Richesse et intérêt des plantes spontanées  des zones humides de la région de l’Oued Righ (Algérie) pdf

SLIMANI N.1, MAHBOUB N.2, CHEHMA A1, HALLIS Y.3, BEN HADIYA M.3

  1. Laboratoire de Bio-ressources Sahariennes: Préservation et Valorisation, Université Kasdi Merbah Ouargla, 30000, Algérie.
  2. Laboratoire protection des écosystèmes en zones arides et semi- arides, Université Kasdi Merbah Ouargla, 30000, Algérie.
  3. C.R.S.T.R.A. BP 1682 RP Biskra 7000 Algérie

Résumé: Le Sahara est un vaste écosystème, caractérisé par des conditions climatiques très rudes, peuplé par des animaux et des végétaux bien adaptés à ce contexte, dans des différentes zones géomorphologiques. Les ressources végétales spontanées du Sahara constituent une flore plus ou moins faible, adaptées et utilisées par les populations locales pour différentes utilisations médicinales et écologiques…etc. Les zones humides de la région de l’Oued Righ  l’un de ces vastes espaces,  riche en plantes spontanées vivaces et éphémère. Ce travail de recherche a pour but de valoriser et rendre compte de l’importance  de ces zones à travers des  intérêts multiples qui procèdent leurs rôles dans l’équilibre écologique, leurs capacités de utilisation thérapeutique, et cela par  l’étude de leur richesse floristique. Des relevés floristiques ont permis d’inventorier 38 espèces appartenant à 13 familles, 07espèces d’entre-elles sont d’intérêt médicinal. Les maladies dominantes sont la pathologie digestive, les dermatoses, la pathologie broncho-pulmonaire et les affections internes, les piqûres de scorpions. Les enquêtes réalisées ont révélé que la majorité des modes de préparations thérapeutiques sont représentées par : infusion, macération, décoction. Les parties utilisées sont les feuilles, les tiges et les racines.

Mots clés :plantes spontanées, plantes médicinales, zones humides, Oued Righ.

RICHNESS AND INTEREST OF SPONTANEOUS PLANTS IN HUMID AREAS OF OUED RIGH REGION

Abstract: The Sahara is a vast ecosystem, characterized by harsh climatic conditions, populated by animals and plants well adapted to this context, in different géomorphological zones.The adapted spontaneous plants resources of the Sahara  used by local populations for different uses ecological, medicinal ... etc. The wetlands of Oued Righ region one of these vast spaces which rich in spontaneous plants perennial and ephemeral, this work, designed to add value and giving an account of the importance of these areas for multiple interests making, their roles in the ecological balance, their ability of therapeutic use, and it by study of their floristic richness. Floristic surveys, allowed to identify 38 species belongs to the 13 families, and 07especes between them are medicinal interest. Burden of disease are gastrointestinal pathology, skin diseases, broncho-pulmonary pathology and internal ailments, scorpion bites. Investigations, which revealed that, the majority of the modes of preparation: infusion, maceration, decoction. The parts used are leaves, stems and roots.

Keywords: spontaneous plants, medicinal, humid zones, Oued Righ

Introduction

Le Sahara Algérien,  réputée  par son extrême aridité, avec ses faibles disponibilités en eau et en plantes, les conditions désertiques atteignent leur plus grande âpreté [1] et [2] présente des formations géomorphologiques différentes [3].

Les ressources végétales spontanées du Sahara constituent une flore d’environ 500 espèces de plantes supérieures [2], dont une partie reste de nos jours utilisée par les populations locales,  comme plantes médicinales qui possèdent des propriétés pharmacologiques qui leur confèrent un intérêt médicinal.

Les zones humides de la région de l’Oued Righ,  l’un de ces vastes espaces,  riche en plantes spontanées vivaces et éphémères, dont certaines d’entre-elles sont d’un intérêt pharmacopique.

Ce travail de recherche a pour objectif de valoriser et rendrecomptede l’importance  de ces zones à travers les  intérêts multiples qui procèdent leurs rôles dans l’équilibre écologique, leurs capacités d’utilisation thérapeutique, et cela par  l’étude de leur richesse floristique.  

1. Matériel et méthodes

1.1  Présentation de la région d’étude

Notre région d’étude  située dans la vallée de l’Oued Righ,  se présente comme une vaste cuvette, d’une superficie de 600.000km2  [4]. C’est une vaste dépression, allongée dans le sens S-N, entre EL Goug (32°54’N) et Oum EL Thiour (34° 9’N), devisée en trois grande parties,  Touggourt (Haut Oued Righ), Djamaa (Moyen Oued Righ) et Megheir (Bas Oued Righ). Cette région est caractérisée par un climat très contrasté et une flore à caractéristiques d’adaptation très particulière à ces conditions [5]   .

1.2. Zones des relevées et d’enquêtes

2.2.1. Echantillonnage

Notre site d'étude est divisé en trois zones, le Haut de Oued Righ, représenté par les lacs (Merdjaja, Naoura, Sidi Slimane), le Moyen de Oued Righ, représenté par les lacs (Ayata, Ain zergua, Tindla) et le Bas de Oued Righ, représenté par les lacs (Oued kherouf, Nseigha, chott Marouane)

Dans la présente étude est basée sur l'échantillonnage subjectif, qui est la méthode la plus simple et la plus intuitive, où  on a choisi comme échantillon des sites qui paraissent suffisamment homogènes et représentatifs de la formation végétale  étudiée. Cette méthode simple, permet de faire une reconnaissance rapide de la végétation à travers les prélèvements des relevés  de 100 m2 [6].

1.2.2. Indice de Valeur d’Importance (IVI)

L’Indice de Valeur d’Importance (IVI) donne pour chacune des espèces des informations sur le nombre d’individus,  leurs distributions ainsi que  l’importance en fonction de la surface terrière [7]. Il s’agit d’un indice caractéristique de l’importance de chaque espèce au sein d’un biotope. L’IVI se calcule de la manière suivante :

IVI = F R + Do R + De R model 2

où : F R, Do R et De R désignent respectivement la fréquence relative, la dominance relative et la densité relative de chaque espèce.

1.2.3. Enquêtes 

Ainsi, des enquêtes préalables ont été réalisées auprès des herboristes de la région d’Oued Righ, afin de connaitre les plantes spontanées médicinales de la région et des autres auprès des populations locales de la région.

2. Résultats et discussion

En se basant  sur  l'identification réalisée à l'aide de la flore de OZENDA [2], et les catalogues de  CHEHMA [8]  et HALLIS [9] ;  les espèces spontanées, y compris les espèces  à caractère médicinal des zones humides de la région de Oued Righ sont décrites, classées et inventoriées. Cet inventaire associé à l’enquête menée auprès de la population locale, connaissant leur usage thérapeutique, fait ressortir une richesse floristique de trente huit espèces, appartenant à 13 familles et différents types biologiques (Tableau 1).Sept (07) d’entres-elles appartenant à six familles, sont à caractère médicinal (tableau 2).

Tableau 1 : Liste des espèces spontanées  rencontrées dans les zones humides de  la région de Oued Righ

Familles

Nombre d’espèces

Espèces

Pourcentage d’espèces par famille (N esps/totale esps) %

Astraceae

5

Aeluropus  littoralis

Brocchia cinerea

Launaea glomerata

Launaea resedifolia

Sonchus maritimus

13.17

Brassicaceae

2

Diplotaxis harra

Malcomia aegyptiaca

5.26

Caryophyllaceae

2

Spergularia diandra

Spergularia salina

5.26

Chenopodiaceae

12

Anabasis articulate

Atriplex halimus

Bassia muricata

Cornulaca monacantha

Halocnemum strobilaceum

Haloxylon articulatum

Haloxylon schmittianum

Salsola tetragona

Salsola tetrandra

Sueda fructicosa

Suaeda mollis

Traganum nudatum

31.59

Convolvulaceae

1

Cressa cretica

2.63

Frankeniaceae

1

Frankenia pulverulenta

2.63

Juncaceae

1

Juncus maritim

2.63

Orobanchaceae

1

Cistanche violaceae

2.63

Plantaginaceae

2

Plantago ciliata

Plantago coronopu

5.26

Plumbaginaceae

3

Limonium pruinosum

Limonium echioides

Limoniastrum guyonianum

7.89

Poaceae

2

Phragmites comminus

Cynodon dactylon

5.26

Tamaricacea

2

Tamarix gallica

Tamarix articulata

5.26

Zygophyllaceae

4

Fagonia Glutinosa

Fagonia latifolia

Nitraria Retusa

Zygophyllum album

10.53

Total

38

_

100

Les résultats obtenus  (Tableau  01) indiquent que 1/3 environ de cette flore est constitué deAmarantaceae,  31.59% avec 12 espèces, suivi par la famille de Astraceae 13.17%, représentées par  5 espèces, la famille des Zygophyllaceae avec 10.53%, représentées par 4 espèces, la famille de Plumbaginaceae avec 7.89 %, représentées par 3 espèces, les familles de Tamaricaceae, Poaceae, Plantaginaceae, Caryophyllaceae, Brassicaceae,  avec une teneur de l’ordre de 5.26%, représentées par deux espèces  chacune d’elles.

Tableau 2 : Liste des espèces spontanées médicinales rencontrées dans les zones humides de  la région deOued Righ

Familles

NE

Espèces

IVI %

TB

Amarantaceae

2

Cornulaca monacantha,

Haloxylon articulatum

6,37

Ch

Ch

Poaceae

1

Cynodon dactylon

5,3

Ge

Tamaricaceae

1

Tamarix galica

5,33

Ph

Composeae

1

Cotula cinerea

09,03

Th

Orobanchaceae

1

Cistanche violaceae

1,78

P

Zygophyllaceae

1

Zygophyllum album

16,09

Ch

Total

7

_

43.9

_

NE = nombre d’espèce ; IVI = indice de valeur de l’importance ; TB= type biologique : Ch= Chaméphyte ;

P= parasite ; Th=Thyrophyte ; Ge=géophyte ; Ph= Phanérophyte.

L’analyse de la structure de la flore et des indices de la valeur d’importance (IVI) des familles l’une par rapport aux autres, au vu  du tableau 1 montre que les plantes médicinales  représentées par les chaméphytes, IVI avec 22.39%, comportant les deux familles Chénopodiacées et Zygophyllacées, ensuite viennent les phanérophytes et les géophytes avec un IVI  5.33%  et  5.3% respectivement, représentées par les familles des Tamaricacées et des  Poacées, et enfin les Thérophytes avec 09.03%, ainsi que  les Parasites avec 1.78% qui représentent les famille des Composées et des Orobanchacées respectivement.

Les plantes spontanées restent d’un intérêt médicinal certain pour les diverses r maladies. D’après les résultats de plusieurs auteurs, comme JEAN et JIRI [10] et MAIZAK et al., [11],  et  d’après nos enquêtes menées auprès des herboristes et des  populations locales de la région de l’Oued Righ, les plantes médicinales rencontrées dans les zones humides traitent les maladies répandues (pathologie digestive, dermatoses, rhumatisme, piqûres de scorpion et  problèmes digestifs).

Selon nos enquêtes, qui regroupent les principales modes de préparation : infusion, macération, décoction, sont des règles qui répondent au mode de traitement des différentes pathologies les plus rencontrées dans la région. Ces résultats sont confirmés par les travaux de MAIZA [12] et BOUKEF [13]. Le tableau 3 résume les utilisations thérapeutiques des plantes spontanées et les modes de préparation de chacune d’elles. 

Tableau 3: Les espèces spontanées médicinales rencontrées dans les zones humides de  la région de l’Oued Righ et leurs usages thérapeutiques et modes de préparations 

Familles

Espèces

Traitements

Partie utilisée

Mode de préparation

Amarantaceae

Cornulaca monacantha

Maladie du foie

Feuilles et

rameaux

Décoction, infusion,

macération

Haloxylon articulatum

Indigestion, piqûres de

scorpion, dermatoses,

dorsalgie

Feuilles et

rameaux

Macération, décoction

   

Poaceae

Cynodon dactylon

Affections des voies

Feuilles ,tiges

et rhisomes

Décoctions

   

urinaires, arthrite,

rhumatisme

   

Tamaricaceae

Tamarix galica

Œdème de la rate,

poux

Feuilles, rameaux,

écorce  des grosses tiges

Décoction

Composées

Cotula cinerea

faciliter la digestion,

toux, abaissement de

température du corps

Feuilles et

rameaux

Infusion, décoction

et macération

Orobanchacées

Cistanche violaceae

Colique

Tige

Décoction, macération

Zygophyllacées

zygophyllum album

Diabète, indigestion,

Dermatose

feuille et tige

Décoction de la poudre


Conclusion

La région de Oued Righ est caractérisée par ces zones humides. La connaissance de ses  richesses faunistiques et floristiques, en particulier floristiques (plantes spontanées) demeure importante pour mieux valoriser  l’usage de ces plantes dans différents domaines :

Usages écologiques :  ces zones considérées comme étant  des zones de pâturages, refuges pour les oiseaux (surtout migratoires), en plus,  ces zones peuvent jouer un rôle opérateur des eaux usées à travers certaines plantes recensées dans  la présente étude, comme le Phragmites comminus, Juncus maritim…etc .

Usages touristique : ces zones  peuvent  encore jouer un rôle touristique ou lieux de loisirs à travers les spectacles qui offerts  aux citoyen et aux  populations locales et régionales.

Enfin, dans la médecine traditionnelle, ces zones  riches en  plantes spontanées médicinales, très importantes  offrent des  remèdes aux populations  locales.

Devant l’état  de perturbation  que connaissent les zones humides dans cette  région, et au vu de  l’importance  de cette  richesse et ses  différents usages, elle constitue un élément essentiel pour le développement local. En effet, la promotion et la  valorisation de ces ressources phytogénétiques spontanées et la préservation des zones humides de cette région  demeurent importantes dans une perspective de développement durable. 

Références bibliographiques

[1] TOUTAIN G., 1979 : Eléments d’agronomie saharienne : de la recherche au développement, Ed. I.N.R.A. Paris, 296p.

[2] OZENDA P., 1983 : Flore du Sahara. Ed. Centre nati. rech. sci. (C.N.R.S.), Paris, 622 p.

[3] CHEHMA A., 2005 : Etude floristique et nutritive des parcours camelins du Sahara septentrional algérien ; cas des régions de Ouargla et Ghardaïa, thèse de doctorat de l'Université Badji Moktar - Annaba (Algérie), 178p.

[4]  NESSON C., 1978 : L’évolution des ressources hydrauliques dans les oasis du Bas sahara algérien, p. 291.

 [5]SLIMANI N.et CHEHMA A., 2009 : Essai de caractérisation de quelques paramètres d’adaptation aux milieux hyper-arides sahariens des principales plantes spontanées vivaces de la région de Ouargla. Journal algérien des régions arides, 2009 (Algérie).

[6] GOUNOT M., 1969 : Méthodes d’étude quantitative de la végétation. Ed Masson et Cie, Paris, 314 p.

[7]  NUSBAUMER L, GAUTIER L. et CHATELAIN C., 2005 : Structure et composition de la Forêt Classée du Scio (Côte d’Ivoire). Etude descriptive et comparative. Candollea 60 (2): 393-443.

[8]  CHEHMA A., 2006 : Catalogue des plantes spontanées du Sahara septentrional algérien. Laboratoire de protections des écosystèmes en zones arides et semi-arides. Université de Ouargla. Ed. Dar El Houda, 146 pages.  

[9] HALLIS Y., 2007 : L’encyclopédie floristique de la région d’Oued Souf, plantes sahariennes communes dans le grand Erg oriental. Ed. Librairie El walid. Algérie, 252p. (en Arabe).

[10] JEAN V. et JIRI S., 1983 : Plantes médicinales. 250 illustrations en couleurs. Ed. Larousse, Paris, 319 p.

[11] MAIZAK K., BRAC De La PERRIERE et HAMMICHE V., 1993 : Pharmacopée traditionnelle : Sahara septentrional. Actes du 2ème colloque européen d’ethnopharmacologie, Heidelberg, pp 169-181.

[12] MAIZA K. 1993. Actes du2ème colloque Européend ’Ethnophmacologie édition, la1lème Conférence internationale d’Ethnomédecine, Heidelb2e4r-g2 ,7 mars 1993.

[13]BOUKEF M. K., 1986 : Les plantes dans la médecine traditionnelle tunisienne. Médecine traditionnelle et pharmacopée. Ed. Librairie Larousse, Paris, 350 p.