ÉTUDE DES ÉQUIPEMENTS ET DES CHANTIERS DE TRAITE DES PETITS ET MOYENS TROUPEAUX BOVINS
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EN MILIEU LITTORAL SEMI-ARIDE (TUNISIE)

HAJ MBAREK Rim1*, M’SADAK Youssef2

1. Étudiant Chercheur, Agriculture Durable, Université de Sousse, Institut Supérieur Agronomique de Chott-Mariem, BP 47- CP 4042, Tunisie.

2. Enseignant Chercheur, Équipement des Fermes Laitières, Université de Sousse,   Institut Supérieur Agronomique de Chott-Mariem, BP 47- CP 4042, Tunisie.

  

Résumé :

La machine à traire a été inventée suite à l’intensification de l’élevage bovin laitier et à l’augmentation de l’effectif des vaches par troupeau. Son intérêt est de limiter le temps  de traite des vaches et donc d’augmenter la productivité. Toutefois, cette mécanisation est accompagnée par l’apparition de nouvelles activités telles que le nettoyage et la désinfection de la machine à traire (avant et après la traite), les réglages du niveau de vide et de pulsation, le renouvellement régulier de la tuyauterie, …

La présente étude a donc pour but de diagnostiquer les conditions techniques, technologiques, et hygiéniques de la traite des vaches laitières notamment en pot, appartenant à 50 petits et moyens élevages hors sol dans la région de Sousse (Tunisie littorale semi-aride).

Elle a fait appel surtout à des appréciations visuelles, à des relevés des spécifications techniques et à des mesures de certains paramètres de conduite des équipements et des pratiques de traite.

Les équipements de traite rencontrés ont dévoilé, lors du testage partiel de fonctionnement et suite à l’appréciation visuelle, des anomalies de fonctionnement et d’hygiène préoccupantes nécessitant une intervention corrective urgente.

Le niveau de vide, la fréquence de pulsation, le rapport de pulsation et le décalage se sont avérés conformes chez respectivement 11, 9, 78, et 68% des machines testées.

L’évaluation des conditions de traite a permis notamment de relever des anomalies de conception (spécialement La non conformité de la puissance d’entrainement du moteur), de fonctionnement et d’entretien (au moins 20% des chariots-trayeurs en mauvais état général)

Les pratiques de traite étaient globalement incorrectes. A titre indicatif, 78% des éleveurs ne contrôlent pas les premiers jets de lait et la totalité ne désinfecte pas les trayons après la traite.

Mots clés: Zone semi-aride, Elevage bovin hors sol, Machine à traire, Chantier de traite, Sahel Tunisien.

 

Impact of the nature of the regime, the quantities consumed of water and climatic conditions (temperature) on the performance of dairy cows in the region of Ghardaia

 

Abstract:The milking machine was invented after the intensification of dairy cattle and the increase in the number of cows per herd. His interest is to limit the time spent milking cows and therefore to increase the productivity of dairy cattle farms. However, the emergence of new activities accompany that mechanization such as cleaning and disinfection of the milking machine (before and after milking), the settings of the vacuum level and pulsation, regular renewal of piping, …

Therefore the aims of this study is to diagnose the technical, technological, and hygienic milking conditions of dairy cows including pot, belonging to 50 small and medium aboveground farms in the region of Sousse (Tunisia semiarid littoral).

It appealed especially to visual assessments, survey of technical specifications and measurements of certain parameters driving equipment and milking practices.

Milking equipment have revealed during the operation’s partial testing and after the visual appreciation, functions and health anomaly requiring urgent remedial action.

The vacuum level, pulsation frequency, pulsation ratio and the shift comply with respectively 11, 9, 78, and 68% of tested machines.

The evaluation of milking conditions has identified design anomalies (especially the non-compliance of the drive power of the engine), operating and maintenance (at least 20% of milking machine in poor condition)

Milking practices were generally incorrect. As an example, 78% of farmers do not control the first streams of milk and none of them disinfects the teats after milking.

Keywords: semi-arid area, above ground breeding cattle, milking machine, milking site, Tunisian Sahel.

Introduction

 En Algérie, l’élevage bovin laitier a été Depuis les années 90, la Tunisie a encouragé l'investissement dans l'élevage des vaches laitièressuite à la demande croissante sur les produits laitiers, et par conséquent, l'autosuffisance en lait a été atteinte depuis 1999 [1, 2, 3]. Cette progression enregistrée au niveau du secteur laitier est due à l’augmentation du cheptel bovin laitier et à l’importation des races assurant un rendement de production élevé. Quoique, la production laitière s’est développée surtout dans les régions côtières, tout en créant des bassins laitiers hors sol importants contribuant pour la moitié au total du lait collecté sur le territoire national.

Ce développement notable de l’élevage bovin laitier hors sol en Tunisie a été accompagné par la mécanisation de la traite chez les petits et les moyens éleveurs. L’objectif visé est de recueillir, sans mammite, le maximum de lait, dans le minimum de temps [4].

Pour garantir la production d’un lait de qualité et valoriser au maximum la production laitière, tout en respectant la santé des vaches, il est indispensable de passer par l’utilisation d’une machine à traire adaptée, bien réglée, bien utilisée et bien entretenue [5, 6, 7]. L’effet de la technique de traite et du fonctionnement de la machine à traire sur les numérations cellulaires du lait et la santé mammaire des vaches est souvent sous-estimé par les éleveurs [8]. Le respect des normes de fonctionnement de la machine à traire et l’adoption des bonnes pratiques contribue à limiter les infections mammaires et à prolonger la durée de vie de l’installation de traite [9, 10]. C’est pour cela, qu’il est nécessaire de maîtriser les facteurs de production et de santé des vaches laitières chez les petits et les moyens élevages hors sol fréquemment rencontrés. Des observations et des mesures pouvant être réalisées afin d’ajuster les principaux paramètres de fonctionnement de la machine à traire.

L’objectif de cette étude est de diagnostiquer les conditions : technique, technologique et hygiénique de la traite des vaches conduites en système hors sol.  Ce diagnostic a été accompli à partir essentiellement des observations et des appréciations qualitatives chez des petits et moyens élevages bovins laitiers dans la région de Sousse (Sahel Tunisien).

1. Matériel et méthodes

            L’étude entreprise a porté sur un échantillon de petits et moyens élevages dans la région de Sousse (Tunisie littorale semi-aride). Elle a été basée sur une enquête qui a concerné 50 exploitations laitières, correspondant à 661 vaches présentes (VP) et 535 vaches en lactation (VL). Ces troupeaux laitiers sont caractérisés par un nombre variable des vaches qui passe de 3 à 85 VP et de 2 à 73 VL avec des moyennes arithmétiques respectivement 13 et 10 vaches (Certes, le maximum rencontré parait élevé pour un élevage de taille moyenne, mais, c’est le seul troupeau  existant dans la zone au moment de l’étude et son effectif n’a pas affecté significativement la moyenne relevée). Les vaches considérées sont celles toujours présentes dans le troupeau depuis le début de la lactation selon les données de l’Office de l’Elevage et des Pâturages (OEP). De ce fait, on a retenu pour le diagnostic 297 VL en totalité. Toutes les vaches suivies sont de la même race (Frisonne Holstein). La méthode de traite adoptée par la majorité des éleveurs est la traite mécanique en pot. Ces élevages sont menés en hors sol, système caractérisé par l’insuffisance ou l’absence des ressources fourragères à cause,d’une part, des ressources hydriques généralement limitées, tant quantitativement (zone semi-aride) que qualitativement (salinité élevée), et d’autre part, la faible surface agricole utile (SAU) avec un minimum de 0,1 ha, un maximum de 35 ha et une moyenne de

5,6 ha. Les surfaces irriguées (SI) des exploitations considérées sont également faibles, car 18% des exploitations sont dépourvues de SI avec un maximum de 20 ha et une moyenne de 3,3 ha (La constatation précédente concerne ici la SAU et la SI). Ces surfaces irriguées sont souvent des vergers ou des potagers et non pas des cultures fourragères, d’où l’emploi du terme « hors sol » pour l’élevage bovin laitier pratiqué.

Il s’agit d’un suivi tant sur le plan technique que sur le plan hygiénique des équipements et des chantiers de traite considérés. La situation des machines à traire, sur les plans conception, fonctionnement, nettoyage et entretien, a été évaluée lors des suivis des chantiers de traite. Cette évaluation s’est intéressée aux différentes caractéristiques de l’installation de traite et son entretien. Tous les examens réalisés ont fait appel surtout à des appréciations visuelles et à des relevés techniques des caractéristiques du matériel de traite adopté, tout en notant qualitativement son état de fonctionnement, de nettoyage et d’entretien. Pour contrôler les paramètres de vide et de pulsation, nous avons aussi accompli un testage partiel de fonctionnement des installations de traite rencontrées à l’aide du Testeur de pulsateur EXENDIS PT V [11]. A cet égard, une fiche d’évaluation a été établie et remplie.

En plus, nous avons observé l’organisation générale des chantiers et les différentes pratiques de traite (préparation du chantier de traite, déroulement de la traite, fin de la traite, …). L’appréciation des pratiques adoptées pour traire les vaches chez les 50 éleveurs a été effectuée à l’aide d’un guide de suivi, élaboré et rempli à cet effet.

Concernant la conduite de la traite, on a défini quelques paramètres pour apprécier les principales caractéristiques de la traite chez les élevages considérés. Quatre critères ont été considérés pour juger le déroulement de la traite :

- Traite hygiénique : appréciée surtout en se basant sur l’hygiène de l’endroit de traite, du matériel de traite et du trayeur ; sur l’ordre de traite.

- Traite rapide : qualifiée principalement par le temps de traite (ne devant pas dépasser les 6mn/vache et 1h 30 mn / troupeau).

- Traite calme : évitant coups, bruits stressants, chocs électriques, …

- Traite complète : évaluée essentiellement en se basant sur la pratique ou non de l’égouttage (ne devant pas dépasser 30s pour éviter le phénomène de surtraite).

2. Résultats et discussion 

2.1. Contexte général de l’étude

Les principales conditions d’élevage enregistrés au cours de l’tude sont détaillés ci-après.

La main d’œuvre des exploitations suivies se répartie comme suit :

- 60% faisant appel à des ouvriers

- 20% adopte la main d’œuvre personnelle (Propriétaire pratiquant la traite)

- 20% la main d’œuvre familiale (Femme ou enfant)

Les ressources en eaux sont dans 90% des cas propres. Le reste des eaux est sale par stagnation (cas de citerne) ou à cause d’un nettoyage peu fréquent des bassins d’eau. Une mauvaise qualité d'eau, selon la cause, peut affecter la santé du troupeau tout en impliquant des pertes économiques et parfois la mortalité [12].

Les bâtiments chez les éleveurs considérés sont relativement en état général moyen. C’est le cas dans 32%.


Alors que 36% sont en mauvais état et le reste est en bon état. La pratique de la stabulation libre est quasi générale (78%).

La surface des étables varie de 110 à 7000 m2 avec une moyenne de 885 m2. La surface couverte varie selon la taille du troupeau de 40 à 1200 m2 avec une moyenne de 266 m2 (La constatation antérieure reste valable pour la surface bâtie).

La litière est inexistante dans 82% des exploitations, et en cas d’adoption, il s’agit de la paille (7 exploitations) ou des copeaux de bois (2 exploitations). Les éleveurs n’aménagent pas de local spécifique pour le vêlage.

La fréquence de raclage de l’aire d’exercice (Figure 1) est très variable d’un éleveur à l’autre en fonction de la taille du troupeau, du mode de stabulation et des conditions climatiques.

B05010901

La méthode de reproduction est un facteur important dans un troupeau bovin laitier. Le choix entre la saillie naturelle et l’insémination artificielle est en fonction de l’expérience des exploitants. Se basant sur la réussite ou l’échec de l’une ou l’autre méthode, l’exploitant décide la méthode qui lui convient. De ce fait, on a repéré trois cas qui sont :

30% des exploitants ont recours à la saillie naturelle,

34% ont recours à l’insémination artificielle,

36% ont adopté les deux méthodes. C’est en fonction de la vache considérée et selon la disponibilité du taureau ou de l’inséminateur que l’on déduit la méthode à pratiquer.

La reproduction est généralement affectée par la santé du troupeau, et particulièrement, par l’apparition des mammites [13, 14, 15, 16].

2.2 Diagnostics technique et technologique de la traite des vaches

2.2.1 Caractéristiques techniques essentielles des machines à traire

Suite aux visites des chantiers de traite, on a relevé les caractéristiques principales des équipements utilisés (Tableau 1).

Tableau 1 : Quelques caractéristiques techniques des équipements de traite adoptés

Equipements de traite

Effectif

%

Type Installation Traite

             Installation  Mobile en Pot

           Installation Fixe en Pot

          Installation Lactoduc

46

3

1

92

6

2

Type Système Traite*

      PT1 FT1

       PT2 FT2

       PT3 FT3

       TL2 FT10

37

9

3

1

74

18

6

2

Volume Pot-trayeur (L)

      25

     30

     40

Volume Tank à Lait (L)

      1050

      1400

22

5

22

1

1

43

10

43

2

2

Marque

       TECNOSAC

         LUKAS HOLLAND

          ALFA LAVAL

          KRAL

          Anonyme

           KURTSAN

           MILKANA

           YELDIZ

           Autres (FLACO, SEZER, SANMAK, UGURKAN, INTERPULS, WESTFALIA, CAPAR, BOSHA BV HOLLAND)

15

12

3

3

3

2

2

2

8

30

24

6

6

6

4

4

4

16

Origine

       TURQUIE

       ITALIE

        Anonyme

         SUEDE

         ESPAGNE

23

19

4

3

1

46

38

8

6

2

Age (ans)

      < 1

    1 – 3

   3 – 6

       > 6

3

9

19

19

6

18

38

38

*PT: Pot-Trayeur; FT: Faisceau-Trayeur; TL: Tank à Lait

La quasi-totalité des éleveurs (92%) possède des chariots-trayeurs. Pour le reste, il s’agit de 3 installations fixes avec des pots-trayeurs posés à terre et une seule installation de traite en salle (système lactoduc ligne haute). L’âge moyen des machines à traire est de 5,3 ans (Tableau 1). 76% des âges > 3 ans, dévoilant ainsi un usage important tendant vers le vieillissement, incitant au renouvellement de certains équipements jugés impropres à la traite [17].

2.2.2 Diagnostic visuel technologique des machines à traire

Les suivis effectués aux chantiers de traite ont révélé les caractéristiques technologiques des équipements utilisés présentés dans le tableau 2.

Tableau 2 : Quelques caractéristiques technologiques des équipements de traite rencontrés

Equipements de traite

Effectif

%

Puissance Entrainement Moteur (kW, ch)

   0,55 (0,75)

  0,75 (1)

  1,11 (1,5)

 1,50 (2)

   4 (5,5)

  Anonyme

17

24

1

1

1

6

34

48

2

2

2

12

Débit Pompe (L/ mn)

     180

     190

    200

   275

    Anonyme

1

7

1

5

36

2

14

2

10

72

Volume Griffe à lait (mL)

      150

   160

     170

    180

     190

     250

4

2

8

7

24

5

8

4

16

14

48

10

Orifice Entrée d’air

    N’existe pas

    Existe et colmaté

    Existe et non colmaté

41

8

1

82

16

2

Presque la moitié de l’échantillon ayant la puissance d’entrainement 0,75 kW. 72% des machines à traire manquent l’information sur le débit de la pompe. 10% des griffes à lait répondent à la norme minimale actuelle de capacité qui est 250 ml et 82% des griffes à lait ne possèdent pas d’orifice d’entrée d’air.

Afin de vérifier la conformité avec les normes de fonctionnement, il convient de lier la puissance minimale installée avec le nombre de Faisceaux-Trayeurs (n), en appliquant la norme (0,5 + 0,25 x n) ch, d’où, on peut tirer les résultats relatés dans le tableau 3.

Tableau 3 : Conformité de la puissance du moteur installé avec la demande minimale exigée par la pompe

Système de traite*

Total des machines

Norme (ch)

Conformité

Effectif

%

PT1 FT1

38

0,75

38

100

PT2 FT2

9

1,00

7

78

PT3 FT3

2

2,00

1

50

TL2 FT10

1

3,00

1

100

*PT: Pot-Trayeur; FT: Faisceau-Trayeur; TL: Tank à Lait

Les équipements PT1 FT1 et TL2 FT10 sont tous conformes, alors que pour PT2 FT2, seulement 78% d’entre eux sont conformes. Pour le système de traite PT3 FT3, un des trois adoptés est conforme. Parmi les 50 machines contrôlées visuellement pour le paramètre débit de la pompe à vide, on a pu déterminer, pour 14 machines ayant l’information recherchée sur la plaque d’immatriculation, quatre catégories de capacité volumique en L/mn à savoir 180, 190, 200, 275. En appliquant la norme (50 + 60 x n) L/mn à 50 kPa, avec (n) le nombre de Faisceaux-Trayeurs (traite en pot) et la norme (150 + 60 x n) L/ mn à 50 kPa, avec (n) le nombre de Faisceaux-Trayeurs (Traite en lactoduc), on peut tirer les résultats relevés dans le tableau 4.

Tableau 4 : Conformité des débits installés avec les demandes minimales exigées

Système de traite*

Catégories disponibles

Nbre de machines

Norme (L/mn)

Conformité

Effectif

%

PT1 FT1

180

1

110

12

100

190

7

200

1

275

3

PT2 FT2

275

2

170

2

100

*PT: Pot-Trayeur; FT: Faisceau-Trayeur

Il en résulte de ce tableau que toutes les machines à traire considérées étaient conformes de point de vue débit de la pompe à vide.

2.2.3 Testage partiel de fonctionnement des machines à traire

Le testage des machines à traire a décelé que 11% desmachines à traire ont un vide de traite entre 42 et 45 kPa, vide généralement conseillé pour la traite mécanique des vaches en pot (sachant que l’on n’a  pas tenu compte des 10 postes de traite en lactoduc, installation testée et non incluse dans l’étude de la traite en pot) et 26% ont un vide de traite faible (Tableau 5).

Tableau 5 : Paramètres de fonctionnement des machines à traire testées

Paramètres

Norme

Mesures

Effectif

%

Niveau de vide*

(kPa)

42 - 45

< 42

14

26

42 - 45

6

11

45 - 47

5

9

> 47

29

54

Total

54

100

Fréquence de pulsation (puls. /mn)

55 - 60

< 55

9

17

55 – 60

5

9

60 – 65

5

9

>65

13

24

>> 65

22

41

Total

54

100

Rapport de pulsation

(%)

55 - 65

< 55

3

11

55 – 65

22

78

>65

3

11

Total

28

100

Décalage

(%)

≤ 5

<5

19

68

5 – 10

6

21

>10

3

11

Total

28

100

*Mesuré dans le manchon-trayeur

Zecconi et al. [18] et Hamann et al. [19] ont étudié les modifications du trayon résultant d’une traite à différents niveaux de vide sur des vaches de race Holstein. Il en résulte que les trayons ayant subi un vide de 40 et 50 kPa étaient plus congestionnés par rapport à ceux qui ont subi un vide de 35 ou 30 kPa (Résultat différent de celui cité antérieurement). Il ne faut pas considérer ses résultats comme une recommandation de traite à un vide inférieur ou égal à 30 kPa, étant donné qu’il s’agit d’un ensemble de facteurs qui interviennent pour avoir une traite agréable (Fréquence de pulsation, débit de la pompe, âge des manchons-trayeurs, type et capacité de la griffe à lait, …).

En comparant les résultats de cette étude avec ceux d’une étude accomplie dans la région de Mahdia relevant aussi du Sahel Tunisien [20], on remarque une différence importante négative dans la région de Sousse concernant la conformité du vide de traite, car 11% des machines ont un niveau de vide conforme à la norme, alors que cette conformité est de 21% dans la région de Mahdia [21]. Un vide de traite faible augmente la durée de traite et peut être à l’origine d’une mauvaise traite ou traite traumatisante [22]. De même, la prévalence des mammites augmente avec un vide de traite important.

Les réglages des pulsateurs, notamment la durée des différentes phases et le ratio succion / massage (rapport de traite), ont un impact considérable sur la congestion des trayons [23]. Dans cette étude, la fréquence de pulsation (FP) était conforme à la norme (55-60 puls. /mn) pour uniquement 9% des machines considérées (18% des machines à Mahdia [20]).

[24] ont mis en évidence qu’en diminuant un peu le rapport de pulsation (RP), on peut faciliter l’écoulement du lait lors du cycle suivant, tout en réduisant la congestion des tissus et de l’extrémité des trayons. Le rapport de pulsation (RP) répondait à la norme (55-65%) pour 78% des machines (40% seulement dans la région de Mahdia). Le RP est très faible chez 11% des machines, augmentant ainsi la durée de traite, d’où, le risque de traite gênante. Ce rapport est élevé aussi chez 11% provoquant ainsi une traite défectueuse et augmente le risque des mammites par l’apparition des anneaux de compressions et les lésions des trayons. Un RP entre 55 et 65% semble être le meilleur compromis entre la rapidité de traite et l’état sanitaire de la mamelle [25]. Tous les pulsateurs testés sont alternatifs. Le mode de pulsation adopté est partout alterné (Deux manchons-trayeurs en phase succion alors que les deux autres sont en phase massage). Le décalage (D) relevé est valable (≤ 5%) dans 68% des cas contre 46% des cas considérés à Mahdia [21].

2.3. Diagnostics technique et hygiénique des chantiers de traite des vaches

La qualité bactériologique du lait peut être généralement associée à l’hygiène de traite [26]. Lors du suivi des chantiers de traite, on a relevé les caractéristiques des principales pratiques et mesures d’hygiène de traite (Tableaux 6 a, 6 b, 6 c).

Tableau 6 a : Pratiques et hygiène avant la traite des vaches

Pratiques et Hygiène

Effectif

%

Avant la traite

Zone nettoyée de la mamelle

·   Trayons

·     Corps de la mamelle

·     Totalité de la mamelle

21

23

6

42

46

12

Mode de nettoyage et produit utilisé

· Eau seulement (avec les mains)

·   Eau + Lavette collective

·   Eau + Lavette collective + Savon

·   A sec

25

20

4

1

50

40

8

2

Elimination des 1ers jets

·    Dans un récipient

·     Sur sol

·     Sans

3

13

34

6

26

68

Essuyage

·  Oui

·    Non

4

46

8

92

Pré-rinçage de la machine à traire

·   Oui

·    Non

28

22

56

44

Tableau 6 b : Pratiques et hygiène au cours de la traite des vaches

Pratiques et Hygiène

Effectif

%

Au cours de la traite

Pose des gobelets-trayeurs

·  Immédiatement

·    Apres nettoyage de toutes les vaches

42

8

84

16

Egouttage

·  Bref

·   Long

27

23

54

46

Type d’égouttage

·  Mécanique

·    Manuel

·    Mécanique et manuel

45

2

3

90

4

6

Dépose des gobelets-trayeurs

· Par arrachage

·  Par gravité

·   Coupure de vide puis arrachage

29

6

15

58

12

30

Surtraite

·  Sans

·    Avec

27

23

54

46

Conduite de la traite

· Hygiénique

·   Calme

·  Rapide

·    Complète 

23

50

27

50

46

100

54

100

Tableau 6 c : Pratiques et hygiène à la fin de la traite des vaches

Pratiques et Hygiène

Effectif

%

Après la traite

Désinfection des trayons

·   Non 

·   Oui

41

9

82

18

Post rinçage de la machine à traire

·   Oui

·    Non

18

32

36

64

Produits de nettoyage de la machine

· Eau + Javel

·   Eau + Produit de nettoyage

·  Eau + Javel + Produit de nettoyage

·   Eau + Détergent (Alcalin, Sans alternance)

· Eau + Détergent (Alcalin/Acide, avec alternance)

3

11

34

1

1

6

22

68

2

2


2.3.1. Conditions techniques et hygiéniques avant, au cours et à la fin de la traite

La traite est indirecte dans 84% des cas (Tableau 6 b). Le nettoyage et le massage des mamelles sont favorables à la sécrétion d'ocytocine, et par la suite, la sécrétion du lait [27]. 42% des trayeurs nettoient seulement les trayons, 46% nettoient le corps de la mamelle, le reste (12%) lavent la totalité de la mamelle (Tableau 6 a). Les méthodes de nettoyage diffèrent d’une exploitation à l’autre. Presque la moitié de l’échantillon utilise uniquement l’eau pour le nettoyage, 40% des trayeurs utilisent la lavette collective avec l’eau et 8% nettoie avec une lavette toujours collective mais utilise du savon pour améliorer la qualité du nettoyage. Un seul éleveur, parmi les 50, nettoie à sec en enlevant uniquement les grandes saletés présentes autour du corps de la mamelle (Tableau 6 a).

Il est préférable d’essuyer la mamelle après lavage. L’essuyage permet d’éviter la chute des gouttelettes d’eau chargées de microbes dans le lait. Malgré son importance, uniquement 8% des trayeurs pratiquent l’essuyage résultat décevant, assez éloigné de celui obtenu dans la région de Mahdia (67%).

L’élimination des premiers jets de lait (les plus riches en germes) réduit la contamination du lait et celle des mamelles par la machine [29]. Ewy [30], Gerald & Bodman [31] et Garland [32] conseillent d’éliminer les premiers jets de lait dans un récipient surtout dans le cas où la traite se déroule au niveau de l'étable, pour éviter de contaminer la litière, le sol et/ou les vaches. De même que la pratique d’essuyage, la pratique d’élimination des premiers jets n’est pas conformément pratiquée (32% des trayeurs contre 47% des éleveurs à Mahdia),  ce qui présente ainsi un facteur de risque de contamination de la surface de couchage de la vache [33] sachant que 26% des trayeurs éliminent les jets sur sol.

Après la fin de traite de toutes les vaches, indirectement après la dépose des gobelets-trayeurs, seulement 18% des trayeurs désinfectent les trayons par trempage, à savoir que c’est la seule technique utilisée, alors que 82% n’ont pas recours à cette opération (Tableau 6 c). Ce résultat est loin de celui révélé par l’étude menée dans la région de Mahdia 63% des trayeurs font le trempage. Les études réalisées par [34, 32] ont montré qu’il existe une relation entre l’apparition de mammites et le mauvais état des trayons non désinfectés.

2.3.2. Diagnostic du déroulement de la traite

Vers la fin de la traite, qui est complète et calme chez tous les élevages (100%) comme le montre le tableau 6 b, contre 90% des élevages suivis dans la région de Mahdia [21], on pratique l’égouttage jugé long, ce qui signifie l’existence de surtraite dans 46% des exploitations. L’égouttage est mécanique dans 90% des exploitations et il est manuel dans 4% des exploitations, le reste utilise les deux en même temps, évidemment en commençant par l’égouttage mécanique et en terminant par le manuel (Tableau 6 c). Concernant les autres qualités recherchées pour les bonnes pratiques de traite, il convient de signaler que la traite est rapide chez 54% des élevages et elle est considérée hygiénique dans uniquement 46% des cas (Tableau 6 b).

2.3. 3. Conditions de nettoyage du matériel de traite

La machine à traire et le matériel de laiterie doivent être nettoyés juste après la fin de la traite. Ceci n’est observé que chez 36% des exploitations, le reste laisse le nettoyage pour la prochaine traite (juste avant la traite suivante) et se contente d’un

 simple rinçage à l’eau, ce qui favorise la multiplication des germes.

La propreté du lieu de traite est une composante capitale. Bien que 96% des éleveurs réservent un lieu spécial pour la traite, 40% des lieux de traite sont dans un état moyen et 14% sont dans un mauvais état.

Sachant que l’on utilise l’eau douce dans 48% des exploitations pour le nettoyage et les autres activités, 76% des éleveurs ne respectent pas la température d’eau.

Concernant la dose du produit de nettoyage, 96% des éleveurs ne respectent pas ce paramètre, par contre, plus que la moitié applique l’action mécanique (Lavage sous turbulence). Seulement 14% sont ceux qui respectent le temps de circulation de la solution de nettoyage dans la tuyauterie (Figure 2).

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Conclusion

Il ressort de cette étude, accomplie sur un ensemble de troupeaux bovins laitiers hors sol en milieu semi-aride (Tunisie littorale), soumis quasiment à la traite mécanique en pot, que les diagnostics technique et technologique des équipements de traite ont montré surtout la diversification (non conseillée) des marques adoptées, toutes étrangères (problèmes des pièces de rechange et de réparation) et le non respect de la plupart des paramètres de fonctionnement des machines à traire considérées. A titre indicatif, on peut dégager que tant dans la région d’étude que dans d’autres régions du Sahel Tunisien, la fréquence de pulsation est loin d’être adéquate pour la traite mécanisée des vaches. En contre partie, sur le plan conception des machines à traire (puissance installée du moteur d’entraînement de la pompe à vide, débit minimal d’air fourni, …), il n’y a pas de défaillances notables à repérer.

Le diagnostic hygiénique des conditions mécanisées de traite des vaches mis en œuvre semble indiquer que les conditions d’hygiène de la traite ont été loin d’être respectées dans l’ensemble, avec moins de 50% d’éleveurs pratiquant une traite pouvant être considérée hygiénique. Les mauvaises conditions hygiéniques de traite (lavette collective, sans essuyage des trayons, sans élimination des premiers jets de lait avant la traite, sans désinfection des trayons après la traite, nettoyage incorrect du matériel de traite, …) pourraient constituer les probables facteurs essentiels de risque des mammites.

Finalement, il conviendrait de mettre en place un plan de gestion des mammites bovines à l’échelle nationale ayant pour objectif de réduire la concentration en cellules somatiques du lait. Ce plan devrait recourir en grande partie à la démarche choisie en suivant les étapes utilisées : Visite d’élevage, analyse des données de santé mammaire (ayant fait l’objet d’un autre travail), visite de traite et visite des bâtiments, analyse de la situation, conseils puis suivi régulier.

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