

18

45

120

142

45

8

4

27

40

108

117

54

9

131

215

162

798

1186

651

Total

223

329

293

1244

1702

82

Conclsion

Cette étude, faisant suite à une série des travaux entrepris sur l’évaluation de la situation sanitaire mammaire des troupeaux bovins laitiers hors sol en relation avec les conditions de traite, a permis de dégager des résultats relativement importants concernant les numérations cellulaires et les pertes en lait liées à des taux cellulaires élevés.

La moyenne des comptages cellulaires individuels calculée est de 560 000 cell. /ml associée avec un écart-type de 538 000 cell. /ml, ce qui se traduit par une forte hétérogénéité de la qualité du lait produit pour l’échantillon étudié des vaches. En moyenne, il s’agit d’un lait de qualité cellulaire loin du seuil européen exigé [19]. A cet égard, l’établissement futur d’un seuil pour le paiement du lait à la qualité applicable dans les conditions tunisiennes devrait considérer une telle situation.

Les valeurs relevées des comptages cellulaires individuels sont plus élevées chez les élevages adhérant au contrôle laitier du type B4 et chez les éleveurs ayant un nombre des vaches présentes inférieur à 6 vaches. En conséquence, il s’agit particulièrement des nombreux cas des mammites cliniques ou subcliniques dans les deux cas, et le problème pourrait être expliqué également par un manque d’hygiène, surtout au niveau des conditions de traite des vaches. Ces dernières ne sont maîtrisées que partiellement par les éleveurs sur tous les plans (technologique, technique et hygiénique) et nécessitent plus d’assistance technique et de vulgarisation ciblée pour dresser la situation actuelle, surtout des équipements et des chantiers de traite mis en œuvre.

Le modèle statistique individuel adopté dans cette étude est difficile à appliquer à l’échelle du troupeau. Quoique, il s’est révélé crédible pour l’appréciation des pertes quantitatives laitières entre primipares et multipares. Un tel modèle ne montre son efficacité qu’à l’échelle individuelle, en se basant sur le calcul des pertes en lait pour chaque vache, ou parfois pour la comparaison de deux troupeaux ayant le même effectif et le même taux cellulaire moyen [15].

Remerciements

Ce travail réalisé en Tunisie dans le cadre d’une Action de Recherche IRESA-GIVLAIT, n’a été possible que grâce à la contribution de la Direction Régionale de l’OEP de Mahdia.

Références bibliographiques

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[14.- Carrier J., Dufour S., 2009. Situation québécoise en santé du pis et qualité du lait. Cahier des conférences 33e Symposium sur les bovins laitiers, Centre de Référence en Agriculture et Agroalimentaire du Québec, octobre 2009, 22 p. www.agrireseau.qc.ca/bovinslaitiers/documents/CARRIER_J.pdf

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