CARACTERISATION PHENOTYPIQUE D’HYBRIDES D’OLIVIER (Olea europaea. L) ISSUS DE LA VARIETE LOCALE « CHEMLALI SFAX »pdf

 

GUELLAOUI I. 1, BEN AMAR  F2., BOUBAKER  M3et YENGUI  A4

1.       Univérsité de Sousse, Institut Supérieur Agronomique de Chott Mariem, école doctorale, Sousse 4042, Tunisie.

2.       Institut de la recherche et de l’enseignement supérieur agricole, Institut de l’Olivier, laboratoire amélioration et protection des ressources génétiques de l’olivier, Sfax 3001, Tunisie..

  1. Univérsité de Sousse, Institut Supérieur Agronomique de Chott Mariem, département agronomique, Sousse 4042, Tunisie.

4.       Institut de la recherche et de l’enseignement supérieur agricole, Institut de l’Olivier, laboratoire amélioration et protection des ressources génétiques de l’olivier, Sfax 3001, Tunisie.

Résumé:L’oliveraie tunisienne est très riche en variétés et écotypes mais elle est dominée par deux variétés à huile à savoir Chétoui au nord et Chemlali Sfax au centre et au sud.  Chemlali Sfax est une variété productive et bien adaptée aux conditions arides mais son huile contient des taux élevés d’acide palmitique et des taux relativement faibles d’acide oléique.

Notre travail est de caractériser de nouvelles ressources phytogénétiques de l’olivier dans le biotope de Sfax sur les plans morphologique et agronomique. 12 hybrides issus du croisement entre Chemlali Sfax et d’autres variétés tunisiennes et étrangères où chaque hybride est représenté par un seul pied sont plantés au siège de l’Institut de l’Olivier à Sfax depuis 1997.

Les caractères quantitatifs manifestent une variabilité assez importante. L’analyse corrélative montre une dépendance de la production et du nombre de fruits par pousse avec les caractères de la pousse et du fruit. L’analyse de classification hiérarchique a mis en évidence la subdivision des hybrides en trois groupes homogènes. La projection des hybrides sur le plan des deux composantes a montré que certains hybrides sont distincts selon les caractères du fruit, du noyau et de la pousse.

Ce croisement a généré une large variabilité et les résultats obtenus constitueront une base de données utile dans le cas d’une procédure d’inscription de l’une de ces obtentions végétales.

Mots clés : Chemlali Sfax, olivier, croisement dirigé, morphologie, agronomie.

PHENOTYPIC CHARACTERIZATION OF HYBRID OLIVE (Olea europaea. L) FROM THE LOCAL VARIETY 'CHEMLALI SFAX "

Abstract: The Tunisian olive grove is very rich in varieties and local ecotypes but it is dominated by two oil varieties, Chétoui in the North and Chemlali Sfax in the center and in the South. Chemlali Sfax is highly productive and well adapted to the arid conditions. However, its oil contains high level of palmitic acid and relatively low level of oleic acid.

Our work is to characterize new genetic resources of the olive tree in the biotope of Sfax on morphological and agronomic plans. 12 hybrids issued from the crossing between Chemlali Sfax and other Tunisian and foreign varieties where every hybrid is represented by a single tree are planted in the Olive Tree Institute headquarter in Sfax since 1997. The quantitative characters show an important variability. The correlative analysis shows a dependence of the production and the number of fruits by shoot with the characters of the shoot and the fruit. The analysis of hierarchical classification showed the hybrid subdivision into three homogeneous groups. The projection of hybrids on the two principal components showed that certain hybrids are different according to the characters of the fruit, the stone and the shoot. This crossing generated a wide variability and the obtained results will establish a useful database in the case of a procedure of registration of one of these plant varieties.

Keywords: Olive variety collection, soil coverage, shoots elongation, canopy volume, ecartype, correlation.

 

Introduction

L’oliveraie tunisienne est dominée essentiellement par quelques variétés. On cite particulièrement la variété à huile Chemlali Sfax qui couvre le centre et le sud tunisien. Cette variété se caractérise par sa vigueur, son adaptation à différents environnements et sa productivité [1]. Cependant, l’huile de cette variété se caractérise par un déséquilibre au niveau de la composition acidique avec un taux d’acide oléique faible et celui d’acide palmitique élevé, ce qui la rend figeable à basse température [2].

 Pour remédier à ce problème et à la suite de l’étude de [3], un projet d’amélioration génétique par croisements dirigés a été initié en 1993 et a concerné différents pays méditerranéens. Au niveau de la Tunisie, l’hybridation a généré une collection d’hybrides utilisant la variété Chemlali Sfax et d’autres variétés tunisiennes et étrangères [4]. Les hybrides obtenus ont été plantés en collection dans la région de Sfax depuis 1997.

En Tunisie, les travaux entrepris sur ces hybrides ont intéressé surtout la composition acidique de l’huile [5 et 6 ; 7 et 8 ; 9 et 10]. Le comportement agronomique des hybrides de Chemlali Sfax a été seulement rapporté par Ben Amar [11]. Sur le plan morphologique, on cite l’unique étude sur la variabilité des caractères morphologiques de 48 hybrides issus d’autopollinisation, de libre pollinisation et de polllinisation croisée [12].

En 2010, une sélection préliminaire d’hybrides sur la base de la composition acidique et de la productivité en olives a été opérée [13]. La caractérisation des hybrides les plus prometteux est une nécessité absolue pour une éventuelle sélection finale de certains d’entre eux.

L’objectif de ce travail est de caractériser douze hybrides de la variété Chemlali Sfax dans le biotope de Sfax en mode irrigué et intensif sur les plans morphologique et agronomique.

1. Matériel et Méthodes

Le matériel végétal consiste en douze hybrides dans une collection conduite depuis 1997 au siège de l’Institut de l’Olivier à Sfax (Longitude 10°43’59’’Est, Latitude 34°44’02’’Nord et altitude 6 m) en mode irrigué et intensif (2 m / 4 m). Ces hybrides sont  issus de semis d’amandons d’olives obtenus suite à des hybridations contrôlées entre la variété tunisienne Chemlali Sfax et d’autres variétés tunisiennes et étrangères (Tableau 1) où chaque hybride est représenté par un seul pied.

Tableau 1 : Croisements des hybrides étudiés

Hybrides (hybrids)

Croisement (crossing)

Hd39

Chemlali Sfax/Coratina

Hd41

Chemlali Sfax/Coratina

Hd44

Chemlali Sfax/Coratina

Hd58

Chemlali Sfax/Coratina

Hd65

Chemlali Sfax/Coratina

Hd81

Chemlali Sfax/Chemchali

Hd87

Chemlali Sfax/Souri

Hd110

Chemlali Sfax/Coratina

Hd121

Chemlali Sfax/Coratina

Hd132

Koroneiki/Chemlali Sfax

Hd148

Chemlali Sfax/Coratina

Hd166

Coratina/Chemlali Sfax

La caractérisation morphologique des organes de l’arbre a été effectuée sur 40 feuilles et 40 fruits et leurs noyaux en novembre 2010.

La caractérisation qualitative des feuilles, des fruits et des noyaux a été effectuée selon la description du COI [14]. Elle a intéressé trois caractères de la feuille (forme, longueur et largeur), six caractères du fruit (forme, symétrie, sommet, base, mamelon et position du diamètre maximum) et sept caractères du noyau (forme, symétrie, sommet, base, position du diamètre maximum, mucron et surface).

La caractérisation quantitative des feuilles, des fruits et des noyaux (le tableau 2 illustre les abréviations utilisés) a concerné les caractères suivants sur les mêmes échantillons:

-          La feuille : longueur, largeur, le rapport longueur/largeur et la surface.

-          Le noyau : longueur, largeur, rapport longueur/largeur et le poids moyen.

-          Le fruit : longueur, largeur, rapport longueur/largeur, le poids moyen frais et le rapport de poids pulpe/noyau.

Tableau 2. Les paramètres de la caractérisation quantitative et leurs codes

Paramètres

Codes

Longueur du fruit

LFr

Largeur du fruit

lFr

Rapport longueur/largeur du fruit

 (L/l)Fr

Poids moyen frais

PMF

Longueur du noyau

LN

Largeur du noyau

lN

Rapport longueur/largeur du noyau

 (L/l)N

Rapport pulpe/ noyau

P/N

Poids moyen du noyau

PMN

Longueur de la feuille

LFe

Largeur de la feuille

lFe

Rapport longueur/largeur de la feuille

(L/l)Fe

Surface de la feuille

SFe

Longueur de la pousse

LP

Nombre de fleur par inflorescence

NFl/Inf

Nombre de fruit par pousse

NFr/P

Taux de floraison

TF

Taux de chute

TCh

Taux de nouaison

TN

Allongement végétatif annuel

AVA

Production

Pr 

La caractérisation quantitative a intéressé aussi l’inflorescence, la pousse d’un an et l’arbre :

-   Le nombre moyen de fleurs par inflorescence sur un échantillon de 40 inflorescences.

-  Le nombre de fruits par pousse florifère (moyenne de 10 pousses d’un an) et la longueur de la pousse.

-   Le taux de floraison.

-   Le taux de nouaison.

-   Le taux de chute de fruits de juin

-  L’allongement végétatif annuel du mars à novembre (10 pousses d’un an)

-La production en olives de l’arbre en novembre.

Pour les caractères qualitatifs, on a calculé la fréquence phénotypique de chaque classe du caractère (P) ainsi que l’indice de diversité de Nei [15]  pour chaque caractère par la formule suivante: (2n/2n-1).(1- Pi2) avec n est la taille de l’échantillon.

Pour les caractères quantitatifs, nous avons calculé la moyenne des hybrides suivie par l’écartype pour apprécier la variabilité intra-hybride et le coefficient de variation pour comparer la variabilité des différents caractères. Les tableaux regroupent aussi le minimum et le maximum pour chaque caractère.

Pour la base des données morphologiques et agronomiques des hybrides, on a calculé les coefficients de corrélation de Pearson entre les différents caractères et la signification statistique de chaque coefficient aux seuils de 1 et de 5 %. On a adopté la classification hiérarchique obtenu par la méthode des moyens arithmétiques. Cette analyse nous donne un dendrogramme qui regroupe les hybrides selon leurs distances euclidiennes. Une analyse en composantes principales a été élaborée pour étudier la distribution de la variabilité totale et déterminer les paramètres les plus impliqués dans la variabilité observée.

Les différentes analyses statistiques ont été élaborées par le logiciel XLSTAT.

2. Résultats et discussion

2.1. Caractères qualitatifs

La diversité des caractères qualitatifs de la feuille, du fruit et du noyau des hybrides a été comparée avec les caractères de Chemlali Sfax rapportés par Trigui et Msallem [1].

$1a.      Caractérisation des feuilles

Il n’y a aucune différence au niveau du caractère de la courbure longitudinale du limbe qui est plane pour tous les hybrides (Tableau 3).

Tableau 3 : Caractères qualitatifs de la feuille en comparaison avec la variété Chemlali Sfax

Caractère

Classe

Pourcentage

Indice Nei

Chemlali Sfax

Forme (shape)

Elliptique

5

0,29

Elliptique Lancéolée

Elliptique-Lancéolée

84,17

Lancéolée

10,83

Longueur

Moyenne

91,04

0,17

Moyenne

Courte

3,96

Longue

5

Largeur

Moyenne

88,13

0,23

Moyenne

Etroite

7,71

Large 

4,17

Courbure longitudinale

Plane

100

0,00

Plane

Epinastique

0

Hyponastique

0

Hélicoïdale

0

Les feuilles ont des longueurs et des largeurs moyennes pour tous les hybrides avec des pourcentages de 91,04 et 88,13 % respectivement. Par conséquent la forme des feuilles des hybrides est elliptique-lancéolée avec 84,17 %.

La domination d’une classe de chaque caractère des feuilles montre une faible diversité puisque l’indice de diversité de Nei est inférieur à 0,3 pour tous les caractères. En comparaison avec la variété Chemlali Sfax, nous remarquons que les classes trouvées dans cette collection d’hybrides sont celles de la variété Chemlali Sfax.

$1b.      Caractérisation des fruits

La caractérisation morphologique du fruit (tableau 4) montre une variabilité différente selon le caractère.

Tableau 4. Caractères qualitatifs du fruit en comparaison avec la variété Chemlali Sfax

Caractère

Variante

pourcentage

Indice Nei

Chemlali Sfax

Forme

Allongée

62,72

0,52

Ovoïde

Ovoïde

32,84

Sphérique

4,44

Symétrie en position A

Symétrique

28,11

0,69

Symétrique

Légèrement asymétrique

30,77

Asymétrique

41,12

Sommet

Arrondi

70,12

0,44

Arrondi

Pointu

29,88

Base

Arrondie

10,65

0,20

Tronquée

Tronquée

89,35

Position diamètre maximum

Centrale

62,72

0,56

Centrale

Base

16,57

Sommet

20,71

Mamelon

Absent

82,84

0,30

Absent

Ebauché

16,57

Evident

0,59

La base tronquée et l’absence du mamelon sont les classes les plus remarquées chez les hybrides avec respectivement 89,35 et 82,84 %. Pour les autres caractères, la variabilité est plus marquée. Le fruit est principalement de forme allongée (62,72 %) à ovoïde (32,84 %) dont le sommet est arrondi (70,12 %) à pointu (29,88 %) et la position du diamètre maximum est centrale (62,72 %) à vers le sommet (20,71 %). Pour la symétrie du fruit, les trois classes sont représentées avec des pourcentages variant de 28,11  (symétrique) à 41,12 % (asymétrique).

Ces résultats ont abouti à des indices de Nei assez faibles pour le mamelon et la base (moins de 0,31) et assez élevées pour les autres caractères (plus de 0,4).

En comparaison avec la variété de départ, nous remarquons que les hybrides ont, en majorité, pris la classe de la variété étudié  pour le sommet, la base, la position du diamètre maximum et le mamelon avec des pourcentages supérieur à 50 %. Par contre, les classes trouvées pour les deux autres caractères des hybrides ne reflètent pas principalement celles de Chemlali Sfax, puisque des classes nouvelles ont apparu après les croisements tel que la forme allongée du fruit qui est majoritaire (62,72 %) et la symétrie est asymétrique pour 41,12 % et légèrement asymétrique pour 30,77 %.

$1c.       Caractérisation des noyaux

La caractérisation morphologique du noyau des hybrides (Tableau 5), montre une large variabilité pour la plupart des caractères. En effet, le caractère mucron ne manifeste pas une grande variabilité puisque la classe avec mucron est présente à 87,17 % dans les hybrides, avec un indice de diversité faible pour ce caractère de l’ordre de 0,23. De même, pour la position du diamètre maximum qui est centrale avec 81,92 %.

Pour les cinq autres caractères, on remarque une répartition des fréquences entre les différentes classes des hybrides. Cette constatation a abouti à des indices de diversité de Nei élevés variant de 0,52 (sommet) à 0,61 (symétrie). Ainsi, le noyau est de forme allongée (55,78 %) à elliptique (38,73 %) et symétrique (38,19 %) à asymétrique (50,15 %). La base et le sommet du noyau sont pointus (25,66 ; 46,97 %) à arrondi (60,64 et 53,03 %). La surface du noyau est rugueuse (63,85 %) à lisse (27,99 %).

Tableau 5. Caractères qualitatifs du noyau en comparaison avec Chemlali Sfax

Caractère

Variante

pourcentage

indice Nei

Chemlali Sfax

Forme

Allongée

55,78

0,56

Elliptique

Ovoïde

5,49

Elliptique

38,73

Symétrie en position A

Symétrique

38,19

0,61

Symétrique

Légèrement asymétrique

11,66

Asymétrique

50,15

Sommet

Arrondi

53,03

0,52

Arrondi

Pointu

46,97

Base (base)

Tronquée

13,70

0,57

Pointue

Arrondie

60,64

Pointue

25,66

Position diamètre maximum

Centrale

81,92

0,32

Centrale

vesr la base

3,50

         vers le sommet

14,58

Mucron

Avec

87,17

0,23

Avec

Sans

12,83

Surface

Rugueuse

63,85

0,53

Lisse

Lisse

27,99

Raboteuse

8,16

En comparaison avec la variété de départ, on peut remarquer que la forme arrondi du sommet, la position centrale du diamètre et l’extrémité avec mucron, reflètent les caractères de la variété Chemlali Sfax.

        La caractérisation morphologique des hybrides issus du croisement de la variété Chemlali Sfax montre une large variabilité intra-hybride et en comparaison avec la variété en question. Cette variabilité est principalement de nature génétique puisque les hybrides sont conduits dans les mêmes conditions agro-climatiques.

Cette variabilité importante remarquée dans les caractères morphologiques nous rappelle celle rapportée par des études antérieures sur les hybrides de Chemlali Sfax pour les caractères agronomiques [16 ; 11], architecturaux [17] et chimiques de l’huile [18 ; 5 et 6 ; 7, 8 et 19].

Les caractères qualitatifs du fruit, du noyau et de la feuille des hybrides se rapprochent dans certains cas de la variété Chemlali Sfax. D’autre part, la classe dominante de quelques caractères est différente de celle de Chemlali Sfax, tel que la forme du fruit et la surface du noyau. Ces résultats indiquent que le contrôle génétique des différents caractères n’est pas le même et qu’il faudrait entreprendre des études dans ce sens. D’un autre côté, les hybrides obtenus diffèrent sur le plan morphologique de la variété d’origine tel que décrite par Barranco [20] et Trigui et Msallem [1]. Des résultats similaires ont été rapportés par l’étude de Laaribi [12].

La variabilité importante des caractères qualitatifs a donné des indices de diversité de Nei assez élevés à élevés à l’exception du caractère courbure longitudinale de la feuille qui n’est pas pratiquement variable entre les hybrides (indice Nei est égale à zéro). La large diversité dans les caractères qualitatifs a été aussi rapportée par Laaribi [12], au sein des hybrides de Chemlali Sfax et par Belaj [21] dans l’olivier sauvage.

2.1 Caractères quantitatifs  (Analyse descriptive) 

Les caractères quantitatifs étudiés ont été rapportés dans le tableau 6. Ils présentent une importante variation entre les hybrides.

Tableau 6. Analyse descriptive des caractères quantitatifs des hybrides

 

Variable

Minimum

Maximum

Moyenne

Ecart-type

CV

Fruit

Longueur

1,59

2,20

1,88

0,18

9,32

largeur

1,02

2,00

1,24

0,27

21,88

L/l

1,10

1,95

1,57

0,27

16,96

Poids moyen

1,22

3,61

1,90

0,69

36,43

P/N

2,89

9,61

5,08

1,73

33,96

Noyau

Longueur

1,24

1,75

1,42

0,16

11,45

Largeur

0,52

0,73

0,61

0,06

10,61

L/l

1,73

2,92

2,35

0,41

17,38

Poids moyen

0,19

0,49

0,32

0,09

29,34

Feuille

Longueur

5,47

6,44

5,97

0,29

4,88

largeur

1,00

1,37

1,23

0,14

11,72

L/l

4,33

6,10

4,98

0,59

11,82

Surface

3,92

6,12

5,19

0,74

14,33

Inflorescence

Nombre de fleurs

6,00

19,00

13,97

3,95

28,27

Pousse

Longueur

9,85

19,15

14,44

3,06

21,21

Taux de floraison

0,00

87,09

48,24

32,01

66,37

Taux de nouaison

0,00

20,76

10,83

6,09

56,23

Taux de chute

11,49

62,37

42,72

17,20

40,26

Allongement annuel

7,80

29,00

18,16

6,47

35,63

Nombre de fruits

3,00

15,00

5,32

6,30

118,42

arbre

Production

0,00

25,00

6,15

9,04

146,99

Pour les caractères du fruit, on peut remarquer que la variation de la longueur et du rapport longueur sur largeur est relativement faible puisque le coefficient de variation est inférieur à 20%. Toutefois, la variation de la largeur, du poids et du rapport P/N est relativement importante, du fait que le coefficient de variation varie de 21 à 36 %. Ainsi, le poids moyen frais du fruit varie de 1,22 à 3,61 g et le rapport P/N varie de 2,89 à 9,61. Les caractères du noyau ont la même tendance que ceux du fruit puisque la longueur, la largeur et leur rapport ont un coefficient de variation inférieur à 20%. Alors que le poids du noyau varie largement de 0,19 à 0,49 avec un coefficient de variation de 29,34 %. Les caractères de la feuille (longueur, largeur et leur rapport) connaissent aussi une variation non importante puisque le coefficient de variation ne dépasse pas 14,33 %. La richesse de la fleur en inflorescences est relativement variable dans les hybrides, où le nombre de fleur par inflorescence varie de 6 à 19, avec un coefficient de variation  de l’ordre de 28,27%.

Contrairement aux autres organes, les caractères de la pousse manifestent une variation importante. En effet, le taux de chute de fruits varie de 0 à 62,37 % et l’allongement végétatif annuel varie de 7,8 à 29 cm. Le nombre de fruits est variable entre les hybrides de 4 à 150. Le coefficient de variation pour ces caractères est de 42 à 85 %. La production par arbre des hybrides varie largement de 0 à 25 kg, ce qui donne un coefficient de variation élevé (137,9 %).

        La variation des caractères quantitatifs est différente de celle des caractères qualitatifs. En effet, les caractères du fruit, du noyau et de la feuille sont faiblement variables entre les hybrides puisque le coefficient de variation ne dépasse pas 20 % à l’exception de la largeur du fruit, du poids du fruit et du noyau et le rapport P/N. En d’autres termes, les caractères liés à la forme des organes (longueur, largeur et leur rapport) sont peu variables. Par contre, les caractères liés à la productivité (poids du fruit, rapport P/N, poids du noyau, caractères de la pousse, de l’inflorescence et la production en olives) sont très variables entre les hybrides avec un coefficient de variation supérieur à 20 %. De ce fait, on remarque surtout une nette amélioration du poids du fruit de tous les hybrides (minimum 1,22 g) en comparaison avec Chemlali Sfax dont le poids du fruit est de l’ordre de 1g [18 et 22]. Un résultat similaire a été rapporté par Laaribi [22] pour des hybrides obtenus par autopollinisation, pollinisation libre et croisée. L’augmentation du poids du fruit provient obligatoirement des variétés en croisement. Pour les autres caractères quantitatifs, la variabilité assez large permettra de réaliser une sélection efficace au sein de ces hybrides. A titre d’exemple, le rapport P/N de Chemlali Sfax est de l’ordre de 5 pour Fourati [18] et de 4,3 pour Trigui et Msallem [1] et seulement quelques hybrides de la collection étudiée possèdent un rapport supérieur à la variété de référence. On peut conclure que l’hybridation a contribué à une amélioration significative des caractères liés au contenu du fruit en huile (poids du fruit et rapport P/N).

La variabilité la plus élevée de la production entre les hybrides (coefficient de variation supérieur à 100 %) peut être en relation avec l’alternance de production qui caractérise la variété Chemlali Sfax, d’après Trigui et Msallem [1]. Cette constatation est appuyée par la corrélation significative et négative entre la production et l’allongement végétatif annuel de la pousse. De ce fait, la tendance générale de cette collection d’hybrides est vers l’alternance de production et toute sélection doit s’orienter plutôt vers un seuil d’alternance le plus faible possible.

  1. Analyse de corrélation

L’analyse de corrélation entre les caractères morphologiques quantitatifs et les caractères  agronomiques révèle 38 coefficients de corrélation significatifs (tableau 7 et 8).

Tableau 7. Coefficients de corrélation significatifs entre les caractères morphologiques quantitatifs des hybrides

 

LFr

lFr

(L/l)Fr

PMF

P/N

LN

lN

(L/l)N

PMN

LFe

lFe

(L/l)Fe

S

LFr

1

                       

lFr

0,469

1

                     

(L/l)Fr

0,159

-0,790

1

                   

PMF

0,658

0,916

-0,589

1

                 

P/N

0,188

0,870

-0,808

0,697

1

               

LN

0,459

-0,522

0,890

-0,246

-0,666

1

             

lN

0,463

0,742

-0,541

0,851

0,405

-0,277

1

           

(L/l)N

0,225

-0,694

0,934

-0,526

-0,665

0,871

-0,646

1

         

PMN

0,671

0,206

0,161

0,533

-0,222

0,490

0,626

0,103

1

       

Lfe

-0,101

-0,444

0,388

-0,303

-0,298

0,335

-0,359

0,423

-0,038

1

     

lFe

0,266

-0,263

0,476

-0,056

-0,409

0,628

0,071

0,325

0,397

0,387

1

   

(L/l)Fe

-0,341

0,083

-0,348

-0,062

0,308

-0,528

-0,232

-0,167

-0,419

0,036

-0,904

1

 

S

0,201

-0,359

0,526

-0,139

-0,432

0,632

-0,053

0,409

0,318

0,651

0,951

-0,733

1

LP

0,299

0,423

-0,286

0,487

0,114

-0,026

0,642

-0,392

0,560

-0,586

-0,029

-0,234

-0,212

Tableau 8. Coefficients de corrélation significatifs entre les caractères agronomiques des hybrides

 

LP

NFl/Inf

TF

TN

TCh

AVA

NFr/P

LP

1

           

NFl/Inf

-0,022

1

         

TF

0,343

0,573

1

       

TN

0,210

0,519

0,688

1

     

TCh

0,240

0,578

0,725

0,797

1

   

AVA

0,615

0,383

0,751

0,234

0,429

1

 

NFr/P

-0,566

-0,461

-0,881

-0,579

-0,803

-0,813

1

Pr (kg)

-0,539

-0,431

-0,894

-0,690

-0,790

-0,712

0,945

Les résultats enregistrés révèlent 23 coefficients de corrélations significatives entre 13 caractères qui concernent le fruit, le noyau et la feuille. En effet, des corrélations significatives positives et négatives ont été obsérvé entre les caractères poids, longueur, largeur et le rapport longueur/largeur du fruit et entre le poids, la longueur, la largeur et le rapport longueur/largeur du noyau. De même, entre la surface foliaire et les paramètres de la feuille (longueur, largeur et rapport longueur/largeur).

L’analyse corrélative entre les différents paramètres agronomiques nous permet de constater quinze corrélations significatives. On remarque que les taux de floraison, de nouaison, de chute et l’allongement végétatif sont corrélés positivement entre eux et négativement avec le nombre de fruit par pousse et la production. Ces deux paramètres eux même sont corrélés positivement.

  1. Classification hiérarchique

L’analyse de classification hiérarchique présentée dans la figure 1 fait ressortir principalement trois groupes d’hybrides:

$1- Groupe de sept hybrides Hd44, Hd81, Hd58, Hd132, Hd166, Hd121 et Hd110 .

$1-Groupe de deux hybrides Hd87 et Hd14.

$1-   Groupe de trois hybrides Hd41, Hd65 et Hd39.

B05020301

La classification hiérarchique des douze hybrides a généré différents groupes. Parmi ces hybrides, il y a huit qui sont issus du croisement entre Chemlali Sfax et Coratina mais qui n’appartiennent pas au même groupe.Cette constatation s’oppose à la conclusion postulée par Laaribi [12] qui a avancé un regroupement des hybrides du croisement Chemlali Sfax x Coratina. Cette différence peut être du au nombre élevé d’hybrides étudiés de croisements différents (autopollinisation, pollinisation libre et croisée).

  1. Analyse en composantes principales

L’analyse de factorisation fait ressortir deux composantes principales qui totalisent 61,37 % de la variabilité totale avec 33,74 % et 27,63 % respectivement. La contribution la plus importante dans la première composante est réalisée positivement par le rapport longueur/largeur du noyau et négativement par l’allongement végétatif annuel et la largeur du noyau. La deuxième composante est corrélée positivement avec la surface foliaire et le taux de chute.

La projection des différents caractères sur le plan de la figure 2 permet de distinguer principalement deux groupes d’hybrides. Un groupe de deux hybrides (Hd110 et Hd121) et un autre de deux hybrides (Hd166 et Hd132). Les autres hybrides sont individuellement placés sur le plan. 

B05020302

Le regroupement par la classification hiérarchique a été pratiquement illustré par la factorisation en composantes principales. Toutefois, la projection des hybrides et des caractères morphologiques ne permet pas d’établir une relation directe pour tous les hybrides. Néanmoins, on peut distinguer les groupes suivants :

-  Le groupe constitué par les hybrides Hd39, Hd44 et Hd65 qui se caractérisent par le nombre de fruits par pousse et la production en olives.

- Les hybrides Hd87 et Hd148 renferment un groupe qui se caractérise par le poids moyen du fruit le plus élevé de même par leur largeur du noyau et du fruit les plus élevés.

Conclusion

On peut affirmer que le croisement Chemlali Sfax avec d’autres variétés a généré une large variabilité sur les plans morphologique et agronomique. Cette variabilité va permettre de réaliser une sélection efficace surtout pour les caractères importants tels que le poids du fruit, le rapport P/N et la production en olives. En outre, ce travail a permis de visualiser les performances et les caractéristiques des hybrides étudiés et les résultats obtenus constitueront une base de données utile dans le cas d’une procédure d’inscription de l’une de ces obtentions végétales.

Les caractères morphométriques ont permis de caractériser certains hybrides tout en poursuivant l’étude pour d’autres caractères et d’autres années pour pouvoir discriminer entre les autres hybrides. Dans ce sens, on suggère d’étudier les caractères relatifs à la maturation et à la biologie florale et d’entreprendre la caractérisation moléculaire.

Réferences bibliographiques

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[10]Dabbou S., Chaieb I., Rjiba I., Issaoui M., Echbili A., Nakbi A., Gazzah N., Hammami M., 2011 : Multivariate data analysis of fatty acid content in the classification of olive oils developed through controlled crossbreeding. Journal of the American Oil Chemists'Society ; 89 (4) : 667-674.

[11]Ben Amar F., Aiachi-Mezghani M., Belguith H., Yengui A., Ouled Amor A., Harrab S., Hergli M. K., 2009  : Variabilité des performances agronomiques d’hybrides présélectionnés de la variété d’olive à huile "Chemlali Sfax" dans la région de Sfax. Actes du Séminaire International Olivebioteq ; 372-375, 15-19 décembre 2009. Sfax. Tunisie.

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